LIVRE 1. - CELTES. - IBÈRES. - ROMAINS
sa jovialité barbare, de caresser la barbe d’an de ces Bers sénateurs , qui répondit par un coup de bâton Ce fut le signal du massacre.
La jeunesse, qui s’était enfermée dans le Capitole, résista quelque temps, et finit par payer rançon *. C'est du moins la tradition la plus probable. Les Romains ont préféré l’autre. Tite-Live assure que Camille vengea sa patrie par une victoire, et massacra les Gaulois sur les ruines qu’ils avaient faites. Ce qui est plus sûr, c'est qu’ils restèrent dix* sept ans dans le Latium, à Tibur même, à la porte de Rome. Tite-Live appelle Tibur. arcem gallici belli. C’est dans cet intervalle qu’auraient eu lieu les duels héroïques de Valcrius Corvus et de Manlius Torquatus contre des géants gaulois. Les dieux s’en mêlèrent : un corbeau sacré donna la victoire à Valcrius; Manlius arracha le collier {lorquit) à l’insolent qui avait défié les Romains. Longtemps après c’était une image populaire; un voyait sur le bouclier cimbrique, devenu une enseigne de boutique, la figure du barbare qui gonOait les joues et tirait la langue 1 * 3 4 5 6.
La cité devait l’emporter sur la tribu, l'Italie sur la Gaule. Les Gaulois, chassés du Latium, continuèrent les guerres, mais comme mercenaires au service tic l'Élrurie. Ils prirent part, avec les Étrusques et les Sainnites, à ces terribles batailles de Sentiuum et du lac Vadiinon, qui assurèrent à Rome la domination de l'Italie, et par suite celle du monde. Ils y montrèrent leur vainc et brutale audace, combattant tout nus contre des gens bien armés, heurtant à grand bruit de leurs chars de guerre les masses impénétrables des légions, opposant au terrible pilum de mauvais sabres qui ployaient au premier coup *. C’est l'histoire commune de toutes les batailles gauloises. Jamais ils ne sc corrigèrent. Il fallut toutefois de grands efforts aux Romains, et le dévouement de Décius. A la fin, ils pénétrèrent à leur tour chez les Gaulois, repri-
1 Tit. Liv., I. V, c. 21. M. Papirius fiallo Barbara soara, ut Uïrn omnibus proraissa crat, penmilcenti, scipionc eburneo in caput incusso, irarn movisse dici-
tur.
3 Polybc et Suétone, dans mqn Histoire romaine, liv. I,c. 3.
3 Aulus Gell., I. IX , 3. — Tit. Liv., I. VII , c. JO.
4 Tit. Liv., 1. XXII. Gladii... Galli* prælongi ac aine* mucronibus. — Polyb., I. II, apud Script, r. fr., 1, 107. Toiç Svu'iiç xalk rijv crfwrrjv ifoèo*, twf dv axipatov r, , f oGtf&lnliv içt a du to l’«/a7tx5v f:Aox, ai ti payât pai..K pikxlyowi pi* or cwîij» xalct^opk* xatpia* , uni o( raû7»j<
âir oÇuçfo'jvlsu xup—loptvxt xstlk pr,xO{ xai xctlk uXxlot... vrai symbole de la race gaélique.
3 Flor., Ub. I, e. 13.
6 Voy. plus bÿS.
rent la rançou du Capitole, et placèrent une colonie dans le bourg principal des Sénonais vaincus à Séna sur l’Adriatique. Toute celte tribu fut exterminée, de façon qu’il ne resta pas un des fils de ceux qui sc vantaient d’avoir brûlé Rome 5.
Ces revers des Gaulois d'Italie doivent peut-être trouver leur explication dans la part que leurs meilleurs guerriers auraient prise à la grande migration des Gaulois transalpins, vers la Grèce et l’Asie (an 281 ). Notre Gaule était comme ce vase de la mythologie galloise, où bout et déborde incessamment la vie *; elle recevait par torrents la barbarie du Nord, pour la verser aux nations du Midi. Après l'invasion druidique des Kyrnry, elleavail subi l’invasion guerrière des Belges ou Ilotg. Ceux-ci , les plus impétueux des Celles, comme les Irlandais leurs descendants 7. avaient, de la Belgique, percé leur roule à travers les Galls et les Kyrnry jusqu’au Midi, jusqu’à Toulouse, et s'ctaiciil établis eu Languedoc sous les noms d'Arécomiques et de Teelosages. C’est de là qu’ils prirent leur chemin vers une conquête nouvelle. Galls, Kyrnry, quelques Germains même, descendirent avec eux la valléedu Danube. Celte nuée alla s'abattre sur la Macédoine. - Le monde de la cité antique, qui se fortifiait en Italie par les progrès de Rome, s’était brise en Grèce depuis Alexandre. Toutefois cette petite Grèce était si forte d’art et de nature, si dense, si serrée de villes et de montagnes, qu'on n'y entrait guère impunément. La Grèce est faite comme un pïégc à trois fonds. Vous pouvez entrer et vous trouver pris en Macédoine, puis en Thessalic, puis entre les Thermopylcs et l'Isthme.
Les barbares envahirent avec succès la Thracc et la Macédoine, y firent d’épouvantables ravages, passèrent encore les Tbermopyles, et vinrent échouer contre la roche sacrée de Delphes. Le dieu défendit son temple; il suffit d’un orage, et des quartiers de roches que roulèrent les assiégés pour mettre
7 La fougue, la promptitude el la mobilité des résolutions caractérisent également les Bolg d'Irlande, de Belgique et de Picardie ( Belloraci, Bolci,lolgæ,Belg.T\ Voici, etc. ), et ceux du midi de la France , malgré les mélanges divers de races.
Les Belges, dans les anciennes traditions irlandaises, sont désignés par le nom de Fir-Uholg. Ausoue (de clar. urb. Narbo.) témoigne que le nom primitif des Tectosages était Bolg : • Tcctosagos primsevo nomine Baigna. •> Cicéron leur donne celui^de Belgœ : » B< lg.irum A I lob rng unique testimoniis eredere non timetis?» (Pi o Man. Fonteio). Les manuscrits de César portent indifféremment Volga ou Volent. — Enfin saint Jérrimc nous apprend que l'idiome des Tectoiage» itail le mémo gue celui de Trèrea, ville capitale de la Belgique. Am. Thierry, I, 131.
HISTOIRE DK FRANCE.
les Gaulois en déroule. Gorgés de vin et de nourrilare, ils étaient déjà vaincus par leurs propres excès. Une terreur panique les saisit dans la nuit. Leur brenn , ou chef, leur recommanda, pour faciliter leur retraite, de brûler leurs chariots et d’égorger leurs dix mille blesses '. Puis il butd'autant et se poignarda. Mais les siens ne purent jamais se tirer de tant de montagnes et de passages difficiles au milieu d’une population acharnée.
D’autres Gaulois mêlés de Germains, les Tectosages. Trocmes et Tolistoboles, eurent plus de succès au delà du Bosphore. Ms se jetèrent dans celte grande Asie, au milieu des querelles des successeurs d’Alexandre. Le roi de Bilhynic Nicomède, et les villes grecques qui se soutenaient avec peine contre les Sélcucidcs , achetèrent le secours des Gaulois, secours intéressé et funeste, comme on le vit bientôt. Ces hôtes terribles se partagèrent l’Asie Mineure à piller et à rançonner *; aux Trocmes, rilellesporit : aux Tolistoboïcs, les côtes de la mer Égée; le midi aux Tectosages. Voilà nos Gaulois retournés au berceau des Kymry, non loin du Bosphore CirnméricH-; les voilà établis sur les ruines de Troie, et dans les montagnes de l’Asie Mineure, où les Français mèneront la croisade tant de siècles après, sous le drapeau de Godefroy de Bouillon et de Louis le Jeune.
Pendant que ces Gaulois se gorgent et s’engraissent dans la molle Asie, les autres vont partout, cherchant fortune. Qui veut un courage aveugle et du sang à bon marché, achète des Gaulois; proliliquc cl belliqueuse nation, qui suffit à tant d’ar-
1 Ses derniers avis furent suivis pour ce qui regardait les blessés, car le nouveau brenn fit égorger dix mille hommes qui ne pouvaient soutenir la marche; mais il conserva la plus grande partie des bagages. —
Diod. Sic., XXII , 870. — S’il y avait des enfants qui parussent plus gras que les autres, ou nourris d'un meilleur lait, les Gaulois, dans l’invasion de Grèce* buvaient leur sang et sc rassasiaient de leur chair. Pausanias,
I. X . p. 050. — Après le combat , les Grecs donnèrent la sépulture à leurs morts ; mais les Kymro -Galls n’envoyèrent aucun héraut redemander les leurs , s'inquiétant peu qu’ils lussent eu ter rés, ou qu’ils servissent de pâture aux bêtes fauves et aux vautours. Pausan., I. X, p. 640. — • A Égée , ils jetèrent au vent les cendres des rois de Macédoine. Pltft.,Pyrrli.,Diod. ex Val.— Lorsque le brenn cul connu, par les rapports des Irans- ■ fuges, le dénombrement des troupes grecques, plein de mépris pour elles , il se porta eu avant d’Iléracléc, et attaqua les défilés, des le lendemain, au lever du soleil, • sans avoir consulté sur le succès futur de la | bataille, remarque un écrivain ancien, aucun prêtre de sa nation, ni, h défaut de ceux-ci. aucun devin ; grec. » Pausan., 1. X, p. 648. Am. Thierry, passim.— Le
brenn dit, à Delphes : • Locuplclcs Deos largiri liomi- ;
inées et de guerres. Tous les successeurs d’Alexandre ont des Gaulois, Pyrrhus surtout, l’homme des aventures et des succès avortés. Carthage en a aussi dans la première guerre punique. Elle les paya mal. comme on sait s; et ils curent grande part à cette horrible guerre des Mercenaires. Le Gaulois Autarite fut un des chefs révoltés.
Rome profila des embarras de (Carthage et de l’cntr'actc des deux guerres puniques pour accabler les Ligures et les Gaulois d'Italie.
« Les Liguriens, cachés au pied des Alpes, entre le Yar et la Macra, dans des lieux hérissés de buissons sauvages, étaient plus difficiles à trouver qu’à vaincre; races d'hommes agiles et infatigables 1 * * 4, peuples moins guerriers que brigands, qui mettaient leur confiance dans la vitesse de leur fuite et la profondeur de leurs retraites. Tous ces farouches montagnards, Salycns, Déeéates, Euburialcs. Oxibiens, Ingauries, échappèrent longtemps aux armes romaines. Enfin le consul Fulvius incendia leurs repaires. Bèbius les fit descendre dans la plaine, et Posthumius les désarma, leur laissant à peine du fer pour labourer leurs champs (238-23.1 avant J.-C.) »
Depuis un demi-siècle que Rome avait exterminé le peuple des Sénons, le souvenir de ce terrible événement ne s’était point efTacé chez les Gaulois, lieux rois des Boïes ( pays de Bologne), Al et Gall avaient essayé d’armer le peuple pour s’emparer de la colonie romaine d'Ariminum ; ils avaient appelé d’au delà des Alpes des Gaulois mercenaires. Plutôt que d’entrer en guerre contre Rome, les Botes
nibus oporlerc... eus nullis npibus egere, uL qui cas largiri hominibus soleant. • Justin., XXIV, 6.
* Tit. Liv., I. XXXVIII, c. 16. — Strnbon, I. XIII.
8 Elle en livra quatre mille aux Romains. /'iay.Dio- <|nre de Sicile et Frontin, I. III, 16.
4 Florin ,11,3, trad. île M. Ragon. — La vigueur des Liguriens faisait dire proverbialement : Le plus fort Gauloises! abattu par le plus maigre Ligurien. Diod., V, llt./'oy.aussi Liv., XXXIX, 2. Strabou, IV. Les Romains leur empruntèrent l’usage des boucliers oblongs , scutum lûjunlicum. Liv., XL1V, 35. Leurs femmes, qui travaillaient aux carrières, s’écartaient un instant quand les douleurs de l'enfantement leur prenaient , et après raccouchemcn I, elles revenaient au travail,Strabon,Ill. Diod., IV. Les Liguriens conservaient fidèlement leurs anciennes coutumes, par exemple, celle de porter de longs cheveux. Ou les appelait (’uptlluti. — Caton dit dans Servius : » Ipsi unde oriumli tint, exacid memorid , illitcrati , meudaces , quac suut et Vcra minus mcmiiiére. » Nigidiu* Figulus , contemporain de Varrou , parle dans le même sens.
8 Atis et Galatus, daus les bistorieus grecs et latins, l'olyb., 11. /'oy. Ainétl. Thierry, Histoire des Gaulois, 1" vol.
©tgtti?ecl by Googk