‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 371 sur 398 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SUITE IU FRtCËDERT. — COSCILE DE CONSTANCE, 1411-1419. MORT DE CHARLES VI ET DE HERRI V, 141?.— DEUX ROIS DR FRARCE, CHARLES VII ET HERRI Vf.

Dans les années 1121 et 1422, l’Anglais résida souvent au Louvre, exerçant les pouvoirs de la royauté, faisant justice et grâce, dictant des ordonnances, nommant des officiers royaux. À Noël, à

! la Pentecôte , il tint cour plénière et table royale avec la jeune reine. Le peuple de Paris alla voir , leurs Majestés siégeant couronne en tête, et autour.

dans un bel ordre, les évêques, les princes, les I barons et chevaliers anglais. La foule affamée vint j repaître ses yeux du somptueux banquet, du riche service; puis elle s’eri alla à jeun, sans que les maîtres d’hôtel eussent rien ofTcrt à personne. Ce n’était pas comme cela sous nos rois, disaient -ils en s’en allant; à de pareilles fêtes, il y avait table ouverte; s'asseyait qui voulait; les serviteurs servaient largement, et des mets, des vins du roi même. Mais alors le roi et la reine étaient à Saint-Pol ,

( négligés et oubliés.

Les plus mécontents ne pouvaient nier après tout que cet Anglais ne fut une noble figure de roi | et vraiment royale. Il avait la mine haute, l’air froidement orgueilleux , mais il se contraignait • assez pour parler honnêtement à chacun, selon sa condition, surtout aux gens d’Église. On remarquait à sa louange qu’il n'affirmait jamais avec serment; il disait seulement ; « Impossible. » Ou | bien : « Cela sera 4. » En général, il parlait peu. Ses réponses étaient brèves , « et tranchoicnt comme rasoir \ »

Il était surtout beau à voir, quand on lui appor- I lait de mauvaises nouvelles; il ne sourcillait pas, j c’était la plus superbe égalité d'âme. La violence ; du caractère, la passion intérieure, ordinairement I contenue , perçait plutôt dans les succès ; l’homme parut à Azincourt... Mais au temps où nous sommes ! il était bien plus haut encore, si haut qu’il n’y a I guère de lélc d’homme qui n’y eût tourné : roi d’Angleterre cl déjà de France, traînant après lui ; son allié et serviteur le duc de Bourgogne , ses prisonniers le roi d’Ecosse , le duc de Bourbon , le frère du duc de Bretagne, enfin les ambassadeurs de tous les princes chrétiens. Ceux du Rhin particulièrement lui faisaient la cour; ils tendaient la main à l'argent anglais. Les archevêques de Mayence i et de Trêves lui avaient rendu hommage, et étaient

* Rymer, t. IV, parc II, p. 102, 6 déc. 1420. Le parlement d'Angleterre en fit autant le 21 mai 1421. Id., ibid., pars IV, p. 25. a Moustrclet, t. IV, p.289.

8 La sentence rendue par le roi de France, » de l'avis du parlement, » est placée par Rymer au 23 décembre 1420 : Considérant que Charles soi-disant Dauphin avoil conclu alliauceavec le duc de Bourgogne... déclare les coupables de cette mort inhabiles à toute dignité. — fSoy. aussi le violent manifeste de Charles VI contre son fils : O Dieu véritable, etc., 17 janvier 1410. Ord., t. XII, p. 273. — Un acte plus odieux encore, c’est celui qui ordonne que les Parisiens seront payés de ce qui leur est dû sur les biens des proscrits, de manière

1 h associer Paris au bénéfice de la confiscation. Ord., : t. XII, p. 281. Cela fait penser aux statuts anglais qui ! donnaient part aux communes dans les biens des lol- ! lards.

4 Itnpossibile est ; vel : Sic fieri oporlebit. Religieux, . ms., lolio 153.

8 Chronique de George Chastellain, édit, de B. Buj chou, 1830, p. 20. En citant pour la première fois Chastellaiu , je ne puis m'empêcher de remercier M. Rochon d'avoir recherché avec tant de sagacité Ira membres épars de ce grand et éloqurut historien. Espérons qu'on publiera bientôt le fragment qui manquait encore et que M. Lacroix vient de retrouver à Florence.

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