LIVRE IL — LES ALLEMANDS
les conduisaient; en un mot, au dévouement personnel , et à la disciplinabilité, qui , dans tous les siècles, ont caractérisé l'Allemagne, de sorte que ce qu’on a présenté comme prouvant l’indomptable génie, la forte individualité des guerriers germains, marquerait au contraire l’esprit éminemment social, docile, flexible de la race germanique *?
Cette mâle et juvénile allégresse de l’homme qui se sent fort et libre dans un monde qu’il s’approprie en espérance , dans les forêts dont il ne sait pas les bornes, sur une mer qui le porte à des rivages inconnus, cet élan du cheval indompté sur les steppes et les pampas, elle est sans doute dans Alaric , quand il jure qu’une force inconnue l’entraîne aux portes de Home; elle est dans le pirate danois qui chevauche orgueilleusement l'Océan ; elle est sous la feuillée où [tobin llood aiguise sa bonne flèche contre le shérif. Mais ne la trouvezvous pas tout autant dans le guérilla de Galice , le I). Luis de Calderon, Vennenti de la loi ? Est-elle moindre dans ces joyeux Gaulois qui suivirent César sous le signe de l’alouette , qui s’en allaient en chantant prendre Rome, Delphes, ou Jérusalem? Ce génie de la personnalité libre, de l’orgueil effréné du moi, n’est-il pas éminent dans la philosophie celtique, dans Pelage, Abailard et Descartes, tandis que le mysticisme et l'idéalisme ont fait le caractère presque invariable de la philosophie et de la théologie allemandes 9?
Du jour où, selon la belle formule germanique, le
î icartju* a jeté la poussière sur tous ses parents, et lancé l’herbe par-dessus son épaule, où. s'appuyant ! sur son bâton, il a sauté la petite enceinte de son * champ, alors, qu’il laisse aller la plume au vent s, qu'il délibère comme Attila, s’il attaquera l’empire
I d’Orient, nu celui d’Occidcnl 4 : à lui l'espoir, à lui le monde!
C’est de cet état d’immense poésie, que sortit l’idéal germanique, le Sigurd Scandinave, le Siegfried ou le Dietrich von Rern de l'Allemagne. Dans cette ligure colossale est réuni ce que la Grèce a divisé, la force héroïque et l’instinct voyageur, Achille et Ulysse : Siegfried parcourut bien des contrées par la force de son bras K Mais ici l'homme rusé, tant loué des Grecs, est maudit, dans le per- ( flde Hagen, meurtrier de Siegfried, Ilagcii à la face | pâle et qui n’a qu’un mil, dans le nain monstrueux qui a fouillé les entrailles de la terre, qui sait tout, et qui ne veut que le mal 6. La conquête du Nord, c’est Sigurd; celle du Midi, c’est Dietrich von Bern (Théodoric de Vérone?). La silencieuse ville de Ravcnnc garde , à côté du tombeau de Dante . le tombeau de Théodoric , immense rotonde dont le dôme d’une seule pierre semble avoir été posé là par la main des géants. Voilà peut-être le seul monument gothique qui reste au monde aujourd’hui. Il n'a rien dans sa masse qui fasse penser à celte hardie et légère architecture, qu’on appelle gothique, et qui n’exprime en effet que l’élan mystique du christianisme au moyen âge. Il faudrait plutôt le comparer aux pesantes constructions pélasgi-
■ Distinguons soigneusement de la Germanie primitive deux formes sous lesquelles elle s’est produite à l’extérieur; premièrement , le» bandes aventureuses des barbares qui descendirent au Midi, et entrèrent dans l'Empire comme conquérants et comme soldats mercenaires ; deuxièmement , les pirates effrénés qui , plus tard , arrêtes à l’ouest par les Francs, sortirent d'abord de l’Elbe, puis de la Baltique pour piller l’Angleterre et la Frauce. Les uns et les autres commirent d’affreux ravages, f Voy. la fin de ce livre.) Au premier contact des races, lorsqu’il n’y avait encore ni langues, ni habitudes communes, les maux furent grands saris doute, mais les vaincus n’oublièrent aucune exagération pour ajouter eux-mémcs à leur effroi.
3 J’ai parlé dans un autre ouvrage de la profonde impersoinialité du génie germanique, et j’y reviendrai ailleurs. Ce caractère est souvent déguisé par la force sanguiue , qui est très - remarquable dans la jeunesse allemande ; tant que dure cette ivresse de sang, il y a beaucoup d'élan et de fougue. L’impersonualiié est toutefois le caractère fondamental ( ray. mon Introduction 'a l'Histoire universelle). C’est ce qui a été admirablement saisi par la sculpture antique, témoin les bustes colossaux des captifs Daces, qui sont dans le Hracchio Nuovo du Vatican, et les statues polvehromrs,
bien inférieures il est vrai, qu’on voit dans le vestibule de noire Musée. Les Daces du Vatican, dans leurs proportions énormes, avec leur forêt de cheveux incultes, ne donnent point du tout l’idée de la férocité barbare, mais plutôt celle d’une grande force brute, comme do boeuf et de l'éléphant, avec quelque chose de singulièrement indécis et vague. Ils voient, sans avoir l'air de 1 regarder, à peu près comme la statue du Nil dans la : même salle du Vatican, et la charmante Seine de Vietti, i qui est au musée de Lyon. Cette indécision du regard m’a souvent frappé dans les hommes les plus éminents | de l’Allemagne.
3 Voyez les formules d’initiations du compagnonnage allemand, que j’ai traduites dans les notes de mon Iu-
| troduction à l'Histoire universelle.
4 Priscut, in Corp. Ilistor. Byzantinæ. p. 40.
* Diirch sines Libes Slerche er rcit iu menegiu I.ant.
Dtr Xibrlungen, Sot. 87.
Il semble que , dans ses admirables compositions , I Cornélius ait eu sous les yeux les Nibelungcn allemands plus que l'Edda et les Sagas Scandinaves. Il y a lieu de • le regretter.
* y f>y. le bel article inséré par N. Amj»èrc, dans la | Rrvur des Deux Mondes, W août 1933.
ques des tombeaux de l'Ktruric cl dcl’Argnlide '. i
Les courses aventureuses des Germains à travers I l’Empire, et leur vie mercenaire à la solde des Romains, les armèrent plus d’une fois les uns contre | les autres. Le Vandale Stilicon défit à Florence ses compatriotes dans la grande armée barbare de Rhodogast. Le Scythe Aélius défit les Scythes dans les j campagnes de Chàlons; les Francs y combattirent pour et contre Attila. Qui entraîne les tribus germaniques dans ces guerres parricides? c’est cette fatalité terrible dont parlent l’Edda et les Nibelungen. C’est l’or, que Sigurd enlève au dragon Fafnir. et qui doit le perdre lui-même; cet or fatal qui passe à ses meurtriers, pour les faire périr au ban- j quel de l'avare Attila.
L'or et la femme , voilà l’objet des guerres , le but des courses héroïques. But héroïque, comme l'effort; l’amour ici n’a rien d’amollissant, la grâce de la femme, c’est sa force, sa taille colossale. Elevée par un homme, par un guerrier (admirable froideurdu sang germanique3!), la vierge manie les armes. Il faut, pour venir à bout de Brunhild, que Siegfried ail lancé le javelot contre elle, il faut que, dans la lutte amoureuse, elle ait de scs fortes mains fait jaillir le sang des doigts du héros... La femme, dans la Germanie primitive, était encore courbée sur la terre qu’elle cultivait 9 ; elle grandit dans la vie guerrière; elle devient la campagne des dangers de l’homme , unie à son destin dans la vie , dans la tnorl(sic vivendum, sic pereunduiu. Tarit.). Elle ne s’éloigne pas du champ de bataille, elle l’envisage, elle y préside, elle devient la fée des combats, la valkyrie charmante et terrible, qui cueille, comme une Ileur, l’âme du guerrier expirant. Elle le cherche sur la plaine funèbre, comme Edith au col de cygne cherchait llarold après la bataille d'ilastings, ou celle courageuse Anglaise, qui, pour
retrouver sou jeune époux, retourna tous les morts de Waterloo.
Un sait l’occasion de la première migration des barbares dans l’Empire *. Jusqu’en 375. il n’y avait eu que des incursions, des invasions partielles. A celle époque, les Goths, fatigués des courses de la cavalerie hunnique qui rendait toute culture impossible, obtinrent de passer le Danube, comme soldats de l'Empire, qu’ils voulaient défendre et cultiver. Convertis au christianisme, ils étaient déjà un peu adoucis par le commerce des Romains. L’avidité des agents impériaux les ayant jetés dans la famine et le désespoir 4, ils ravagèrent les provinces entre la mer Noire et l’Adriatique ; mais dans ces courses mêmes ils s’humanisèrent encore, et par les jouissances du luxe et par leur mélange avec les familles des vaincus. Achetés à tout prix par Théodose, ils lui gagnèrent deux fois l'empire d’Occideul. Les Francs avaient d’abord prévalu dans cet empire, comme les Goths dans l’autre. Leurs chefs, Mellobaud sousGraticn, Arbogasl sous Valentinien 11 , puis sous le rhéteur Eugène qu'il revêtit de la pourpre, furent effectivement empereurs 6.
Dans cet affaissement de l'empire d’Occidenl, qui se livrait lui-méme aux barbares, les vieilles populations celtiques, les indigènes de la Gaule et de la Bretagne sc relevèrent et se donnèrent des chefs. Maxime, Espagnol comme Théodosc7, fut élevé à l’empire par les légions de Bretagne (an 383). Il passa à Saint-Malo avec une multitude d’insulaires , et défit les troupes de Gratien. Celui-ci et son Franc Mellobaud furent mis à mort. Les auxiliaires Bretons furent établis dans notre Armorique sous leur conan ou chef, Mériadec, ou plutôt Murdoch , qu’on désigne comme premier comte de Bretagne 8. L’Espagne sc soumit volontiers à l'Es-
• l'oy. le Voyage, disons plutôt l’épopée, d’Edgar Quinct (1830). ’
3 Voyez le commencement du Niaisaga. — Salvian., de Provident., I. VII. Golhorum gens perlida, sed pudica est. Saxooes crudelitatc efleri, sed castitale mirandi.
9 Tacit., Gcrman. , c. 15. Forlissimus puisque. .. | niliil agens, delegatâ doraûs et penatium et agrorum j curà feroioia senibusque , et inürmissimo cuique ex fa- | miliâ.
9 Nous attendons avec impatience le grand ouvrage I d’Augustin Thierry , sur les invasions barbares. Je I donne aussi le tableau de ces invasions dans mon Histoire de l’empire romain.
9 Uicrou. chron. Ad rebellionem famé coacti sunt.
8 Zozim., I. IV, ap. Script, fr., I. 584 : Aç&o-/xçr,i... Tdeoûro* r,v, âiflT» xtU apbf ràv /fosùfct aa/SprictzfaQatt, toi <i 7« /Air, AXAÙi aiiTw , /tr.cl &powt*6vr*n t'xttv iéôxit,
| xwlüfiv. — Paul. Oros., I. VU, c. 35 : Eugeniutn tyrannum crearc ausus est, Icgitquc humiliera , oui titulum i imperaloris imponcret , ipse aclurus imperium. Prospcr. Aquilan., ann. 304. Marcellin, chron., ap. Scr. fr., I, 040. — Claudien (IV consul. Uouor., v. 74) dit dédaigneusement :
Hune sibiGcrmanus famulum délogerai exui.
7 Zozime, IV, 47. — Socrat., IV. — Sulpic. Sevei ., dialog. II, c. 7 : Vir omni vit* merilo etiam pruedicamlus, si ci, vcl diadema... repudiare, vel armis civilibus abstincre licuisset. — Suivant quelques auteurs, il fut élu malgré lui. Paul Oros., I. VU, c. 34, etc.
* Triades de l’ile de Bretagne, trad. par Proberl . p. 381. » La troisième expédition combinée fut conduite hors de cette Ile par Ellen, puissant dans les combats, et Cyuan, son frère, seigneur de Meiriadog, eu l’Armorique, on ils obtinrent terres, pouvoir et souveraineté
Ll\ RE 11. - LES ALLEMANDS.
pagnol Maxime, elcc prince habile ne larda pas à enlever l'Italie au jeune Valentinien II. beau-frère de Thcodose. Ainsi une année, en partie bretonne, sous un empereur espagnol, avait réuni tout l’Occident.
C’est par les Germains ‘ que Théodosc prévalut sur Maxime ; son armée, composée principalement de Goths, envahit l’Italie2, tandis que le Franc Arbogast opérait une diversion par la vallée du Danube. Cet Arbogast resta tout-puissant sous Valentinien II , s'en défit et régna trois ans sous le nom du rhéteur Eugène. C’est encore en grande partie aux Goths que Théodose dut sa victoire sur cet usurpateur *.
Sous Honorius, la rivalité du Gotb Alaric et du Vandale Stilicon ensanglanta dix ans l'Italie. Le Vandale, nommé par Théodose tuteur d'Honorius, avait en ses mains l’empereur d'Occident. Le Goth, nommé par l’empereur d’Orient, Arcadius, maître de la province d’Illyrie, sollicitait en vain d'Honorius la permission de s’y établir. Pendant ce temps, la Bretagne, la Gaule et l’Espagne redevinrent indépendantes sous le Breton Constantin. La révolte d’un des généraux de cet empereur 4, et peut-être la rivalité de l'Espagne et de la Gaule , préparèrent la ruine du nouvel empire gaulois. Elle fut consommée par la réconciliation d’Honorius et des Goths. Alaulph, frère d’Alaric , épousa Placidic, sœur d’Honorius, et son successeur, Wallia, établit ses bandes à Toulouse , comine milice fédérée au service de l’Empire (en 411 ). Mais cet empire n’avait plus besoin de milice eu Gaule; il abandonnait de lui-même cette province, comme il avait fait la Bretagne, et se concentrait dans l’Italie pour y mourir. A mesure qu’il se relirait, les Goths s’étendirent peu à peu, et dans l’espace d’un demisiècle ils occupèrent toute l'Aquitaine et toute l’Espagne.
Les dispositions de ces Goths ne furent rien moins qu’hostiles pour la Gaule. Dans leur long voyage à travers l’Empire , ils n’avaient pu voir qu’avec étonnement et respect ce prodigieux ou-
de l’empereur Maxime, pour le soutenir contre le* Romain*... et aucun d’eux ne revint, mai* il* restèrent là et dans Y*lre Gyvaelwg, où ils formèrent une communauté. » — Eu 462, on voit au concile de Tour* un évêque de» Breton*. — En 468, Anthemiu* appelle de In Bretagne , et établit à Bourges douze mille Bretons. Jornaudes, de rcb. Geticis, c. 45. — Suivant Turner (Hiat. of tlie Anglo-Sax., p. 282), le* Bretons ne s’établirent dans l’Armorique qu’en 552, comme le dit In Chronique du mont Saint-Michel. — Au reste il y eut sans doute de toute antiquité, entre la Grande-Bretagne et l'Armorique, un fiux et reflux cftolinucl d’émigrations, motivé par le commerce, et snrlont par la rrli-
vrage de la civilisation romaine, faible et pré! à crouler sans doute, mais encore debout et dans sa splendeur. Après la première brutalité de l'invasion , ils s’étaient mis , simples et dociles, sous la discipline des vaincus. Leurs chefs n’avaient pas ambitionne de plus beau titre que celui de restaurateurs de l’Empire. On peut en juger par les mémorables paroles d' Alaulph qui nous ont élc conservées. u Je me souviens , dit un auteur du cinquième siècle, d'avoir entendu à Bcthlccm le bienheureux Jérôme raconter qu'il avait vu un certain habitant de Narbonne, élevé à de hautes fonctions sous l’empereur Théodose, et d'ailleurs religieux, sage et grave, qui avait joui dans sa ville natale de la familiarité d'Alaulph. Il répétait souvent que le roi des Goths, homme de grand cœur et de grand esprit, avait coutume de dire que son ambition la plus ardente avait d’abord été d’anéantir le nom romain et de faire de toute l’étendue des terres romaines un nouvel empire appelé Gothique; de sorte que pour parler vulgairement, tout ce qui était Roxanix devint Gotiii;, et qu’Ataulph jouât le même rôle qu’a ut refoi s César Auguste ; mais qu’après s’être assuré par expérience que les Goliis étaient incapables d'obéissance aux lois, à cause de leur barbarie indisciplinablc , jugeant qu’il ne fallait point toucher aux lois, sans lesquelles la république cessait d’èlrc république , il avait pris le parti de chercher la gloire en consacrant les forces des Goths à rétablir dans son intégrité , à augmenter même la puissance du nom romain, afin qu’au moins la postérité le regardât comme le restaurateur de l'Empire, qu’il ne pouvait transporter. Dans celte vue il s’abstenait de la guerre et cherchait soigneusement la paix5. »
Le cantonnement des Goths dans les provinces romaines ne fut pas un fait nouveau et étrange. Depuis longtemps les empereurs avaient à leur solde des barbares, qui, sous le litre d'hôtes, logeaient chez le Romain et mangeaient è sa table. L’établissement des nouveaux venus eut même d'abord un immense avantage, ce fut d’achever la désorgani-
gion (f'oy. César). On ne peut disputer que sur l’époque d'une colonisation conquérante.
1 Maxime loua aussi de* soldats germains. Gibbon, t. V, p. 289.
2 Id., ibid., p. 294.
9 Ils eurent le poste d'honneur à la bataille. ld.,ibid.,
4 Gérontius , qui avait commandé en Espagne pendant l’absence du (ils de Constantin. Zozim., I. VI, ap. Scr. fr., I, 586. Sozomen., 1. IX, ibid., 605.
5 P. Oros., I. VII, c. 43, cité et traduit par Thierry, Lettres sur l'Histoire de France. VI.
sa t ion Je la tyrannie impériale. Les agents «lu Asc se retirant peu à peu. le plus grand des maux de l'Empire cessa de lui-même. Les curiales, bornés désormais à l'administration locale des municipalités, se trouvèrent soulagés de toutes les charges dont le gouvernement central les accablait. Les barbares s'emparèrent , il est vrai . des deux tiers des terres 1 dans les cantons où ils s'établirent. Mais il y avait tant de terres incultes, que celle cession dut généralement être |h?u onéreuse aux Romains. Il semble que les barbares aient conçu des scrupules sur ces acquisitions violentes, cl qu’ils aient quelquefois dédommagé les propriétaires romains. Le poêle Paulin , réduit à la pauvreté par suite de rétablissement d'Ataulph , et retiré à Marseille, y reçut un jour avec étonnement le prix d’une de scs terres que lui envoyait le nouveau possesseur 7.
[413] Les Burgundrs, qui s’élablirenlà l’ouest du Jura, vers la même époque que les Goths dans l'Aquitaine, avaient peut-être encore plus de douceur. » Il parait que cette bonhomie, qui est l'un des caractères actuels de la race germanique, se montra de boune heure chez ce peuple. Avant leur entrée dans l'Empire, ils étaient presque tous gens de métier, ouvriers en charpente ou en menuiserie. Ils gagnaient leur vie à ce travail dans les intervalles de paix, cl étaient ainsi étrangers à ce double orgueil du guerrier et du propriétaire oisifqui nourrissait l'insolence des autres conquérants barbares8... Impatronisés sur les domaines des propriétaires gaulois, ayant reçu, ou pris, à titre d'hospitalité, les deux tiers des terres et le tiers des esclaves, ce qui probablement équivalait à la moitié de tout, ils se faisaient scrupule de rien usurper au delà. Ils ne regardaient point le Romain comme leur colon, comme leur litc, selon l'expression germanique, mais comme leur égal en droits dans l'cnccintc de ce qui lui restait. Ils éprouvaient même devant les riches sénateurs, leurs copropriétaires, une sorte d’embarras de parvenus. Cantonnés militairement dans une grande maison, pouvant y jouer le rôle de maîtres, ils faisaient ce qu'ils voyaient faire aux clients romains de leur noble hôte , cl se réunis-
• Les llcrulcs et les Lombards te contentèrent du tiers.
7 Paulinus, in Eucharist., v. 504-581, éd. 1681, in-8«. — /'oy. aussi PUist. litt. de France, 11,363-361».
3 Socrates, I. VU, e. 30. ap. Scr. fr., I, 604 : Quippè '•unie» ferè sunt fobri lignorii, et ex hàc arte mcrcedcm rapidités semetipsos aluni.
4 Aug. Thierry, Lctlres sur l'Ilist. Je Fraucc, VI.
Sidon. Apollin., carmcu XII, sp.Scrip.fr., 1,811 .