‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 54 sur 398 · LIVRE H. — LES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

LIVRE H. — LES ALLEMANDS

«Ions grâces au Dieu tou (-puissant, A roi très-pieux, de ce qu’après bien des fatigues il t’a remis en possession des pays qui dépendent de ton royaume. » Le roi lui dit : « On doit rendre de dignes actions de grâces au Roi des rois, au Seigneur des seigneurs, dont la miséricorde a daigné accomplir ces choses; car on ne t’en doit aucune à loi qui, par les perfides conseils et tes parjures, as fait incendier l’année passée tous mes Étals; toi qui n’as jamais tenu ta foi à aucun homme; toi, dont l’astuce est partout fameuse, et qui te conduis partout, non en évéque, mais en ennemi de notre royaume!» A ces paroles, l’évêque, outré de colère, se tut. Un des députés dit : «Ton neveu Childcherl te supplie de lui faire rendre les cités dont son père était en possession. » Gontran répondit à celui-ci : « Je vous ai déjà dit que nos traités me confèrent ces villes , c’est pourquoi je ne veux point les rendre. » Un autre député lui dit : « Ton neveu le prie de lui faire remettre celle sorcière de Frédégondc, qui a fait périr un grand nombre de rois, pour qu'il venge sur elle la mort de son père , de son oncle et de ses cousins. » Le roi lui répondit : « Elle ne pourra être remise en son pouvoir , parce qu’elle a un fils qui est roi ; mais tout ce que vous dites contre elle, je ne le , crois pas vrai. » Ensuite Gontran-Roson s'approcha I du roi comme pour lui rappeler quelque chose ; et, comme le bruit s'elait répandu que Gondovald venait d'être proclamé roi, Gontran, prévenant scs j paroles, lui dit: <> Ennemi de notre pays et de notre i trône, qui précédemment es allé en Orient exprès pour placer sur notre trône un Ballomcr (le roi appelait ainsi Gondovald), homme toujours perfide et qui ne liens rien de ce que lu promets ! » Boson ! lui répondit : « Toi, seigneur et roi, tu es assis sur

1 • Comme Gondovald cherchait de tous côtés des secours , quelqu’un lui raconta qu’un certain roi d’Orient, ayant enlevé le pouce du martyr saint Serge, l’avait implanté dans sou bras droit, et que lorsqu'il était dans la nécessité de repousser scs ennemis, il lui suflisait d’elever le bras avec confiance; l'armée ennemie , comme acabléc de la puissance du martyr, se mettait en déroute. Gondovald s'informa avec empressement s'il y avait quelqu’un en cet endroit qui eût été jugé digne de recevoir quelques reliques de saint Serge. L'évéque Bertrand lui désigua un certain négociant nommé Eupbron, qu’il baissait, parce qu'avide de scs biens, il l'avait fait raser autrefois, et malgré lui, pour le faire clerc; mais Eupbron passa dans une autre ville, et revint lorsque ses cheveux eurent repoussé. L'évéque dit donc : • Il y a ici un certain Syrien , nommé Euphrou , qui , ayant transformé sa maison en une église, y a placé les reliques de ce saint ; et , par le pouvoir du martyr, il a vu s'opérer plusieurs miracles; car, dans le temps que la ville de Bordeaux était en proie à i

le trône royal , et personne n’a osé répondre à ce que tu dis; je soutiens que je suis innocent de celte affaire. S’il y a quelqu'un, égal à moi , qui m’impute en secret ce crime, qu’il vienne publiquement et qu’il parle. Pour loi, très -pieux roi, remets le tout au jugement de Dieu, qu’il décide, lorsqu'il nous aura vu combattre en champ clos. » A ces paroles, comme tout le monde gardait le silence, le roi dit : « Cette affaire doit exciter tous les guerriers à repousser de nos frontières un étranger dont le père a tourné la meule, et, pour dire vrai, son père a manié la carde et peigné la laine. » Et, quoiqu’il se puisse bien faire qu'un homme ait à la fois ces deux métiers , un des députés répondit à ce reproche du roi : « Tu prétends donc que cet homme a eu deux pères . un cardeur et un meunier. Cesse. ô roi, de parler si mal ; car on n’a point ouï dire qu’un seul homme, si ce n'est en matière spirituelle , puisse avoir deux pères. » Comme ces paroles excitaient le rire d’un grand nombre, un autre député dit : « Nous le disons adieu, ô roi, puisque tu ne veux pas rendre les cités de ton neveu, nous savons que la hache est entière qui a tranché la tête à Ica frères ; elle te fera bientôt sauter la cervelle; » et ils se retirèrent ainsi avec scandale. A ces mots, le roi , enflammé de colère, ordonna qu'on leur jetât à la tète, pendant qu’ils se reliraient, du fumier de cheval, des herbes pourries, de la paille, du foin pourri cl la bouc puante de la ville. Couverts d’ordures, les députés se retirèrent, non sans essuyer un grand nombre d’inj jures et d’outrages.

Cette réponse de Gontran réunit les Oslrasicns aux Aquitains en faveur de Gondovald. Les grands du Midi l’accueillirent et sous leur conduite, il fit

un violent incendie, cette maison . entourée de flammes, en fut préservée. * Aussitôt Muni mole courut promptement avec l’évéque Bertrand à la maison du j Syrien, y pénétra de force, et lui ordonna de montrer les saintes reliques. Eupbron s'y refusa ; mais, pensant qu’on lui tendait des embûches par méchanceté, il dît : u Ne tourmente pas un vieillard , et ne commets pas d'outrages envers un saint ; mais reçois ces cent pièces d’or, et retire-toi. » Mura mole insistant, Eupbron lui offrit deux cents pièces d’or; mais il n'obtint point à ce prix qu’ils se retirassent sans avoir vu les reliques. Alors Mummole fit dresser une échelle contre la muraille (les reliques étaient cachées dans une châsse au haut de la muraille, contre l’autel), et ordonna au diacre d'y monter. Celui-ci , étant donc monté au moyen de l’cchelle, fut saisi d'un tel tremblement lorsqu’il prit la châsse, qu’on crut qu'il ne pourrait descendre vivant. Cependant , ayant pris la châsse attachée à la muraille, il l’emporta. Mummole l'ayant examinée, y trouva l’os du doigt du saint, et ne craignit pas de le

HISTOIRE DK FRANCK.

rie rapides progrès. Il se vil bientôt maître de Toulouse, de Bordeaux, de Périgueux, d'Angouléme. Il recevait au nom du roi d'Oslrasie le serment des villes qui avaient appartenu à Sigebert. Le danger devenait grand pour le vieux roi de Bourgogne. Il savait que Brunchaul, Childeberl et les grands d'Oslrasie favorisaient Gondovald, que Frcdégondc elle -même était tentée de traiter avec lui, que l’évèquc de Reims était secrètement dans son parti ; tous ceux du Midi y étaient ouvertement. La défection du parti romain ecclésiastique, dont il s'était cru si sûr, obligea Contran de se rapprocher des Oslrasiens ; il adopta son neveu Childeberl , et le nomma son héritier, lui rendit tout ce qu’il réclamait , et promit à Brunchaul de lui laisser cinq des principales cités d'Aquitaine, que sa sœur avait apportées en dot , comme ancienne possession des Golhs.

La réconciliation des rois de Bourgogne et d'Oslrasie découragea le parti de Gondovald. Les Aquitains montrèrent autant d'empressement à l’abandonner qu'ilsenavaienlmisà l'accueillir. Il fut obligé de s'enfermer dans la ville deCommingcs, avec les grands qui s'étaient le plus compromis. Ceux-ci épiaient le momentde livrer lemalheureux, et de faire leur paix à ses dépens. L'un d'eux n’attendit pas même l’occasion; il s'enfuit avec les trésors de Gondovald.

« Un grand nombre montaient sur la colline, et parlaient souvent avec Gondovald. lui prodiguant les injures et lui disant : « Es -lu ce peintre qui, dans le temps du roi Clotaire, barbouillait dans les oratoires les murs et les voûtes? Es-tu celui que les habitants des Gaules avaient coutume d'appeler du nom de Ballomer? Es-tu celui qui. à cause de ses prétentions, a si souvent été tondu et exilé par les rois des Francs? Dis-nous au moins, ô le plus misérable des hommes, qui l’a conduit en ces lieux? qui l'a donné l'audace extraordinaire d'approcher des frontières de nos seigneurs cl rois?Si quelqu'un l’a appelé, dis— le à haute voix. Voilà la mort présente devant les yeux, voilà la fosse que tu as cherchée longtemps, et dans laquelle tu viens le précipiter. Dénombre-nous tes satellites , déclarc-nous ceux qui l’ont appelé. » Gondovald, entendant ces paroles, s’approchait et disait du haut de la porte: « Que mon père Clotaire m’ait eu en aversion, c’est

frapper d'un couteau. Il avait placé un couteau sur la relique, et frappait dessus avec un autre. Après bien ■1rs coups qui curent grand'peinc i le briser, l'os, coupé en trois parties, disparut soudainement. La chose ne fut pas agréable au martyr, comme la suite le montra bien. » — Ces Romains du Midi respectaient les choses saintes et les prêtres bien moins que les hommes do

cc que personne n'ignore; que j'aie été tondu par lui et ensuite par mon frère , c’est ce qui est connu de tous. C'est ce motif qui m’a fait retirer en Italie ! auprès du préfet Narscs; là j'ai pris femme et ! engendré deux fils. Ma femme étant morte, je pris avec moi mes enfants et j'allai à Constantinople ; j’ai | vécu jusqu'à cc temps . accueilli par les empereurs avec beaucoup de bonté. Il y a quelques années.

, Contran - Boson étant venu à Constantinople, je m'informai à lui, avec empressement, des affaires de mes frères, et je sus que notre famille était fort diminuée , et qu'il n’en restait que Childebert , fils de mon frère, et Contran mon frère; que les fils du roi Chilpéric étaient morts avec lui, et qu’il n’avait laissé qu’un petit enfant, que mon frère , Contran n’avait pas d’enfant, et que mon neveu Childebert n’était pas très-brave. Alors Gonlranfloson, après m'avoir exactement exposé ces choses, m'invita en disant : é'iens , parce que tu et appelé ]>ar tous les principaux du royaume de Childe- Iterl . et personne n’ose dire un mot contre toi, car nous tarons tous que tu es fils de Clotaire ; et il n’est resté personne dans les Gaules pour gouverner ce royaume, à moins que tu ne tiennes. Ayant fait de grands présents à Gontran-Boson , je reçus son serment dans douze lieux saints, afin de venir ensuite avec sécurité dans ce royaume. Je vins à Marseille où l’évéque me reçut avec une extrême bonté, car il avait des lettres des principaux du royaume de mon neveu ; je m'avançai de là vers Avignon, auprès du patricc Mummole. Mais Gon- Iran-Boson, violant son serment et sa promesse, m’enleva mes trésors et les retint en son pouvoir. Reconnaissez donc que je suis roi comme mon frère Gontran; cependant si votre esprit est cni flammé d'une si grande haine, qu’on me conduise au moins vers votre roi , et s’il me reconnaît pour son frère, qu'il fasse ce qu'il voudra. Si vous ne voulez pas même cela , qu’il me soit permis de m’en retourner là d’où je suis venu. Je m’en irai sans faire aucun tort à personne. Pour que vous sachiez que ce que je dis est vrai , interrogez Radegonde à Poitiers et Ingillrudeà Tours ; elles vous affirmeront la vérité de mes paroles. » Pendant qu'il parlait ainsi , un grand nombre accueillait son ! discours avec des injures et des outrages...

Mummole, l'évêque Sagittaire cl Waddon s’é-

N’ord. On voit un peu plus loin , qu'un évéque ayant insulté le prétendant à table, lea ducs Mummole et Didier l’accablèrent de coups. Greg. Tur., lib. VII, np. Scrip. r. fr., I. II, p. 502. Lea extraits de Gré- , go ire de Tours qui précèdent rt qui suivent sont empruntés presque littéralement k la traduction de 1. Guizot.

l.IVRE II.

LES ALLEMANDS

tant rendus auprès de Gondovald, lui dirent : « Tu sais quels serments de fidélité nous t’avons prêtés. Écoute à présent un conseil salutaire : éloigne-loi de cette ville, cl présente-toi à ton frère comme tu l'as souvent demandé. Nous avons déjà parlé avec ces hommes, et ils ont dit que le roi ne voulait pas perdre ton appui, parce qu'il est resté peu d’hommes de votre race. » Mais Gondovald, comprenant leur artifice, leur dit tout baigné de larmes : « C’est sur votre invitation que je suis venu dans ces Gaules. De mes trésors qui comprenaient des sommes immenses d’or et d’argent, et différents objets, une partie est dans la ville d’Avignon, une partie a été pillée par Gontran-Boson. Quant à moi, plaçant, après le secours de Dieu, tout mon espoir en vous, je me suis confié à vos conseils, et j’ai toujours souhaité de régner par vous. Maintenant, si vous m'avez trompé, répondez-cn auprès de Dieu, et qu’il juge lui-même ma cause. » A ces paroles Mummole répondit : « Nous ne te disons rien de mensonger, mais voilà de braves guerriers qui t’attendent à In porte. Défais maintenant mon baudrier d’or dont tu es ceint, pour ne pas paraître marcher avec orgueil ; prends ton épée et rends-moi la mienne. » Gondovald lui dit : « Ce que je vois dans ces paroles, c’est que tu me dépouilles de ce que j'ai reçu et porté par amitié pour toi. » Mais Mummole affirmait avec serment qu’on ne lui ferait aucun mal. Ayant donc passé la porte, Gondovald fut reçu par Ollon, comte de Bourges, et par Boson. Mummole, étant rentré dans la ville avec scs satellites, ferma la porte très-solidement. Se voyant livré à ses ennemis, Gondovald leva les mains et les yeux au ciel, et dit: » Juge éternel, véritable vengeur des innocents, Dieu de qui toute justice procède , à qui le mensonge déplaît, en qui ne réside aucune ruse ni aucune méchanceté, je te confie ma cause, te priant de me venger promptement de ceux qui ont livré un innocent entre les mains de ses ennemis. » Après ccs paroles, ayant fait le signe de la croix, il s’en alla avec les hommes ci-dessus nommés. Quand ils se furent éloignés de la porte, comme la vallée au-dessous de la ville descend rapidement, Ollon l'ayant poussé le fit tomber eu s’écriant : « Voilà votre Bailomerqui se dit frère etfilsderoi.» Ayant lancé son javelot, il voulut l’en percer, mais l’arme, repoussée par les cercles de la cuirasse , ne lui fil aucun mal. Comme Gondovald s’était relevé et s’efforçait de remonter sur la hauteur, Boson lui brisa la tète d’une pierre; il tomba aussitôt et mourut; toute la multitude accourut; et l’ayant percé de

1 Ainsi dans Shakspeare , Macbeth , acte V... • Je regardait du côté de Birnham, quand tout à coup il m'a semblé que la foré! se mettait en mouvement...» — De

leurs lances, ils lui lièrent les pieds avec une corde, et le traînèrent tout à l'entour du camp. Lui ayant arraché les cheveux et la barbe , ils le laissèrent sans sépulture dans l’endroit où ils l’avaient tué. »

[ 393 ] Contran, rassuré par la mort de Gondovald, aurait fait payer aux évêques l’appui qu’ils luiavaient prêté, s’il n’eùt été lui-méme prévenu par la mort.

Cet événement qui ouvrit la Bourgogne au roi d’Ostrasic, semblait par suite lui livrer encore fa Ncustric. Elle résista cependant ; les Ostrasiens l'ayant envahie, s'étonnèrent de voir une forêt mobile s'avancer contre eux; c’était l’armée neustrienne qui s’était chargée de branchages 1 ; ils s’enfuirent. Ce fut le dernier succès de Frcdégonde et de Landeric, son amant, qu'elle avait, disait-on, donné pour remplaçant à Chilpéric. Elle mourut peu de temps après. Childebert était mort avant clic. Toute la Gaule se trouva dans les mains de trois enfants, les deux fils de Childebert, appelés Thcudcberl II et Theuderic II, et Clotaire II, fils de Chilpéric. Celui-ci était bien faible contre les deux autres. Il fut contraint de céder aux Bourguignons ce qui était entre la Seine et la Loire, aux Ostrasiens les pays entre la Seine, l’Oise et l’Os- Irasic. Mais les dissensions des vainqueurs devaient bientôt lui rendre plus qu'il n’avait perdu.

[ 396-612 ] La vieille Brunehaut avait cru régner sous Theudebert, son petit-fils, en l'enivrant par les plaisirs. Elle n'y réussit que trop bien. Le prince imbécile fut bientôt gouverné par une jeune esclave qui chassa Brunehaut. Réfugiée près de Theuderic, en Bourgogne, dans un pays livre à l'influence romaine, elle y eut plus d'ascendant. Elle fit et défit les maires du palais, tua Bertoald, qui l’avait bien reçue, lui substitua son amant Protadius*; puis le peuple ayant mis en pièces ce favori, elle eut encore le crédit d'élever au pouvoir un certain Claudius. Ce gouvernement fut d’abord sans gloire. Les Ostrasiens et les Germains leurs alliés enlevèrent an royaume de Bourgogne le Sundgaw, le Turgaw, l’Alsace, la Champagne, et ravagèrent toot ce qui s'étend entre les lacs de Genève et de NeufchAtel. L’cfTroi de ces invasions parait avoir réuni les populations du Midi.

[612] « La dix-septième année de son règne, au mois de mars, dit Frédégaire, le roi Theuderic rassemble une armée à Langres, de toutes les provinces de son royaume, et la dirigeant par Andclot, après avoir pris le château de Nez, il s’achemina vers la ville de Tool. Là, Theudebert étant venu à sa rencontre, avec l’armée des Ostrasiens, ils se livrèrent

même, l’armée des hommes de Kent qui marcha contre Guillaume le Conquérant, après la bataille d'Hasting*.

* Fredegar. Sehol., e. 24.

bataille dans la plaine de Tout. Theuderic l'emporta surTheudebert et renversa son armée. Dans ce combat, les Francs perdirent une multitude d'hommes vaillants. Thcudebcrt, ayant tourné le dos, traversa le territoire de Metz, passa les Vosges, et arriva toujours fuyant à Cologne. Theuderic le suivait de près avec son armée. Un homme saint et apostolique, Lconisius, évêque de Mayence, aimant la vaillance de Theuderic, et haïssant la sottise de Thcudebcrt, vint au-devant de Theuderic, et lui dit : « Achève ce que tu as commencé, car ton utilité exige que tu poursuives et recherches la cause du mal. Une fable rustique raconte que le loup étant un jour monté sur la montagne, comme ses fils commençaient déjà à chasser, il les appela à lui sur cette montagne cl leur dit : « Aussi loin que vos yeux peuvent voir, de quelque côté que vous les tourniez, vous n'avez point d'amis, si ce n'est quelques-uns de votre espece. Achevez donc ce que vous avez commencé *. »

« Theuderic, ayant traversé les Ardennes, parvint à Tolbiac avec son armée. Tbcudcbert, avec les Saxons, les Thuringicns cl le reste des nations d’oulre-Rhin qu'il avait pu rassembler, marcha contre Theuderic cl lui livra une nouvelle bataille à Tolbiac. On assure que ni les Francs, ni aucune autre nation d'autrefois, n'avaient encore livré de combat si acharné... Cependant Theuderic vainquit encore Theudcberl, car Dieu marchait avec lui, et l’armée de Theudebcrt fut moissonnée par l'épée depuis Tolbiac jusqu'à Cologne. Dans certains lieux , les morts couvraient entièrement la face de la terre. Le même jour Theuderic parvint à Cologne, et il y trouva tous les trésors de Theudebert. Il envoya Uerlhaire, son chambellan, à la poursuite de Thcudebcrt, qui fuyait au delà du Rhin, accompagné de peu de personnes. Il l'atteignit et le présenta à Theuderic , dépouillé de scs habits royaux. Theuderic accorda à Uerlhaire scs dépouilles, tout son équipage royal et son cheval; mais il envoya Tbcudebert, chargé de chaînes, à Chiions. » La chronique de sainte Rénignc rapporte que Rrunehaul. son aïeule, le lit d'abord ordonner prêtre, que bientôt après elle le fil périr, «i D'après l'ordre de Theuderic, un soldat saisit par le pied un (ils de Thcudebcrt encore enfant, et le frappa contre la pierre jusqu'à ce que son cerveau sortit de sa tète brisée 2. »

[013] U'Oslrasic et la bourgogne, réunies sous Theuderic ou plutôt sous Brunchaul, semblaient

> Fredegarii Schol., cap. 58, ap. Scr. fr., II, p. 428.

2 ld., ibid., p. 429.

3 Monach. S. Gall., lib. II, ap. Scr. r. fr., t. V, p. 192 : Cnm à regnn Romanorum... Franci vH Galli drfecis-

menacer la Neustrie d'une ruine certaine. La mort de Thendcric, et l'avéncmenl de ses trois fils enfants ne changeaient rien à cette situation, si les ennemis de Clotaire eussent été unis. Mais l’Oslrasie était honteuse et irritée de sa défaite récente. En Bourgogne même, le parti romain et ecclésiastique n'était plus pour Brunchaul. Pour être sûr de reparti, il fallait avoir pour soi les ecclésiastiques, les gagner a tout prix, et régner avec eux. Brunehaul les mit contre elle en faisant assassiner saint Didier, évéque de Vienne, qui avait voulu ramener Theuderic à sa femme légitime , et éloigner de lui les maîtresses dont sa grand'mère l'entourait. L'Irlandais saint Colomban, le restaurateur de la vie monastique, ce missionnaire hardi qui réformait les rois comme les peuples, parla à Theuderic avec la même liberté, et refusa de bénir ses fils : « Ce sont, dit-il, les fils de l’incontinence et du crime. » Chassé de Luxcuil et de rOslrasic, il se réfugia chez Clotaire II, cl sembla légitimer la cause de la Neustrie par sa présence sacrée.

Tout abandonna Brunebaut. Les grands d’Oslrasie la haïssaient, comme appartenant aux Gollis, aux Romains (ces deux mots étaient presque synonymes); les prêtres et le peuple avaient en horreur la persécutrice des saints 5. Jusque-là ennemie de l'influence germanique , elle fut obligée de s’appuyer contre Clotaire du secours des Germains, des barbares. Déjà l’évéquc de Metz, Arnoiph et son frère Pépin (Pipin), passèrent à Clotaire avant la bataille, les autres se firent battre, et furent mollement poursuivis par Clotaire. Ils étaient gagnés d’avance. Le maire Warnachairc avait stipulé qu'il conserverait cette charge pendaut sa vie. La vieille Brunehaut. fille, sœur, mère, aïeule de tant de rois, fut traitée avec une atroce barbarie ; on la lia parles cheveux, par un pied et par un bras, à la queue d'un cheval indompté qui la mil en pièces. On lui reprocha la mort de dix rois; on lui compta par-dessus ses crimes, ceux de Frédcgonde. Le pins grand sans doute aux yeux des barbares, c’était d'avoir restauré sous quelque rapport l'administration impériale. La fiscalité, les formes juridiques, la prééminence de l'asluce sur la force, voilà ce qui rendait le monde irréconciliable à l'idée de l'ancien Empire, que les rois gollis avaient essayé de relever. Leur fille Brunchaul avait suivi leurs traces. Elle avait fondé une foule d'églises, de monastères; les monastères alors étaient des écoles. Elle avait favorisé les missions que le pape envoyait chez les

sent... ipsique reges Gallorum vol Francorum propter interfectionem S. Desiderii Viennensis episcopi , et expulsionem aanctissimoruin advetiarutn, Columbani videlicet et Galli relrô labi crépissent...

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