LIVRE II. - Ll
gouvernait sous lui le Poitou. Voilà déjà la cause des malheurs futurs de l’Aquitaine, la rivalité de Poitiers et de Toulouse.
[7ÎS9-68] flunald céda, mais se vengea de son frère; il lui fil crever les yeux, puis s’enferma lui-même pour faire pénitence dans un couvent de l’Ilc de Rhé ‘.Son fils Guaifer(74$) trouva un auxiliaire dans Grifon, jeune frère de Pépin, comme Pépin en avait trouvé un dans le frère d’Ilunald. Mais la guerre du Midi ne commença sérieusement qu’en 7 ü!), lorsque Pépin eut vaincu les Lombards. C’était l'époque où le califat venait de sc diviser. Alphonse le Catholique, retranché dans les Asturies, y relevait la monarchie des Golhs. Ceux de la Septimanie < le Languedoc, moius Toulouse) s’agitèrent pour recouvrer aussi leur indépendance. Les Sarrasins qui occupaient celte contrée furent bientôt obligés de s’enfermer dans Narbonne. Un chef des Golhs s'était fait reconnaître pour seigneur par Nîmes, Maguelonne, Agde et Béziers *. Mais les Gotbs n’étaient pas assez forts pour reprendre Narbonne. Ils appelèrent les Francs ; ceux-ci, inhabiles dans l’art des sièges, seraient restés à jamais devant celte place, si les habitants chrétiens n’eussenlfini par faire main basse sur les Sarrasins, et ouvrir euxmémes leurs portes. Pépin jura de respecter les lois et franchises du pays 1 * 3.
Alors il recommença avec avantage la guerre contre les Aquitains, qu’il pouvait désormais tourner du côté de l'Est. « Après que le pays se fut reposé de guerres pendant deux ans, le roi Pépin envoya des députés à Guaifer, prince d’Aquitaine, pour lui demander de rendre aux églises de son royaume les biens qu’elles possédaient en Aquitaine. II voulait que ces églises jouissent de leurs terres, avec toutes les immunités qui leur étaient jadis assurées ; que ce prince lui payât, selon la loi, le prix de la vie de certains Gollis qu'il avait tués contre toute justice; enfin, qu’il remit en son pouvoir ceux des hommes de Pépin qui s’étaient enfuis du royaume des Francs dans l'Aquitaine. Guaifer repoussa avec dédain toutes ces demandes 4.»
1 Annal. Met., ap. Scr. fr., II , 697. In monasterium
quod Radis insulà silum e«t , intravit.
3 Chronic. Moissiac., ap. Ser. r. fr., V, 69.
*Clir. Moiss., ap. Scr. r. fr.,V,69. Dato sacraraento Gothis qui ibi erant, ut si civilatcm partibua traderent Pipini regis Francorum, per initièrent eos leges suam habere.
4 Contin. Fredeg., ap. Scr. r. fr., V, 4. — aussi
Eginhard , Annal., ibid., 190 : Cùm res quæ ad eccle-
sias... pertinebant, reddere noluisset. — Spondet se eedesiis sua jura redditurum , etc.
* Conlin. Fredeg., ap. Scr. r. fr., V, 5 , 6 , 7 : Waifarius cutn cxcrcitu magno et plurimorum Waacono- 5. ncmi.iT
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La guerre fut lente, sanglante, destructrice. Plusieurs fois les Aquitains cl Basques 5 *, dans des courses hardies, pénétrèrent jusqu’à Autan, jusqu’à Châlons. Mais les Francs, mieux organisés et s’avançant par grandes masses, firent bien plus de mal à leurs ennemis. Ils brûlèrent tout le Berri , arbres et maisons, et cela plus d’une fois. Puis s’enfonçant dans l’Auvergne, dont ils prirent les forts, ils traversèrent, ils brûlèrent le Limousin. Puis, avec la même régularité, ils brûlèrent le Quercy, coupant les vignes qui faisaient la richesse de l’Aquitaine. « Le prince Guaifer , voyant que le roi des Francs, à l’aide de ses machines, avait pris le fort de Clermont, ainsi que Bourges, capitale de l’Aquitaine, et ville très-fortifiée, désespéra de lui résister désormais, et fit abattre les murs de toutes les villes qui lui appartenaient en Aquitaine, savoir : Poitiers, Limoges, Saintes, Périgueux, Angoulémc, et beaucoup d’autres *. »
Le malheureux se retira dans les lieux forts, sur les montagnes sauvages. Mais chaque année lui enlevait quelqu’un des siens. Il perdit son comte d’Auvergne qui périt en combattant ; son comte de Poitiers fut tué en Touraine par les hommes de Saint-Martin de Tours 7. Son oncle Rémistan , qui l’avait abandonné, puis soutenu de nouveau, fut pris et pendu par les Francs. Guaifer lui-méme fut enfin assassiné par les siens, dont la mobilité se lassait sans doute d'une guerre glorieuse; mais sans espoir. Pépin, triomphant par la perfidie, sc vit donc enfin seul maître de toutes les Gaules, tout-puissant dans l’Italie par l'humiliation des Lombards, tout-puissant dans l’Église par l'amitié des papes et des évêques, auxquels ils transféra presque toute l'autorité législative. Sa réforme de l'Église par les soins de saint Boniface, les nombreuses translations de reliques dont il dépouilla l’Italie pour enrichir la France, lui tirent un honneur infini. Lui-méme paraissait dans les cérémonies solennelles, portant les reliques sur ses épaules, celles entre autres de saint Austremon et de saint Gcrmain-des-Prés ®.
rom, qui nltrà Gnronnam commorantur, qui antiquilûa vocati aunt Vaceti...
4 Contin. Fredeg., ap. Scr. r. fr., V, 6. Pectaria, Lemudicas, Saut nuis, Petrecora, Equolisma, et reliquat quàm plures civitates et caatella , omne* rauroa eorum in terram proitravit...
3 Ibid. : Cornes Pieta venais, dem Turonieam infestait am pnedaret, ab hominibus Vulfardi abbatis monasterii B. Martini intcrfectus est.
• Seconda 8. Austremonii translatio , ap. 8cr. rer. fr., V, 45S. Rex , ad instar David regis... oblità regali purpuri , prac gsudio oimvem illam insignem vealrm lacrymis perfundebat , et anli sancti martyria exequias
Charles fils et successeur de Pépin (768), se trouva bientôt seul maître de l'Empire par la mort de son frère Carloman, comme l'avaient été Pépin l'Ancien par celle de Martin , et Pépin le Rref par la retraite du premier Carloman. Les deux frères avaient étouffé sans peine la guerre qui se rallumait en Aquitaine. Le vieil liunald, sorti de son couvent au bout de vingt-trois ans, essaya en vain de venger son fils et d’affranchir son pays. Il fut livré luimème par un fils de ce frère auquel il avait fait jadis crever les yeux. Cet homme indomptable ne céda pas encore, il parvint à se retirer en Italie cher Didier, roi des lombards. Didier, à qui Charles son gendre avait outrageusement renvoyé sa fille, soutenait par représailles les neveux de Charles, et menaçait de faire valoir leurs droits. 1^ roi des Francs passa en Italie, et assiégea Pavie et Vérone. Ces deux villes résistèrent longtemps. Dans la première s’était jeté H unald, qui empêcha les habitants de se rendre jusqu'à ce qu’ils l’eussent lapidé9. Le fils de Didier sc réfugia à Constantinople, et les Lombards ne conservèrent que le duché de Bénévenl. C’était la partie centrale du royaume de Naples ; les Grecs avaient les ports. Charles prit le titre de roi des Lombards.
[775-4 J L’empire des Francs était déjà vieux et fatigué, quand il tomba aux mains de Charlemagne, mais toutes les nations environnantes s'étaient affaiblies. La Ncuslric n'était plus rien ; les Lombards pas grand’chose ; divisés quelque temps entre Pavic, Milan et Bénévcnt, ils n'avaient jamais bien repris. Les Saxons, tout autrement redoutables, il est vrai, étaient pris à dos par les Slaves. Les Sarrasins, l’année même où Pépin se fit roi, perdirent l'unité de leur empire; l'Espagne s'isola de l'Afrique, et sc trouva elle-mémc affaiblie par le schisme qui divisait le califat; ce dernier événement rassurait l'Aquitaine du côté des Pyrénées. Ainsi deux nations
rxultabat, ipsiusque sacralissima membra propriishumeris eveliebat. Brat autem hiems. — Trnnslal. S. Germani Pratcns., ibid., 438... milieu les, loin ipse quàtn optimales ab ipso elecli, inanus ad fertlrom...
1 On dit communément que Cuaslsiiagns est la traduction de Csaoios Mackcs, • Ch a Ile mai ne a si vaut autant comme grant Citai les. • (Chron. de Saint -Denis, I. I , c. 4.) — Charlemagne n'est qu’une corruption de Carioman , K.*bi.-man* , l'homme fort. Les chroniques de Saint -Denis disent elles -mêmes Challcs cl Challcroaines , pour Charles et Carloman ( maine , corruption française de mann ; comme lana, laine, etc. ) On trouve dans la chronique de Théophaue un texte plus positif encore. Il appelle Carloman : KapauÀi*/*a Scr. fr., V. 187. Les deux frères portaient donc le même nom. — Au dixième siècle, Charles le Chauve gagna aussi à l’ignorance des moines latins , le surnom de Grand .
restaient debout dans cet affaissement commun de l'Occident, faibles, mais les moins faibles de toutes, les Aquitains cl les Francs d’Oslrasie. Ces derniers devaient vaincre; plus unis que IcsSaxous, moins fougueux, moins capricieux que les Aquitains, ils étaient mieux disciplines que les uns eL les autres, u II semble, dit M. de Sismondi (t. 11, p. 267), que les Francs avaient conservé quelque chose des habitudes de la milice romaine , où leurs aïeux avaient servit longtemps. •> C’étaient en effet les plus disciplinâmes des barbares, ceux dont le génieéiait le moins individuel, le moins original, le moins poétique s. Les soixante ans de guerres qui remplissent les règnes de Pépin et de Charlemagne, offrent peu de victoires, mais des ravages réguliers, périodiques; ils usaient leurs ennemis plutôt qu'ils ne les domptaient , ils brisaient à la longue leur fougue et leur élan. Le souvenir le plus populaire qui soit resté de ces guerres, c’est celui d’une défaite, Roncevaux. N’importe, vainqueurs, vaincus, ils faisaient des déserts, et dans ces déserts ils élevaient quelque place forte 4, cl ils poussaient plus loin; car on commençait à bâtir. Les barbares avaient bien assez cheminé; ils cherchaient la stabilité; le inonde s’asseyait, au moins de lassitude.
Ce qui favorisa encore l'ctablissemcnlde ce monde flottant, c’est la longueur du règne de Pépin cl de Charlemagne. Après tous ces rois qui mouraient à quinze et vingt ans, il en vient deux qui remplissent presque un siècle de leurs règnes (741-814). Ils purent bâtir et fonder à loisir ; ils recueillirent et mirent ensemble les éléroeuls dispersés des âges précédents. Ils héritèrent de tout, et firent oublier tout ce qui précédait. Il en advint à Charlemagne comme à Louis XIV ; tout data du grand règne. Institutions, gloire nationale, tout lui fut rapporté. Les tribus même qui lavaient combattu, lui altri-
commc son air ni. Epitapli., ap. Scr. fr., VII, 333.
Nomen qui nominc duxil
Dr Magni Magnus , de C.aroli Carolua.
C’est ainsi que les Grecs se sont trompés sur le nom d’Etagabal , dont ils ont fait bon gré mal gré Héliogabal.dugrcc Hélios, soleil.
9 Sigcbcrti chrome., ap. Scr. fr., V, 370. lbique non raultô poat lapidibus obrutus malè periit.
9 Ceci est très-frappant daus leur jurisprudence. Ils adoptent presque indifféremment la plupart des symboles dont chacun est propre h chaque tribu germanique. t oy. Grimai, Alterlhümcr, passim.
4 Fron&ac (Francicum ou Frontiacum) en Aquitaine (Egiuh., Annal., ap. Scr. fr., V, 301); et eu Saxe, la ville que les chroniques désignent sous le nom de Urb « Âaroii (Annal. Franc., ibid., p. 14), un fort sur la Lippe ( p. 39) . Ehresburg , etc.