‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 7 sur 398 · LIVRE I. — CELTES. - IBÈRES. - ROMAINS · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CELTES. - IBÈRES. - ROMAINS

Cependant les Cimbres, avant passé lès Alpes Nuriques, étaient, descendus dans la vallée de l'Adige. Les soldats de Calulus ne les voyaient qu'avec terreur se jouer, presque nus, au milieu des glaces, et se laisser glisser sur leurs boucliers du haut des Alpes à travers les précipices '. Calulus, général méthodique, se croyait en sûreté derrière l'Adige couvert par un petit fort. Il pensait que les ennemis s’amuseraient à le forcer. Ils entassèrent des rochers, jetèrent toute une forêt par-dessus, et passèrent. Les Romains s’enfuirent et ne s'arrêtèrent que derrière le Pô. Les Cimbréfe ne songaienl pas à les poursuivre. En attendant l’arrivée des Teutons, ils jouirent du ciel et du sol italiens, et se I laissèrent vaincre aux douceurs de la belle et molle contrée. Le vin , le pain , tout était nouveau pour ces barbares *, ils fondaient sous le soleil du Midi et sous l’action de la civilisation plus énervante encore.

Marius eut le temps de joindre son collègue. Il reçut des députés des Cimbres , qui voulaient gagner du temps : Donnez -nous . disaient -ils , des terres pour nous et pour nos frères les Teutons . — Laissez là tos frères, répondit Marius, ils ont des terres. Nous leur en avons donné qu'ils garderont éternellement. Et comme les Cimbres le menaçaient de l’arrivée des Teutons : Ils sont ici, dit -il, il ne serai/ pas bien de partir sans les saluer ; et il fil amener les captifs. Les Cimbres ayant demandé quel jour et en quel lieu il voulait combattre pour savoir à qui serait l'Italie, il leur donna rendezvous pour le troisième jour dans un champ, près de Verceil.

Marius s'était placé de manière à tourner contre l'ennemi le vent, la poussière et les rayons ardents d’un soleil de juillet. L'infanterie des Cimbres formait un énorme carré , dont les premiers rangs étaient liés tous ensemble avec des chaînes de fer. Leur cavalerie, forte de quinze mille hommes, était effrayante à voir, avec ses casques chargés de mufflcs d’animaux sauvages , et surmontés d’ailes d’oiseaux8. Le camp et l’armée barbare occupaient une lieue en longueur. Au commencement, l’aile où se tenait Marius, ayant cru voir fuir la cavalerie

1 Floral, 1. III, t. 3. Hijam(quis crederet ? ) per lue mern , quæ altius Alpes levât , Tridcntinii jugis in Italiam provoluti ruinâ de&cenderant. Plut. e. 99. Tou*

coù{ cfistîïïç ÛTtohOivJtf roJç a'jiyxar/.

2 Id., ibid. In Venetii,quo ferè tractu Italia mollissi ma est, ips& soli cœlique clementià robur elanguit. Ad hoc panis usu carnisque eoct* et dulcedine vini mitigatos...

5 Plnt.,C. $7 fritpib* CTTi/5*»-

I ennemie, s’élança à sa poursuite, et s'égara dans la i poussière, tandis que l'infanterie ennemie, semi blable aux vagues d’une mer immense, venait sc ; briser sur le centre où se tenaient Calulus et Syila.

' et alors tout se perdit dans une nuée de poudre, j La poussière et le soleil méritèrent le principal honneur de la victoire 4 (101).

Restait le camp barbare, les femmes cl les enfants des vaincus. D’abord, revêtues d’habits de deuil, elles supplièrent qu’on leur promit de les respecter, et qu’on les donnât pour esclaves aux prêtresses romaines du feu * (le culte des éléments existait dans la Germanie). Puis, voyant leur prière reçnc avec dérision, clics pourvurent clles-méines à leur liberté. Le mariage chez ces peuples était chose sérieuse. Les présentssymboliques des noces, les bceufs attelés, les armes, le coursier de guerre, annonçaient assez à la vierge qu’elle devenait la compagne des périls de l’homme, qu’ils étaient unis dans une même destinée, à la vie et à la mort ( sic vivendum, sic pereundutn, Tacit.). C’est à son épouse que le guerrier rapportait ses blessures après la bataille {ad matres et conjuges ruinera référant ; nec ilia numerare aut exigere plagas parent). Elle les comptait , les sondait sans pâlir ; car la mort ne devait point les séparer. Ainsi , dans les poèmes Scandinaves, Brunhild sc brûle sur le corps de Sicgfrid. D’abord les femmes des Cimbres affranchirent leurs enfants par la mort; clics les étranglèrent ou les jetèrent sous les roues des chariots. Puis elles sc pendaient , s’attachaient par un nœud coulant aux eornes des bœufs, et les piquaient ensuite pour se faire écraser. Les chiens de la horde défendirent leurs cadavres ; il fallut les exterminer à coups de flèches *.

Ainsi s'évanouit cette terrible apparition du Nord, qui avait jeté tant d'épouvante dans l’Italie. Le mot cimbrique resta synonyme de fort et de terrible. Toutefois Rome ne sentit point le génie héroïque de ces nations, qui devaient un jour la détruire; elle crut à son éternité. Les prisonniers qu’on put faire sur les Cimbres furent distribués aux villes comme esclaves publics, ou dévoués aux combats de gladiateurs.

4 Flora», I. III. — Plut., in Mar., C. 97. KoviopTaü àpBivlot inXilav... «imxywyfoatfOac toIj Pw/ualoiç tô xav/rec xai rov 1,/tov.

8 Paul. Oros., I. V,c. 16. Consuluerunt consulem, ut si inviolatâ castitate virginibus sacris ac diis serviendum es set , vitaro sibi reservarent. — Florus, I. III , c. 5. Quûm, missâ ad Marium légation? , liber ta tem ac sacerdotium non irapetrassent.

4 Plin., 1. VIII, c. 40. Canes defendrrr , Cimbris caesis, dnmus rorum plaustris importas.

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Marius lit ciseler sur sou bouclier ta ligure d'uu Gaulois lirnnt In langue, image populaire à Rome dès le temps de Tnrqualus. Le peuple l’appela le troisième fondateur de Rbmc , après Romulus et Camille. Ou faisait ries libations au nom de Marius, comme en l'honneur de Bacchus ou de Jupiter. Lui-même , enivré de sa victoire sur les barbares du Nord et du Midi , sur la Germanie et sur les Indes Africaines, ne buvait plus que dans cette coupe à deux anses, où, selon la tradition , Bacchus avait bu après sa victoire des Indes '.

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