‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 360 sur 398 · LIVRE IX. — L'ANGLETERRE. L'ÉTAT. L'ÉGLISE. - AZINCOURT · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — L'ANGLETERRE. L'ÉTAT. L'ÉGLISE. - AZINCOURT

David Gain , comme on lui demandait ce que les pas un ne lieuuissait. A ce fâcheux augure joi- Français pouvaient avoir d’hommes, répondit avec , gnez les souvenirs; Azincourl n'est pas loin de le ton léger et vantard des Gallois : « Assez pour i Crécy.

être tués, assez pour être pris, assez pour fuir1,» Le malin du 33 octobre 1415, jour de saint Gré- Cn Anglais, sir Waller Hungerford, ne put s’em- pin et saint Crépinien , le roi d'Angleterre enlcnpécher d’observer qu’il n’eût pas été inutile de faire j dit , selon sa coutume, trois messes 6, tout armé, venir dix mille bons archers de plus; il y en a vaillant ^ télé nue. Puis, il se fil mettre en télé un magoien Angleterre qui n’auraient pas mieux demandé. | fique bassinet où se trouvait une couronne d'or.

Mais le roi dit sévèrement : « Par le nom de Notre- ; cerclée, fermée, impériale. Il monta un petit che- Seigncur, je ne voudrais pas un homme de plus. val gris, sans éperons, fit avancer son armée sur

Le nombre que nous avons , c'est le nombre qu’il 1 un champ de jeunes blés verts, où le terrain était a voulu; ces gens placent leur confiance dans leur moins défoncé par la pluie, toute l'armée eu un

multitude, et moi dans Cclùi qui fil vaincre si ! corps, au centre les quelques lances qu'il avait, souvent Judas Machabéc. » j flanquées de masses d'urebers; puis il alla tout le

Les Anglais ayant encore une nuit à eux, l'em- long au pas, disant quelques paroles brèves: u Vous ployèrent utilement à se préparer, à soigner l'Ame avez bonne cause, je ne suis venu que pour demanet le corps, autant qu'il se pouvait. D'abord ils der mou droit... Souvenez-vous que vous êtes de

roulèrent les bannières, de peur de la pluie, mirent la vieille Angleterre ; que vos parents , vos femmes

bas cl plièrent les bcllescoltesd’arinesqu’ilsavaient et vos enfants vous attendent là-bas; il faut avoir

endossées pour combattre. Puis, afin de passer un beau retour. Les rois d'Angleterre ont toujours

confortablement cette froide nuit d'octobre, ils fait de belle besogne eu France... Gardez l'honneur >

ouvrirent leurs malles et mirent sous eux de la de la couronne ; gardez-vous vous-mêmes. Les

paille qu'ils envoyaient chercher aux villages voi- Français disent qu'ils feront couper trois doigts de

sins. Les hommes d’armes remettaient des aiguil- [ la main à tous les archers 6. » telles à leurs armures, les archers des cordes neuves ; Le terrain était en si mauvais étal que personne aux arcs. Ils avaient depuis plusieurs jours taillé, ne se souciait d'attaquer. Le roi d’Angleterre fit

aiguisé les pieux qu’ils plantaient ordinairement parler aux Français. Il offrait de renoncer au titre

devant eux pour arrêter la gendarmerie. Tout en de roi de France et de rendre Harflcur 7, pourvu

préparant la victoire, ces braves gens songeaient qu’on lui donnât la Guienne, un peu arrondie, le

au salut; ils se mettaient en règle du côté de Dieu { Ponthieu, une fille du roi et huit cent mille écus. et de la conscience. Ils se confessaient à la bâte. Ce parlemenlage entre les deux armées ne diini-

ceux du moi ns que les prêtres pouvaient expédier*, nua pas, comme on eût pu le croire, la fermeté

Tout cela se faisait sans bruit, tout bas. Le roi anglaise; pendant ce temps les archers assuraient

avait ordonné le silence, sous peine, pour les gent- leurs pieux.

lemen de perdre leur cheval, et pour les autres Les deux armées faisaient un étrange contraste, l’oreille droite *. I Du côté des Français, trois escadrons énormes,

Du côté des Français, c’était autre chose. On comme trois forêts de lances, qui, dans cette

s'occupait à faire des chevaliers. Partout de grands plaine étroite, se succédaient à la file et s'étiraient

feux qui montraient tout à l'ennemi; un bruit ! en profondeur; au front, le connétable, les princonfus de gens qui criaient, s’appelaient, un ces, les ducs d’Orléans , de Bar et d’Alençon, les

vacarme de valets et de pages. Beaucoup de gen- comtes de Nevers, d’Eu, de Richemont, de Ven-

lilshommes passèrent la nuit dans leurs lourdes dôme, une foule de seigneurs, une iris éblouissante

armures, à cheval, sans doute pour ne pas les d’armures émaillées, d’écussons, de bannières, les

salir dans la boue ; boue profonde , pluie froide ; ils chevaux bizarrement déguisés dans l’acier et dans

étaient morfondus. F.ncorc, s’il y avait eu de la l’or. Les Français avaient aussi des archers, des

musique4... I.es chevaux même étaient tristes; gens des communes*; mais où les mettre? Les

1 Powcl, Hist. of Wales. Turner, t. Il, p. 431. 7 Lefebvre, t. VIII, p. 7.

* Lefebvre de Saint-Reray, t. VII, p. 510. * Quatre mille archers, sans compter de nombreuses

3 Turner, t. II, p. 455. milices. Les Parisiens avaient offert six mille hommes

4 Lefebvre de Saint Remy, t. VII, p. 510. armés; on n’en voulut pas. üu chevalier dit à cette

3 Car il avoit couslume d’en oyr chascun jour, trois occasion : « Qu’avons-nous besoin de ces ouvriers? non»

l’une après l’autre. Jehan de Yauriti, Chroniques d’An- sommes déjà trois fois plus nombreux que les Anglais.'' gieterre, vol. V, partie I , chap. 9, folio 15 vei'so ; ms. Le Religieux remarque qu’on fit la même faute à Courde la Bibliothèque royale, no (1750. ( trai, à Poitiers et h Nicopolis, et il ajoute des réflexions

* Lefebvre, t. VII, p. 512. j hardies pour le temps. Religieux, ms., fol. 945 verso.

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