‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 370 sur 398 · LIVRE IX. - MORT DU DUC DE BOURGOGNE, ETC.- HENRI V · texte numérisé non relu

LIVRE IX. - MORT DU DUC DE BOURGOGNE, ETC.- HENRI V

dudit royaume... Durant nostre vie, les lettres concernées en justice devront être écrites et procéder sous nostre nom et scel ; toutefois, pour ce qu’aucuns cas singuliers pourroient advenir... , il sera loisible à nostre fils... écrire ses lettres à nos sujets, par lesquels il mandera, défendra et commandera , de par nous et de par lui, comme régent... »

Après ceci , l’article suivant n'étail-il pas dérisoire? «Toutes conquêtes qui sc feront par nostredit fils le roi Henri sur les désobéissants , seront et se feront à nostre profit .«

Ce traité monstrueux finissait dignement par ces lignes, où le roi proclamait le déshonneur de sa famille, où le père proscrivait son fils : «Considéré les horribles et énormes crimes et délits perpétrés audit royaume de France par Charles, soi-disant dauphin de Viennois, il est accordé que nous, uoslredil fils le roi , cl aussi nostre très-cher fils Philippe , duc de Bourgogne, ne traiterons aucunement de paix ni de concorde avecque ledit Charles, ni traiterons ou ferons traiter, sinon du consentement et du conseil de tous et chacun de nous trois, et des trois états des deux royaumes dcssusdils >. «

Ce mot honteux, soi-disant dauphin, fut payé comptant à la mère. Isabeau se fil assigner immédiatement deux mille francs par mois , à prendre sur la monnaie de Troycs*. A ce prix, elle renia son fils et livra sa fille. L’Anglais prenait tout à la fois au roi de France, sou royaume et son enfant. La pauvre demoiselle était obligée d’épouser un maître; elle lui apportait en dot la ruine de son frère. Elle devait recevoir un ennemi dans son lit, lui enfanter des fils maudits de la France.

Il eut si peu d’égard pour elle, que le matin même de la nuit des noces, il partit pour le siège de Sens8. Cet implacable chasseur d’hommes court ensuite à Montcrcau ; et ne pouvant réduire le château , il fait pendre les prisonniers au bord des fossés4. C’était pourtant le premier mois de son

1 foyes cet acte en trois langues, latine, française et anglaise, dans Rymer, t. IV, pars II , p. 171 , 17U,

*1 mai 1430.

3 Id., ibid., p. 178, 9 juin 1420.

8 Comme ou allait faire des joutes pour le mariage :

Il dit, oïant tous, de son mouvement ; Je prie à M. le roy de qui j'ai espousé la fille et à tous scs serviteurs, et à mes serviteurs je commande que demain au matiu nous soyons tous prêts pour aller mettre le siège devant la cité de Sens, et là pourra chascun jouter. Journal du Bourgeois de Paris, t. XV, p. 275.

4 Auquel lieu le roi d’Angleterre fit dresser un gibet, où les dcssusdils prisonniers furent tous pendus, voyant ceux duchastel. Monstrelet, t. IV, p. 258.

mariage, le moment .pu il n’y a point de coeur qui n’aime et ne pardonne ; sa jeune Française était . enceinte; il n’en traitait pas mieux les Français.

Avec toute cette impétuosité, il fallut bien qu'il patientât devant Melun; le brave Barbazan l’y arrêta plusieurs mois. Le roi d’Angleterre, employant tous les moyens, amena au siège Charles VI et les deux reines, sc présentant comme gendre du roi de France, parlant au nom de son beau-père, se servant de sa femme, comme d’amorce et de piège. Toutes ces habiletés ne réussirent pas. Les assiégés résistèrent vaillamment; il y eut des combats acharnés autour des murs et sous les murs, dans les mines f et contre-mines, et Henri lui-méme ne s’y épargna pas. Cependant les vivres manquant, il fallut se | rendre. L'Anglais, selon son usage, excepta de la capitulation et fit tuer plusieurs bourgeois, tout ce qu’il y avait d’Écossais dans la place, et jusqu'à deux moines *.

Pendant le siège de Melun, il s’était fait livrer ! Paris parles Bourguignons, les quatre forts, Vin- * ccnnes, la Bastille, le Louvre et la tour de Nesle. Il fit son entrée en décembre. Il chevauchait entre le roi de France et le duc de Bourgogne. Celui - ci était vêtu de deuil *, en signe de douleur et de vengeance; par pudeur aussi peut-être , pour s'excuser du triste personnage qu’il faisait en amenant l’étranger. Le roi d’Angleterre était suivi de ses frères , les ducs de Clarcnce et de Bedford, du duc d’Exeter, du comte de Warwick et de tous ses lords. Derrière lui, on portait, entre autres bannières, sa bannière personnelle, la lance à queue de renard 7 ; c’était | apparemment un signe qu’il avait pris jadis, en bon fox hunter, dans sa vive jeunesse; homme fait, roi et victorieux , il gardait avec une insolente | simplicité le signe du chasseur dans cette grande chasse de France.

Le roi d’Angleterre fut bien reçu à Paris 8. Ce peuple sans cœur ( la misère l’avait fait (el ) accueillit j l’étranger, comme il eût accueilli la paix ellei même. Les gens d’Église vinrent en procession

6 Monstrelet, t. IV, p. 283.

« Id., ibid., p. 385.

7 Et portoit en sa devise une queue de renart en broderie. Journal du Bourgeois de Paris, t.XV,p. 275.

A l’entrée de Rouen , c’était une véritable queue de renard : Une lance à laquelle d'emprès le fer avoit attaché une queue de renart eu manière de penoncel,en

> quoi aucuus sages notoient moult de choses. Ib.,p. 140.

8 Le greffier même du parlement partage l’entrai- ! nemeut général , h en juger par ses mentious conti- 1 nuelles de processions el supplications pour le salut I des deux rois : Furent moult joyeusement et honorablement receuz eu la villede Paris. ..Archives, Registres du parlement, Conseil, XIV, folio 224.

au-devant des deux rois leur, faire baiser les reliques. On les mena à Noire-Dame, où ils firent leurs prières au grand autel. De là le roi de France alla loger à sa maison de Sainl-Pol ; le vrai roi , le roi d’Angleterre s’établit dans la bonne forteresse du Louvre [déc. 1420].

Il prit possession, comme régent de France , en assemblant les états le G décembre 1420 et leur faisant sanctionner le traité de Troyes

Pour que le gendre fût sûr d’hériter, il fallait que le fils fût proscrit. Le duc de Bourgogne et sa mère vinrent par-devant le roi de France, siégeant comme jngeàl’hôtel Saint-Pol, faire «grand’plainte et clameur de la piteuse mort de feu le duc Jean de Bourgogne. » Le roi d’Angleterre était assis sur le même banc que le roi de France. Mcssirc Nicolas Raulin demanda, au nom du duc de Bourgogne et de sa mère, que Charles, soi-disant Dauphin, Tanuegui Duchâtel et tous les assassins du duc de Bourgogne fussent menés dans un tombereau, la torche au poing, par les carrefours, pour faire amende honorable. L’avocat du roi prit les mêmes conclusions. L’université appuya a. Le roi autorisa la poursuite , et Charles ayant été crié et cité à la Table de marbre, pour comparaître sous trois jours devant le parlement, fut. par défaut, condamné au bannissement et débouté de tout droit à la couronne de France f3 janvier 1421]*.

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