CHAPITRE II
NOHT Dl COXJlÉTAiLK b’aMAGSAC , MORT DU DIX DE BOUIGOGNE. — HEVBI V. UIS-I4J*.
[14 1 3] Doux hommes n’a vaicnl pas été à la bataille d’Azincourt, les chefs des deux partis, le duc de Bourgogne, le comte d'Annagnac. Tous deux s’étalent réservés.
Le roi d’Angleterre leur rendit service; il tua , non-seulement leurs ennemis , mais aussi leurs amis , leurs rivaux dans chaque faction. Désormais, la place était nette, la partie entre eux seuls ; les deux corbeaux vinrent s'abattre sur le champ de bataille el jouir des morts.
Il s’agissait de savoir qui aurait Paris. Le duc
de Bourgogne qui gardait . depuis le mois de juillet, une armée de Bourguignons, de Lorrains cl de Savoyards, prit seulement dix mille chevaux, cl galopa droit à Paris. Il n’arriva pourtant pas à temps ; la place était prise.
Armagnac était dans la ville avec six mille Gas- ' cons. Il tenait dans ses mains, avec Paris, le roi el | le Dauphin. Il prit l’épée de connétable.
[14 16] Le duc de Bourgogne resta à Lagny. faisant tous les jours dire à ses partisans qu’il allait venir, leur assurant que c'était lui qui avait défendu les passages de la Somme contre les Anglais, espérant ! que Paris Unirait par se déclarer. Il resta ainsi deux | mois el demi à Lagny. Les Parisiens Unirent par | l’appeler •< Jean de Lagny qui n‘a hâte. » Il emporta ce sobriquet.
Armagnac resta inattre de Paris, el d’autant plus J maître que tous ceux qui l'y avaient appelé mou- ; rureut en quelques mois, le duc de Berri , le roi ! de Sicile, le Dauphin 2. Le second fils du roi deve- : naît Dauphin, et le duc de Bourgogne, près de qui il avait été élevé , croyait gouverner en son nom. .Mais ce second Dauphin mourut, et un troisième encore vingt-cinq jours après. Le quatrième Dauphin vécut; il était ce qu'il fallait au connétable ; il était enfant.
Armagnac, si bien servi par la mort, se trouva roi uu moment. Le royaume en péril avait besoin d'un homme. Armagnac était un méchant homme cl capable de tout , mais enfin , c’était , on ne peut le nier, un homme de tête et de main s.
Les Anglais faisaient des triomphes, des processions , chantaient des Te Deum 4; ils parlaient d’aller au printemps prendre possession de leur ville de Paris. Et tout à coup ils apprennent qu’llar-
anglaise , t. 1, p. 340) , et Perlin s'en plaignait déjà au xvi* siècle : Il me desplait que ces vilains estons eu leur pays nous crachent à la face, et eulx estins à la France, on les honore et révère, comme petis dieux. Perlin, Description d’Angleterre et d’Êcosse, 1558, in-8", folio 10.
1 Le texte a beaucoup de grâce el de douceur. Le dernier vers est un refrain qui revient avec un singulier effet de tristesse; j’ai modifié ce dernier vers pour le rendre plus clair. Il y a :
Mais où sont les neiges d'anlan?
(Villon, éd. de M. l’roaipsault, p. 120.;
2 u Ce dit jour Mous. Loiz de France, aiusné fila du j Roy , notre Sire , Dauphin de Viennoiz et duc de | Guienne, moru , de Inage de vint ans ou environ, bel de visaige, suffisamment granl et gros de corps, pesa ns et tardif et po agile, voluutaire et moult curieux à magnificence dabiz el joiaux ri rca cullutn sut corporiê, desirans grandement grandeur, oueur de par dehors, grand despcnsier à oruemeus de sa chapelle privée , à avoir ymages grosses et grandes «lor et dargent , qui
.moult grant plaisir avoit à sons dorgues, lesquels outre les autres oblectacions mondaines hantoit diligemment, si avoit-il musiciens de bouche ou de voix, cl pour ce avoit chapelle de grant nombre de jeune : geut ; et si avoit bon entendement , tant en latin que en françoiz. mais il emploioil po, car sa cotidieion 1 estoit dcmploier la nuit k veiller et po faire, et le jour à dormir; disnoit k lit ou IV heures après midi, et soupoit k minuit, et aloit coucher au point du jour et à soleil levant souvaut, et pour ce estoit aventure quil vesquil longuement. » Archives du royaume. Registres du parlement. Conseil , XIV, fol. 39 verso , 19 décembre 1415.
3 Le Religieux de Saint-Denis est dès ce moment tout Armagnac; c'est un grand témoignage en faveur de ce parti , qui était eu ell'et celui de la défense nationale.
4 Et des ballades :
As the King lay musing on bis bed,
He ihougltl himself upon a lime,
Thosc tribales doc froin the Freacb King,
fleur est assiégé. Après cette terrible bataille , qui avait mis si bas les courages, Armagnac cul l’audace d'entreprendre ce grand siège.
D'abord il crut surprendre la place. Il quitta Paris dont il était si peu sûr; c'était risquer Paris pour Harfleur. Il y alla de sa personne avec une troupe de gentilshommes; ils lâchèrent pied , et il les lit pendre comme vilains.
Harfleur ne pouvait être attaqué avec avantage que par mer; il fallait des vaisseaux. Armagnac s'adressa aux Génois; ceux-ci, qui venaient de chasser les Français de Géucs, n'acceptèrent pas moins l'argent de France, et fournirent toute une flotte , neuf grandes galères , des caraques pour les machines de siège , trois cents embarcations de toute grandeur, cinq mille archers génois ou catalans f. Ces Génois se battirent bravement avec leurs galères de la Méditerranée contre les gros vaisseaux de l'Océan. Une première flotte qu’envoyèrent les Anglais fut repoussée.
Avec quel argent Armagnac soutenait-il cette éuornie dépense? La plus grande partie du royaume ne lui payait rieu. Il n’avait guère que Paris, et ses propres iiefs de Languedoc et de Gascogne. Il suça et pressura Paris.
Le Bourguignon y était très-fort; une grande conspiration se fit pour l’y introduire. Le chef était un chanoine boiteux , frère du dernier evéque 3. Armagnac découvrit tout. Le chanoine , en manteau violet, fut promené dans un tombereau, puis muré, au pain et à l'eau. On publia que les condamnes avaient voulu tuer le roi et le Dauphin. Il y eut nombre d’exécutions, de noyades. Armagnac, qui savait quelle confiance il pouvait mettre dans le peuple de Paris, organisa une police rapide, terrible, à l'italienne; il faisait aussi, disait-on , la guerre à la lombarde. Défense de se baigner à la Seiuc, pour qu’ou n'allât pas compter les noyés: on sait qu’il était défendu à Venise de nager dans le canal Orfano.
[1417] Le parlement fut purgé, le Châtelet, l’uni-
That liait nol beca p«id for so long a t mutai, lal, lai, ]«l, tarai, tarai, la.
He calleil unlo hii lord)' page, liis lovL-ly page awaj came hc..., etc.
( Ballade citée par sir Harris Nicolas, Agincourt, p. 78.)
1 Religieux, ms. Baluze, part. IV, fol. 94.
3 A en croire ('historien même du parti bourguignon, le chanoine et les autres conjurés voulaient massacrer les princes : Le jour de Pasques après dyncr. Mouslrekt,t. III, p. 377.
5 Messirc Loys Bourdon allant de Paris au bois (de Yiucennes)... en passant assez près du Roy, luy list la révérence , et passa outre assez legi ère ment... ( on
| versité, trois ou quatre cents bourgeois mis hors de | Paris, et tous envoyés du côté d'Orlcans. La reine, qui négociait sous main avec le Bourguignon , fut transportée prisonnière à Tours, et l’un de ses amants jeté à la rivière 8.
Armagnac ôta aux bourgeois les chaînes des rues, il les désarma. Il supprima la grande boucherie, en lit quatre , pour quatre quartiers ; plus de bouchers héréditaires ; tout homme capable put s’élever au rang de boucher.
Pour n’avoir plus leurs armes , les bourgeois n'étaient pas quittes de la guerre 4. Ou les obligeait ; de se cotiser de manière qu’à trois ils fournissent ; un homme d’armes. Eux -mêmes oii les envoyait travailler aux forliflcations, curer les fossés, chacun j tous les cinq jours.
Ordre à toute maison de s’approvisionner de ; blé; pour attirer les vivres, Armagnac supprima l'octroi. En récompense, les autres taxes furent i payées deux fois dans l’année. Les bourgeois furent I obligés d’acheter tout le sel des greniers publics j à prix forcé et comptant, sinon des garnisaircs.
Paris succombait à payer seul les dépenses du roi | et du royaume.
La position du duc de Bourgogne était plus facile à coup sûr que celle du connétable. Il euvoyait dans les grandes villes des gens qui , au nom du roi et du Dauphin, défendaient de payer l'impôt. Abbeville, Amiens, Auxerre, reçurent celte défense avec reconnaissance et s’y conformèrent avec empressement 5. Armagnac craignait que Rouen n’en fit autant, et voulait y envoyer des troupes; mais plutôt que de recevoir les Gascons , Rouen tua son bailli cl ferma ses portes •.
Leduc de Bourgogne vint tâter Paris, qui n'aurait pas mieux demandé que d’étre quille du con- .■ nctablc. Mais celui-ci tint bon. Le duc de Bourgogne, ne pouvant entrer, augmenta du moins la fermentation par la rareté des vivres ; il ne laissait plus rien venir ni de Rouen ni de la Beauce. Les chanoines même, dit l'historien, furent obligés de
! l’arrêta ). Et après, par le commandement du Roy fut ! questionné, puis fut mis eu un sacq de cuir et gecté eu Saine; sur lequel sacq avoit escript : Laisses panser la justice du Roy. Lefebvre de Saint-Remy, t. VIII, p. 5i.
4 Et pour loger les gens des capitaines Armagnacs, furent les povres gens boutés hors de leurs maisons, et à grant prière et à grant peine avoient-ils le couvert de leur ostrl , et celle larouaiile couchoicnt en leurs | licts. Journal du Bourgeois de Paris, édit. Buchon, t. XV, p. 909.
4 louatrelet, t. III, p. 437.
4 M. Clic rue 1 a trouvé des détails curieux dans les archives de Rouen. Chéruel, Histoire de Rouen, sous la domination anglaise, p. 19, Rouen, 1840.
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LIVRE IX. - MORT DU CONNETABLE D’ARMAGNAC, ETC.— HENRI V. 1416-142*. 639
mettre Las leur cuisine. Le roi, revenant à lui et apprenant que c'étaient les Bourguignons qui rendaient ses repas si maigres, disait au connétable : « Que ne chassez-vous ces gens-là 1 ? *
Le duc de Bourgogne ne pouvant blesser directement son ennemi , lui porta indirectement un grand coup. Il enleva la reine de Tours ; elle déclara qu’elle était régente et qu'elle défendait de payer les taxes *. Celle défense circula nonseulcinenl dans le Nord, mais dans le Midi, en Languedoc. Cela devait tuer Armagnac; il ne lui restait que Paris, Paris ruiné, affamé, furieux.
Le roi d'Angleterre n’avait pas à sc presser; les Français faisaient sa besogne ; ils suffisaient bien à ruiner la France. Fier de la neutralité , de l'amitié secrète des ducs de Bourgogne et de Bretagne , négociant toujours avec les Armagnacs , il eut le bon esprit d’attendre et de ne pas venir à Paris. II fit sagement , politiquement , la conquête de la Normandie, de la basse Normandie d'abord, puis de la haute, Caen en 1417, Rouen en 1418.
Armagnac ne pouvait s'opposer à rien. Il avait assez de peine à contenir Paris ; le duc de Bourgogne campait à Montrouge. Henri V put sans inquiétude faire le siège de cette importante ville de Caen. C'était dès lors un grand marché, un grand centre d'agriculture. Une telle ville eût résisté, si elle eût eu le moindre secours. Aussi , tout eu l'attaquant , il envoyait proposer la paix à Paris. Il parlait de paix et faisait la guerre. Au milieu de celte négociation , on apprit qu'il était maître de Caen , qu'il en avait chassé toute la population, hommes, femmes et enfants, en tout vingt-cinq mille Ames *, que celle capitale de la basse Normandie était devenue une ville anglaise, aussi bien qu'Ilarflcur cl Calais.
La Normandie devait nourrir les Anglais pendant cette lente conquête. Aussi Henri Y, avec une remarquable sagesse , y assura autant qu'il put l’ordre , la continuation du travail , de l'agricul-
« Religieux, ms., fol. 74-75.
7 Bfonstrelct , t. IV, p. 41.
. 8 Religieux, ms., fol. 59.
* Ibid., fol. 79.
8 Walsingham, p.397.
6 Ut rei læs.-E majestatis. Religieux , ms., fol. 70. Ce point de vue des légistes anglais qui suivaient le roi, est mis dans son vrai jour au siège de Meaux. Ibid., fol. 170.
7 II le fit avec ménagement , déclarant que c'était un emprunt , et assignant un revenu pour remplacer les châsses. Neanmoins les moines de Saint -Denis lui déclarèrent que ce serait dans leurs chroniques une tache pour ce règne : Opprobrium sempiternum... si
ture 4. Il fit respecter les femmes , les églises, les , prêtres, les faux prêtres même (il y avait une foule j de paysans qui se tonsuraient ) 5. Tout ce qui se ; soumettait, était protégé; tout ce qui résistait, était puni. Aux prises de ville, il n'y avait point de | violence; mais le roi exceptait ordinairement do la capitulation quelques-uns des assiégés à qui il faisait couper la télé, comme ayant résisté à leur ! souverain légitime, roi de France et duc de Normandie *.
Le roi d’Angleterre faisait si paisiblement celle promenade militaire, qu'il ne craignit pas de par- I lager son armée en quatre corps, pour mener plu- J sieurs sièges à la fois. Que pouvait-il craindre en I effet . lorsque le seul prince français qui fût puis- ! sant, le duc de Bourgogne, était son ami?
L'unique affaire de celui-ci était la perte du connétable d’Armagnac. Elle ne pouvait manquer d'arriver; il avait mangé ses dernières ressources; il en était à fondre les châsses des saints 7. Ses Gascons, n’étant plus payés, disparaissaient peu à peu; il u’en avait plus que trois mille. Il fallait qu'il employât les bourgeois â faire le guet , ces bourgeois, qui le détestai eut pou riant de causes, comme gascon , comme brigand , comme schismatique 8. Le Bourgeois de Paris dit expressément qu'il croit que cet u Arminac est un diable en fourrure d’homme. »
Le duc de Bourgogne offrait la paix. Les Parisiens crurent un moment l'avoir. Le roi , le Dauphin consentaient. Le peuple criait déjà Noël 9. Le connétable seul s’y opposa; il sentait bien qu'il n’y avait pas de paix pour lui, que ce serait seulement remettre le roi entre les mains du duc de Bourgogne. Cette joie trompée jeta le peuple dans une rage muette.
j [1418] Un certain Perrinel Leclerc l0, marchand { de fer au Petit-Pont , qui avait été maltraité par les Armagnacs, s'associa quelques mauvais sujetset pre- I nanl les clefs sous le chcvct de son père qui gardait la porte Saint-Germain, il ouvrit aux Bourguignons.
' redigcrctur in chronicis... Religieux , ms., folio 72-99.
I 8 Armagnac persévérait dans sou attachement au | vieux pape du duc d'Orléans, au pape des Pyrénées, à l'Aragouais Pedro de Luna ( Benoit XIII), condamné j par les conciles de Pise et de Constance, Voy. la déclaration de la reine contre lui. Ordounauces, t.X, p. 436.
9 Depuis longtemps, c'était l'unique vœu du peuple : Vivat, vivat, qui dominari poterit! dùm pax... Religieux, ms., fol. 50. Pendant le massacre de 1418, on criait de même : Fiat pax! Ibid,, fol. 107.
10 Jeunes compagnons du moyen estai et de légère volonté , qui autrefois avaient été punis pour leurs
I démérites. Monstrelet. t. IV, p. 87.
Le sire de File-Adam entra avec huit cents cavaliers ; quatre cents bourgeois s’y joignirent. Ils s’emparèrent dn roi et de la ville. Les gens du Dauphin le sauvèrent dans la Bastille. De là , leurs capitaines, leGascon Barbazan, et les Bretons Rieux et Tanueguy Duchàtel osèrent , quelques jours après, rentrer dans Paris, pour reprendre le roi; mais le roi était bien gardé au Louvre; ITIc-iYdam les combattit dans les rues, le peuple se mit contre eux , et les écrasa des fenêtres.
Leconnétabled’AriTiagnac,qui s’était caché chez un maçon, fut livré et emprisonné avec les principaux de sou parti. Alors rentrèrent dans la ville les ennemis des Armagnacs et avec eux une foule de pillards. Tous ceux qu’on disait Armagnacs furent rançonnés de maisons en maisons. Les grands seigneurs bourguignonss’y opposèrent d’autant moins, qu’eux-mêmes prenaient tant qu'ils pouvaient.
Ces revenants étaient justement les bouchers, les proscrits , les gens ruinés , ceux dont les femmes avaient été menées à Orléans , ( fort mal menées ) par les sergents d’Armaguac. Ils arrivaient, furieux, maigres, pâles de famine. Dieu sait en quel état ils retrouvaient leurs maisons.
On disait à chaque instant que les Armagnacs rentraient dans la ville, pour délivrer les leurs. 11 n’y avait pas de nuit qu’on ne fût éveillé en sursaut par le tocsin. A ces continuelles alarmes joignez la rareté des vivres; ils ne venaient qu’à grand’peinc. Les Anglais tenaient la Seine; ils assiégeaient le Pont-de-l’Arche.
La nuit du dimanche 12 juin, un Lambert, potier d'étain , commença à pousser le peuple au massacre des prisonniers. C’ctait , disait-il, le seul moyeu d'en finir; autrement, pour de l’argent , ils trouveraient moyen d’échapper ’. Os furieux coururent d’abord aux prisons de 1’bôtcl de ville. Les
1 Le Bourgeois devient poBte tout h coup, pour parer le massacre de mythologie et d'allégories: Le dimauchc ensuivant, 12 jour de juing , environ onze heure de nuyt, on cria alarme, comme on laisoit souvent alarme à la porte Saint-Germain, les autres crioient à la porte de Bardelies. Lors s’esmeut le peuple vers la place
Haubert et environ, puis aprèAceulx de deçà les pons, comme des halles, et de Grève et de tout Paris, et coururent vers les portes dessus dites ; mais nulle part ne trouvèrent nulle cause de crier alarme. Lors se leva la déesse de Discorde, qui estoit en la tour de Maucon-
seil, et esveilla Ire la forcenée, et Convoitise, et Enrageric et Vengeance , et priudrent armes de toutes manières, et boutèrent hors d’avec eulx Raison, Justice, Mémoire de Dieu... Et n’estoit homme nul qui, eu celle uuyt ou jour, ewt osé parler de Raison ou de Justice, ne demander où elle estoit enfermée. Car Ire
les «voit mise en si profonde fosse, qu'on ne les pot
seigneurs bourguignons, File-Adam, Luxembourg cl Fosscuse , vinrent essayer de les arrêter ; niais , quand ils sc virent un millier de gentilshommes devant une masse de quarante mille hommes armés, ils ne surent dire autre chose, sinon : «Enfants, vous faites bien. » La tour du Palais fut forcée, la prison Saint-Eloi, le grand Châtelet, où les prisonniers essayèrent de sc défendre a, puis Saint- Martin, Saint-Magloire et le Temple. Au petit Châtelet, ils firent l’appel des prisonniers; à mesure qu’ils passaient le guichet ou les égorgeait, i Ce massacre ne peut sc comparer aux 2 et Z sep- ) teinbre. Ce lie fut pas une exécution par des bouchers à tant par jour. Ce fut un vrai massacre ; populaire, exécuté par une populace en furie. Ils tuaient tout, au hasard, même les prisonniers pour i dettes. Deux présidents du parlement, d’autres ! magistrats périrent, des évêques même. Cependant, à Snint-Éloi, trouvant l'abbé de Saint-Denis qui disait la messe aux prisonniers et tenait l’hostie, ils le menacèrent , brandirent sur lui le couteau.
J mais comme il ne lâcha point le corps du Christ . ils n’osèrent pas le tuer.
Seize ccnls personnes périrent du dimanche matin au lundi matin s. Tout ne fut pas aux prisons; on tua aussi dans les rues; si l’on voyait 1 passer son ennemi, on n’avait qu’à crier à FArina- ! gnac, il était mort. Une femme grosse fut évcnlrée; elle resta nue dans la rue, et comme on voyait l’enfant remuer , la canaille disait autour : « Vois : donc, ce petit chien remue encore1 * * 4.» Mais personne I n’osa le prendre. Les prêtres du parti bourguignon | ne baptisaient pas les petits Armagnacs, afin qu’ils fussent damnés.
Les enfants des rues jouaient avec les cadavres. Le corps du connétable et d’autres restèrent trois jours dans le palais, à la risce des (lassants. Ils
oneques trouver toute celle nuyt, ne la journée ensuivant. Si en parla le Prévost de Paris au peuple, et le seigneur de FIsle-Adam, en leur admonestant pitié* justice et raison; mais Ire et Forccnnerie respondit pur la bouche du peuple : Malgrebicu , Sire, de vostre justice, de vostre pitié et de vostre raison : mauldit soit de Dieu qui aura la pitié de ces laulx iraislre#
: Arminaz Angloys, ne que de chiens; car par eulz est le royaulmedc France deslruit et gaslé, et si l’avoient vendu aux Augloys. » Journal du Bourgeois de Paris , t. XV, p. 254.
7 El navrèrent plusieurs tnerdailles d’icelh s communes. Monslrelet, t. IV, p. 97.
5 Id., ibid. Le greffier die moins : Jusque» au nombre ! de VIII ceus personnes et audessus, comme oii dit.
Archives, Registres du parlement , Conseil , XIV, fo- | lio 159.
I 4 Juvénal des Ursins, p. 35t.