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places étaient comptées, personne n'cùl donné la sienne ' ; ces gens auraient fait tache en si noble assemblée. Il y avait des canons, mais il ne parait j pas qu’on s’en soit servi ; probablement il n’y eut pas non plus de place pour eux.
L’année anglaise n’était pas belle. Les archers n’avaient pas d'armures, souvent pas de souliers; ils étaient pauvrement coiffés de cuir bouilli, d’osier même avec une croisurc de fer ; les cognées et | les haches, pendues à leur ceinture, leur donnaient un air de charpentiers. Plusieurs de ces bons ouvriers avaient baissé leurs chausses *, pour être & . l’aise et bien travailler, pour bander l’arc d’abord 3, puis pour manier la hache , quand ils pourraient ! sortir de leur enceinte de pieux, et charpcnler ces masses immobiles.
lin fait bizarre, incroyable, et pourtant certain, c’est qu’en effet l’armée française ne put bouger , ni pour combattre, ni pour fuir. L’arrière-garde seule échappa.
Au moment décisif, lorsque le vieux Thomas de i Herpinghcm ayant rangé l’armée anglaise, jeta son bâton en l’air en disant : « Now slrike 4! », lors- 1 * que les Anglais eurent répondu par un formidable cri de dix mille hommes , l’armée française resta ! encore immobile, à leur grand étonnement. Chc- ■ vaux et chevaliers, tous parurent enchantés, ou morts dans leurs armures. Dans la réalité, c’est que ces grands chevaux de combat, sous la charge de leur pesant cavalier, de leur vaste caparaçon de fer, s’étaient profondément enfoncés des quatre pieds dans les terres fortes; ils y étaient parfaitement établis , et ils ne s’en dépêtrèrent que pour avancer quelque peu au pas.
Tel est l’aveu des historiens du parti anglais, aveu modeste qui fait honneur à leur probité.
Lefebvre, Jean de Vaurin et Walsingham5 * disent expressément que le champ u’étail qu’une
1 Tous, dit le Religieux, voulaient être à l’avant- • garde : Cum singuli anti -guardiam poscerent conduccmlam... essctque inde exorta rerlwlis conlrorerria ,
tandem tatmn unanimiter (proh dolor) concluserunt
ut omnes in primà fronte locarentur.— C’est ainsi que le grand-père de Mirabeau nous apprend qu'au pont «le Catsano les officiers furent au moment de tirer l'épée
les uns contre les autres, tous voulant être les premiers au combat. Mémoires «je Mirabeau.
* Lefebvre, t. Vit!, p. 9.
* Les archers anglais poussaient l'arc avec le bras j gauche, ceux de France tiraient la corde avec le bras droit ; chez ceux-ci c'ctait le bras gauche, chez ceux-là
le bras droit restait immobile. M. Gilpin attribue à celle différence de procédés , celle d’expression dans | les deux langues: /irer de l'arc , en français; bander
l'arc, en anglais.
boue visqueuse. <> La place estoit molle et effondrée des chevaux, cil telle manière que à graul peine sc pouvoienl ravoir hors de la terre, tant elle estoit molle. »
u D’autre part, dit encore Lefebvre, les Franchois estoienl si chargés de harnois qu’ils ne p«>uvoient aller avant. Premièrement, estoienl chargés de cottes d’acier, longues, passants les genoux et moult pesantes, et pardessous harnois de jambes, et pardessus blancs harnois, et de plus hachinets de caruail... Ils estaient si pressés l'un de l'autre, qu’ils ne pouvoient lever leurs bras pour férir les ennemis, sinon aucuns qui estoient au front s. »
l’n autre historien du parti anglais nous apprend que les Français étaient rangés sur une profondeur de trente-deux hommes , tandis que les Anglais n’avaicnl que quatre rangs 7. Celte profondeur énorme des Français ne leur servait à rien ; leurs trente-deux rangs étaient tous , ou presque tous , de cavaliers; la plupart, loin de pouvoir agir, ne voyaient même pas l’action ; les Anglais agirent tous. Des cinquante mille Français, deux ou trois mille seulement purent combattre les onze mille Anglais, ou du moins l'auraient pu, si leurs chevaux s’étaient tirés de la boue.
Les archers anglais , pour réveiller ces incrics masses, leur dardèrent, avec une extrême roideur, dix mille (rails au visage. Les cavaliers de fer baissèrent la tète, autrement les traits auraient pénétré par les visières des casques. Alors, des deux ailes, de Tramecourt. d’Aziiicourl, s’ébranlèrent lourdement à grand renfort d’éperons, deux escadrons français; ils étaient conduits par deux excellents | hommes d’armes, mossire Clignet de Brabant, et messire Guillaume de Savcusc. Le premier escadron, venant de Tramecourt, fut inopinément criblé en flanc par un corps d’archers cachés dans le bois 8 ; ni l’un ni l’autre escadron n'arriva.
4 C’est -à-dire : « Maintenant , frappe ! • Moustrelet, t. 111, p. 540.
6 Les fantassins même avaient peine à marcher : Propt«,*r soli mollitiem... per c.nnputn lutosum. Walsingham, p. 392. Jean de Vaurin était à la bataille, comme Lefebvre, mais de l'autre cùlé : Moy, acteur de ceste ouvre , en scay la vérité , car en celle assemblée estoic «lu costé des François. Jehau de Vaurin, vol. V, partie I, ch. 9, p. 10; ms. de la Bibliothèque royale,
« Lefebvre, t. VIII, p. 8.
7 Titus Livius, p. 27. Turner, t. II, p.443.
8 Moustrelet, t. III, p. 559. Quelques-uns disaient aussi, que le roi d’Angleterre avait envoyédes archers derrière l'armce française ; mais les témoins oculaires affirment le contraire.
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