CHAPITRE PREMIER
XOSDE GKRXAXIQI E. — INVASION. — XÉBOVISGIBVS.
Derrière la vieille Europe celtique, ibérienne et romaine, dessinée si sévèrement dans ses péninsules et ses tics , s’étendait un autre monde tout autrement vaste et vague. Ce monde du Nord . germanique et slave, mal déterminé par la nature, l'a etc par les révolutions politiques. Néanmoins ce caractère d’indécision est toujours frappant dans la Rassie, la Pologne, l'Allemagne même. La frontière de la langue, de la population allemande, flotte vers nous dans la Lorraine, dans la Belgique. A l’orient, la frontière slave de l’Allemagne a été sur l’Elbe, puis sur l’Oder, et indécise comme l’Oder, ce fleuve capricieux qui change si volontiers ses rivages. Par la Prusse, par la Silésie, allemandes et tlavcs à la fois, l’Allemagne plonge vers la Pologne, vers la Russie, c’cst-à-dirc vers l'infini barbare. Du côté du nord, la mer est à peine une barrière plus précise ; les sables de la Poméranie continuent le fond de la Baltique ; là , gisent sous les eaux, des villes, des villages, comme ceux que la mer engloutit en Hollande. Ce dernier pays n'est qu'un champ de bataille pour les deux éléments.
Terre indécise, races flottantes. Telles du moins nous le» représente Tacite dans sa Germania. Des marais, des forêts, plus ou moins étendues, selon qu’elles s’éclaircissent cl reculent devant l’homme, puis s'épaississant dans les lieux qu’il abandonne; habitations dispersées, cultures peu étendues, et transportées chaque année sur une terre nouvelle. Entre les forêts, des marches, vastes clairières, terres vagues et communes, passage des migrations, théâtre des premiersessaisdela culture, où se groupent capricieusement quelques cabanes. » Leurs demeures, dit Tacite, ne sont pas rapprochées; ici, ils s'arrêtent près d’une source, là près d’un bouquet d'arbres. » Limiter, déterminer la marche, c’est la grande affaire des prud'hommes forestiers.
Les limitations lie sont pas bien précises. « Jusqu'où, disent-ils, le laboureur peut-il étendre la culture dans la marche? Aussi loin qu’il peut jeter son marteau. » Le marteau de Thor est le signe de la propriété, l'instrument de cette conquête pacifique sur la nature.
Il lie faudrait pourtant pas inférer de celle culture mobile, de ces mutations de demeures, que ces populations aient été nomades. Nous ue remarquons pas en elles cet esprit d’aventure qui a promené les Celles antiques, les Tartares modernes, à travers l’Europe et l’Asie.
Les premières migrations germaniques sont généralement rapportées à des causes précises. L’invasion de l’Océan décida les Cimbrcs à fuir vers le Midi , entraînant avec eux tant de peuples. La guerre et la faim, le besoin d’une terre plus fertile, poussaient souvent les tribus les unes sur les autres, comme on le voit dans Tacite. Mais lorsqu'elles ont trouvé un sol fertile et défendu par la nature, elles s'y sont tenues; témoin les Frisons, qui, depuis tant de siècles, restent fidèles à la terre de leurs aïeux, aussi bien qu'à leurs usages.
Les mœurs des premiers habitants de la Germanie n’étaient pas autres, ce semble, que celles de tant de nations barbares, de quelque vives couleurs qu'il ait plu à Tacite de les parer : l'hospitalité, la vengeance implacable, l’atnour effréné du jeu et des boissons fermentées, la culture abandonnée aux femmes; tant d’autres traits, attribués aux Germains, comme leur étant propres, par des écrivains qui ne connaissaient guère d'autres barbares. Toutefois il ne faudrait pas les confondre avec les pasteurs tartares , ou les chasseurs de l'Amérique. Les peuplades de la Germanie, plus rapprochées de la vie agricole, moins dispersées et sur des espaces moins vastes , se présentent à nous avec des traits moins rudes; elles semblent moins sauvages que barbares, moins féroces que grossières.
A l'époque où Tacite prend la Germanie, les Timbres et Teutons (Ingaevons. Islævons), pâlis-