LIVRE II. - LES ALLEMANDS
profiler de sa retraite. A qui devait rester la Gaule? Aux Golhsel Burgiinilcs, ce semble. Gcs peuples ne pouvaient manquer d'envahir les contrées centrales. qui. telles que l'Auvergne, s'obstinaient à resler romaines. Mais les Golhs eux -mêmes n’étaient-ils pas romains ? Leurs rois choisissaient leurs ministres parmi les vaincus. Théodoric U employait la plume du plus habile homme des Gaules, et sc félicitait qu’on admirât l’élégance des lettres écrites en son nom. Le grand Théodoric, fils adoptif de l'empereur Zénon et roi des Ostrogoths établis en Italie, cul pour ministre le déclamateur Cassiodore. Sa fille, la savante Amalasonle, parlait indifféremment le latin et le grec, et son cousin Théo-
d u ire ce vénérable monument de la primitive littérature germanique. Il a été traduit par M. Gley (Langue des Francs, 1814) et par M. Ampère ( Études histor. de CliÂtcaubriand ). J’essaye ici d’en donner une traduction nouvelle.
« J'ai ouï dire qu’uti jour au milieu des combattants, se défièrent Ilildibraht et llathubralit,lc père et le fils... lis arrangeaient leurs armures, se couvraient de leurs cottes d'armes, sc ceignaient, bouclaient leurs épées; ils marchaient l'un sur l'autre. Le noble et sage llildibralit demande à l'autre, en paroles brèves: Qui est ton père entre les hommes du peuple, et de quelle race es- tu ? Si lu veux me l'apprendre , je te donne une armure n trois fds. Je connais toute race d'hommes. lia ihubraht, fils d'Hildibraht, répondit : Les hommes vieux et sages qui étaient jadis, me disaient que Ilildibraht était mon père; moi, je me nomme Ilalhubraht. Un jour il s'en alla vers l’Orient, fuyant la colère d'O- Ihachr (Odoacre?); il alla avec Théothrieh (Théodoric?), et un grand nombre de scs serviteurs. Il laissa au pays une jeune épouse assise dans sa maison, un fils enfant, une armure sans maître, et il alla vers l'Orient. Le malheur croissant pour mon cousiu Dietrich , et tous l’abandonnant, lui, il était toujours à la tète du peuple, et mettait sa joie aux combats. Je ne crois pas qu’il vive encore. — Dieu du ciel, seigneur des hommes, dit alors Hildihraht , ne permets point le combat entre ceux qui sont ainsi parents! Il détache alors de son bras une chaîne travaillée en bracelet que lui donna le roi, seigneur des Huns. Laisse-moi , dit-il , te faire ici ce don! — llathubraht répondit : C'est avec le javelot que je puis recevoir, et pointe contre pointe! Vieux Il un , indigne espion, tu me trompes avec tes paroles. Dans un moment je te lance mon javelot. Vieil homme, espérais -tu donc m'ahuscr? Us m'ont dit, ceux qui naviguaient vers l'Ouest, sur la mer des Vendes , qu'il y eut une grande bataille ou périt Ilildibraht, fils d’Heeribrabt. — Alors reprit Ilildibraht, fils d’Heerihralit : Je rois trop bien à ton armure que tu n'es point un noble chef, que tu n'as pas encore vaincu... Hélas ! quelle destinée est la mienne ! J’erre depuis soixante étés , «soixante hivers, expatrié, banni. Toujouis on me remarquait dans la foule des combattants ; jamais ennemi ne me traîna , ne m'enchaîna dans son
dal, qui la fit périr, affectait le langage d’un
philosophe.
Les Golhs n’avaient que trop bien réussi à res laurcr l’Empire. L’administration impériale avaft reparu, et avec elle tuus les abus qu'elle entraînait. L’esclavage avait été maintenu sévèrement dans l'intérêt des propriétaires romains. Imbus des idées byzantines dans leur long séjour en Orient, les Golhs en avaient rapporté l’arianisme grec, cette doctrine qui réduisait le christianisme à une sorte de philosophie , et qui soumettait l'Église à l’État. Délestés du clergé des Gaules, ils le soupçonnaient, non sans raison *, d’appeler les Francs, les barbares du Nord. Les Burgundes, moins intolérants que
fort. Et maiutenant, il faut que mon fils chéri me perce de sou glaive , me fende de sa hache , ou que moi je devienne sou meurtrier. Sans doute, il peut se faire, si Ion bras est fort, que lu enlèves 1 un homme de cœur son armure, que tu pilles son cadavre; f'ais-le, si tu en as le droit , et qu’il soit le plus infime des hommes de l'Est, celui qui te détournerait du combat que tu désires. Braves compagnons, jugez dans votre courage lequel aujourd'hui sait le mieux laucer le javelot , lequel va disposer des deux armures. — Là-dessus , les javelots aigus volèrent et s'enfoncèrent dans les boucliers; puis ils en vinrent aux mains, les haches de pierre sonnaient, frappant à grands coups 1rs blancs boucliers. Leurs membres en furent quelque peu ébranlés, non leurs jambes toutefois... •
1 Cûm jam terror Francorura resonaret in lus partibus, et omnes eos atnore desiderabili cuperent regnare, sanctus Aprunculus Lingonicæ civitatis episcopus apud Burgundiones cœpit haberi suspeclus. Cùmque odium de die in dicm creseeret , jussum est ut clàm gladio feriretur. Quo ad cum pcrlato nuntio , nocif h Castro Divionensi... demitsus, Arverni* advenit, ibique... dalus est episcopus. — Multi jam tune ex Galliis habere Franco* dominos summo desiderio cupiebaut. Umlè factum est, ut Quintianus Ruthcnoriim episcopus... ab urbe depcllcretur. Diccbanl enimei : «quia desiderium tuum est, ut Francorum dominatio teneat terrain liane... • Orto inter eum et cives scandalo, Gotthos qui in h&c urbe morabantur, suspicio altigit,exprobrantibus ci vibus, quôd velit se Francorum ditiouibus subjugare ; consilioque accepto , cogitavcrunt cum perfodere gladio. Quod cûm viro Dei nuntiatum fuisset, de noctc consurgens ; ab urbe Rulhcuà egrediens, Arvernos advenit. Ibique à sancto Eufrasio episcopo... bénigne susceptus est, decedente ab hoc murido Apollinari , cûm hæc Theodorico régi nuntiata fuissent, jussit inibi sanctum Quintianum constitui... diceus : Hic oh noslri amoris zelum ab urbe suâ ejeelus est, — Hujus temporc jam Chlodovechus regimbât in aliquihus urbibus in Galliis, et ob liane causant Lie pontifex suspeclus habitus à Gotthis, quôd sc Francorum ditiouibus subdere vellet, apud urbem Tholosam exilio condemnalus, in eo obiit ... Svplimus Turonum episcopus Volusianus... cl octavus Vcrus... pro meraoratn; causa; zelo suspeclus habitus à
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les Gotha. partageaient les mêmes craintes. Ces défiances rendaient le gouvernement chaque jour plus dur et plus tyrannique. Oii sait que la loi gothique a tiré des procédures impériales le premier modèle de l'inquisition *.
La domination des Francs était d'autant plus désirée. que personne peut-être ne se rendait compte de ce qu'ils étaient *. Ce n'était pas un peuple, mais uue fédération; plus ou moins nombreuse, selon qu'elle était puissante; elle dut l'être au temps de Mellobaud et d’Arbogasl , à la fin du quatrième siècle. Alors les Francs avaient certainement des terres considérables dans l'Empire. Des Germains de toute race composaient, sous le nom de Francs, les meilleurs corps des armées impériales 5 et la garde même de l’empereur 4. Celte population flottante entre la Germanie et l’Empire, se déclara généralement contre les autres barbares qui venaient derrière elle envahir la Gaule. Ilss’opposèrent en vain à la grande invasion des Bourguignons, Suèves et Vandales, en 406 ; beaucoup d'entre eux combattirent Attila. Elus tard, nous les verrons, 'Sous Clovis, battre les Allemands, près de Cologne, et leur fermer le passage du Rhin. Païens encore, et sans doute indiflcrenls dans la
Gollhit in exilium drduclus vilain fiuivit. Grog. Tur., lih. II , c. 33, 30; 1. X , c. 31. Voy. aussi c. SG et vit. pair., ap. Scr. fr., t. III, p. 408.
1 Montesquieu , Esprit des lois, I. XXVIII , c. I.
1 En 954 , sous Gallien , les Francs avairut envahi la Gaule, et percé h travers l'Espagne jusqu'en Mauritanie (Zoziroe, 1. I, p, G4C. Aurel. Victor ,c. 33). En 977, Prnbus les battit deux fois sur le Rhin .et en établit un grand nombre sur les bords de la mer Noire. On sait le liardi voyage de ces pirates qui partirent «ennuyés de | leur exil, pour aller revoir leur Rhin, pillant sur la route les eûtes de l'Asie, de la Grèce et de la Sicile, et vinrent aborder tranquillement dans la Frise ou la Batavie (Zozimc , I , GOG ). — En 303 , Constance transporta dans la Gaule une colonie franque. — Eu 358, Julien repoussa les Chamavcs au delà du Rhin, et soumit les Salieut, etc. — Clovis (ou mieux Hlodwig), battit Syagrius en 486. — Grrg. Tur., I. II , c. 0 . Tradonl mulli eosdctn de Pannoniè fuisse digressos, et primtim quidem litura Rlieui munis iucoluisse : drhiuc transacto Rhrno , Thoringiam trausmeassc.
3 Par exemple des armées de Coustantin. Zozimc,