‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 51 sur 398 · LIVRE II. — LES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LES ALLEMANDS

seurs s'abandonnèrent de bonne heure aux conseils des Romains, des vaincus Et il devait eu être ainsi ; sans compter qu’ils étaient bien plus souples, bien plus flatteurs, eux seuls étaient capables d'inspirer à leurs maîtres quelques idées d'ordre et d'administration, de substituer peu à peu un gouvernement régulier aux caprices de la force, et d'élever la royauté barbare sur le modèle de la monarchie impériale. Nous voyons déjà sous Thcudebert, petit-fils de Clovis, le ministre romain Parthenius, qui veut imposer des tributs aux Francs, et qui est massacré par eux à la mort de ce roi *.

Un autre petit-fils de Clovis, Chramnc, (ils de Clotaire, avait pour confident le Poitevin Léon pour ennemi, l'évêque de Clermont, Cantin, créature des Francs; pour amis, les Bretons, chcx lesquels il se retira, lorsque ayant échoué dans une tentative de révolte, il fut poursuivi par son père. Le malheureux se réfugia, avec toute sa famille, dans une cabane, où sou père le fil brûler.

[558-361 ] Clotaire, seul roi de la Gaule par la mort de scs trois frères, laissait en mourant quatre fils. Sigcbcrt cul les campements de l'est, ou, comme parlent les chroniqueurs, le royaume d'üslrasic ; il résida à Metz : rapproché ainsi des tribus germaniques, dont plusieurs restaient alliées des Francs, il semblait devoir tôt ou lard prévaloir sur scs frères. Ch ilpéric eut la Neuslrie, et Tut appelé roi de Soissons. Contran eut la Bourgogne; sa capitale fut Cbélons- sur -Saône. Pour le bizarre royaume de

1 Clovis lui-même choisit des Romains pour les envoyer en ambassade, Aurelianus en 481 , Paternus en

307 (Greg. Tur., episl., c. 18, 25). On rencontre une foule de noms romains autour de tous les rois germains :

un Aridius est le conseiller assidu de Gondebaud ( Greg.

Tur., I. II, c. 32). — Arcadius, sénateur arverue,

appelle Childrbert Ier dans l'Auvergne, et s'entremet

pour le meurtre des enfants de Clodnmir (id., 1. III , c. 9, 18). — Aslcriolus rt Secundinus, « tous deux sages et habiles dans les lettres et la rhétorique, • avaient beaucoup de crédit (en 547) auprès de Tbeudebert {ibid., e. 33). — Un ambassadeur de Contran se nomme Félix (Greg. Tur.. I. VIII, c. 13); sou référendaire ,

Flavius ( I. V, c. 40). Il envoie un Claudius [unir tuer Ebcrulf dans Saint - (Martin de Tours ( I. VU , e. 20). — Un autre Claudius est chancelier île Childebert II (Greg., de mirac. S. Martini, I. IV). — Un domeetiq ne de Bruncbaut se nomme Flavius ( Greg. Tur., I. IX, c. 19). A son favori Proladius ( roy. plus bas, note 0), succède « le Romain Claudius, fort lettré et agréable couleur • ( Fredcgar., c. 28). Dagobert a pour ambassadeurs Serval us et Paternus, pour généraux Abundautius et Vcnerandus, etc. (Gesta Dagobert i, passim)... etc., etc. — Sans doute plus d'un roi mérovingien perdit dans ce contact avec les vaincus la rudesse barbare, et voulut apprendre avec ses favoris l'élégance

Charibcrt, qui réunissait Paris et l’Aquitaine, la mort de ce roi répartit ses Étals entre ses frères. L'influente romaine fut plus forte encore sous ces princes. Nous les voyons généralement livrés à des i ministres gaulois, golhs ou romains. Ces trois mots sont alors presque synonymes. Dans le commerce des barbares, les vaincus ont pris quelque chose de leur énergie. « Le roi Contran, dit Grégoire de Tours, honora du patricial Cclsus, homme élevé de taille, fort d'épaules, robuste de bras, plein d'emphase dans ses paroles, d’à-propos dans ses répliques, exercé dans la lecture du droit; il devint si avide, qu'il spolia fréquemment les églises, etc. 1 * * 4i» Sigebert choisit un Arverne pour envoyé à Constantinople. Nous trouvons parmi scs serviteurs un Andarchius, « parfaitement instruit dans les œuvres de Virgile, dans le code Théodosien et fart des cal- 1 culs 5. »•

j C'est à ces Romains qu'il faut désormais attribuer eu grande partie ce qui se fait de bien et de mal sous les rois des Francs. C'est à eux qu'on doit rapporter la fiscalité renaissante 6 ; nous les voyons figurer dans la guerre même, et souvent avec éclat. Ainsi, tandis que le roi d'üstrasic est battu par les Avares, et se laisse prendre par eux, le Romain Mummolc, général du roi de Bourgogne, bal les Saxons et les Lombards, les force d’acheter leur 1 retour d'Italie en Allemagne, et de payer tout ce qu'ils prennent sur la route 7.

L'origine de ces ministres gaulois des rois francs

1 latine : Fortunat écrit i Charibcrt :

Floret in eloquio lingua Latin» tuo.

Qualis es in propriâ ilorto scrmone loquclA Qui nos Ko ma no vincis in eloquio !

j — Sigebcrlua erat clegans et versutua. — ■ Sur Citai- : péric, roy. plut baa. — Les Francs semblent avoir eu de bonne heure la perfidie byzantine : F ranci mendaccs.setl bospi talcs ( sociables ?). Salvian., I. VII, p. 109. Si pejeret Francut, quid novi faceret; qui perjurium ipsum «ermunit genus esse putat, non criminia. Salvia nut, 1. 1 V, c. 14. — Franci, quibos familière est ridendo fidem frangere. Fiav. Vopiscut, in Proculo.

3 Greg. Tur., I. III, c. 36.

* Id., I. IV, c. 41.

4 Greg. Tur., I. IV, c. 94. Rcx Guntcbramuus Cclsum patriciatûa honore donavit, virutn proccrum statu,

: in acapulis validum , lacerto robustum , in verbit tu* j midum, in rrsponsit opportunum. juris lectione peritum; eui tanta deinceps habendi cupidilat extitit, ut sarpius ecclctiarum res auferens...

* Greg. Tur., I. IV, c. 39,47.

6 Frcdégairc parle delà tyrannie fiscale d'un Prota- ! dius , maire du palais en 605, sous Theuderic, et favori ' de Brunehaut : • ... Fisco nimiiim tribuens, de rebut personarum ingeniotè üscum vellens itnplere. • C. 27.

I 7 Lorsque les Saxons rentrèrent dans leur pays , ils

était souvent très. basse. Rien ne les fait mieux connaître que ('histoire du serf Lcudastequi devint comte de Tours. <> Lcudaste naquit dans l'He de Rhé, en Poitou, d'un nommé Lcocade , serviteur chargé des vignes du Gsc. Ou le fil venir pour le service royal, et il fut placé dans les cuisines de la reine ; mais comme il avait dans sa jeunesse les yeux chassieux, et que fâcrclé de la fumée leur était contraire, on le lit passer du pilon au pétrin. Quoiqu'il parût se plaire au travail de la pâle fermentée, il prit la fuite et quitta le service. On le ramena deux ou trois fois, et ne pouvant l’cinpécber de s'enfuir, on le condamna à avoir une oreille coupée; alors, comme il n'était aucun crédit capable de cacher le signe d'infamie dont il avait etc marqué en son corps, il s'enfuit chez la reine Marcovèfe, que le roi Charibert, épris d’un grand amour pour elle, avait appelée à son lit à la place de sa sœur. Elle le reçut volontiers, et l’éleva aux fonctions de gardien de ses meilleurs chevaux. Tourmenté de vanité et livré à l'orgueil, il brigua la place de comte des écuries, et l’ayant obtenue, il méprisa et dédaigna tout le monde, s'enfla de vanité, se livra à la dissolution, s'abandonna à la cupidité, et, favori de sa maîtresse, il s’entremit de côté et d'autre dans ses affaires. Après sa mort, engraissé de butin, il obtint par ses parents, du roi Charibert, d’occuper auprès de lui les mêmes fondions ; ensuite, en punition des péchés accumulés du peuple, il fut nommé comte de Tours. Là il s'enorgueillit de sa dignité avec une fierté encore plus insolente, se montra âpre au pillage, hautain dans les disputes, souillé d’adultère, et par son activité à semer la discorde et à porter des accusations calomnieuses,

trouvèrent la place prise : • Au temps du passage d'AIbniu en Italie, Clotaire et Sigeberl avaient placé dans le lieu qu'il quittait, des Suive* et d'autre* nation*; ceux qui avaieut accompagné Alboin, étant revenu* du temps de Sigeberl, s’élevèrent contre eux, et voulurent le* chasser et les faire disparaître du pays; mais eux leur offrirent la troisième partie de* terre*, disant : Nous pouvons vivre ensemble sans noua combattre. * Les autres, irrités parce qu'ils avaient auparavant possédé cc pays, ne voulaient aucunement entendre à la paix. Les Suives leur offrirent alors la moitié des terres, puis les deux tiers, ne gardaut pour eux que la troisième partie. Les autres le refusant, les Suives leur offrirent toutes les terres et tous les troupeaux , pourvu seulement qu'ils renonçassent à combattre; mai* ils n'y consentirent pas, et demandèrent le combat. Avant de le livrer, ils traitèrent entre eux du partage des femmes desSuèves.ct de celle qu'aurait chacun après la défaite de leurs etiucmis qu'ils regardaient déjà comme morts ; mais la miséricorde de Dieu qui agit selon sa justice, les obligea de tourner ailleurs

; il amassa des trésors considérables. » Gel intrigant.

I que nous ne connaissons, il esL vrai, que j>ar les j récits dcGrégoiredcTours, son ennemi personnel, j essaya , dit-il , de le perdre en le faisant accuser ' d’avoir mal parlé de la reine Frédégonde. Hais le peuple s’assembla en grand nombre, et le roi se contenta du serinent de l'évêque, qui dit la messe sur trois autels. Les évêques assemblés menaçaient même le roi de le priver de la communion Leudasle fut tué quelque temps apres par les gens de Frédégonde.

Les grands noms, les noms populaires de cette époque, ceux qui sont restés dans la mémoire des hommes, sont ceux des reines, cl non des rois; ceux de Frédégonde et de Rruiichaul. La seconde, lilie du roi des Golhs d’Espagne, esprit imbu de la culture romaine, femme pleine de grâce et d'insinuation, fut appelée, par son mariage avec Sigebert, dans la sauvage Ostrasie, dans celle Germanie gauloise, théâtre d'une invasion éternelle. Frédégondc, au contraire, génie tout barbare, s'empara j de l’esprit du pauvre roi de Neustrie, roi grammairien et théologien, qui dut aux crimes de sa femme3 | le nom de Néron de la France. Elle lui fit d'abord étrangler sa femme légitime, Galswinlhc, sœur de 1 Brunehaut ; puis scs beaux-fils y passèrent, puis i son beau-frère Sigeberl. Celte femme terrible, cn- ■ vironnéc d'hommes dévoués qu'elle fascinait de son génie meurtrier, dont elle troublait la raison par d'enivrants breuvages5, frappait par eux scs ennemis. Les dévoués antiques de l'Aquitaine et do la Germanie, les sectateurs des Hassassins, qui, sur un signe de leur chef, allaient en aveugles tuer cl mourir, se retrouvent dans les serviteurs de Fré-

teurs pensées ; le combat ayant été livré , sur vingt-six ’ mille Saxons, vingt mille furent tués, cl des Suèves qui étaient six mille quatre cents, quatre-vingts seulement I furent abattus, et les autres obtinrent la victoire. Ceux I des Saxons qui étaient demeures après la défaite, ju- I rérent, avec des imprécations, de ne se couper ni la barbe ni les cheveux jusqu'à ce qu'ils sr fussent vengés do leurs ennemis; mais ayant recommencé le combat , ils éprouvèrent encore une plos grande défaite : et ce fut ainsi que la guerre cessa. • Grcg. Tur., 1. V, c. 15. f 'oÿ. aussi Paul Diacre, De gestis Langobardorum, op. Muratori, I.

1 0 rex, quid nunc ad te, nisi ut... eommunioue pnveris ? — At ille : Non, iuquit, ego nisi audita narravi. Grcg. Tur., lib. V, c. 50.

3 C’est l’opinion de Valois, et de D. Kuiuart, l’éditeur de Grégoire de Tours : « ... Uxorius magis quàra , credulis. » Script, fr., II, prafatio, p. 115.

5 Grcg. Tur., lib. VIII, c. 20. Frédégonde donne un breuvage à deux clercs pour qu'ils aillent assassiner Childcbcrt, ( Medificatos polione direxit... )

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