‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 71 sur 398 · LIVRE II. — U · texte numérisé non relu

LIVRE II. — U

tripla devant lui ; et qnand les bras lui tombaient de lassitude, alors apparut, avec les flottes danoises, celte mobile et fantastique image du monde du Nord, qu'on avait trop oublié. Ceux-ci, les vrais Germains, viennent demander compte aux Germains bâtards, qui se sont faits Romains, et s’appellent l’Empire.

Un jour que Charlemagne était arrêté dans une ville de la Gaule narbonnaise , des barques Scandinaves vinrent pirater jusque dans le port. Les uns croyaient que c’élaienl des marchands juifs, africains, d’autres disaient bretons; mais Charles les reconnut à la légèreté de leurs bâtiments : « Ce ne sont pas là des marchands , dit-il, mais de cruels ennemis. » Poursuivis, ils s'évanouirent. Mais l'empereur s’élant levé de table, se mit, dit le chroniqueur, à la fenêtre qui regardait l'Orient, et demeura très-longtemps le visage inondé de larmes. Comme personne n'osait l'interroger, il dit aux grandsqui l'entouraient : «Savez-vous, mes fidèles, pourquoi je pleureamèremenl?Certes, je ne crains pas qu'ils me nuisent par ces misérables pirateries ; mais je m’afflige profondément de ce que, moi vivant, ils ont clé près de toucher ce rivage, et je suis tourmenté d’une violente douleur, quand je prévois tout ce qu’ils feront de maux à mes neveux et à leurs peuples *. »

( 810 j Ainsi rôdent déjà autour de l’Empire les flottes danoises, grecques et sarrasincs , comme le vautour planesurle mourant qui promet uncadavre. Une fois deux cents barques armées fondent sur la Frise, sc remplissent de butin, disparaissent. Cependant Charlemagne •< assemblait des hommes » pour les repousser. Autre invasion : « L’empereur « assemble des hommes en Gaule, en Germanie J, » et bâtit dans la Frise la ville d’Esselfeld. Athlète malheureux, il porte lentement la main à ses blessures, pour parer les coups déjà reçus.

« Le roi des Norlhmans, Godfried, se promettait l'empire de la Germanie. La Frise et la Saxe, il les regardait comme à lui. Les Aholrilcs ses voisins, déjà il les avait soumis et rendus tributaires; il se vantait même qu'il arriverait bientôt avec des troupes nombreuses jusqu'à Aix-la-Chapelle, où le roi tenait sa cour. Quelque vaines cl légères que fussent ces menaces , on n’y refusait

1 Mon. S. Gall., 1. II , c. 33... Scitis , ô fidèles raei , quid tantoperè ploraverim? Non hoc limro qood isli nugis cnilii aliquid nocere pnrvalcant : nimiùm conlristor quùd, me vivent*, ou si «ont littus istud attingcrc ; et tnaxitno dolore torqueor, quia praevideo quanta mala posteria roda et eorum aint facluri subjeclia.

3 Annal. Franc., ad ann. 8t0,ap. Scr. fr., V,50. Nuntium arrrpit classent ce uaviam de Norlmaimia Frisiaro

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pas cependant toute croyance; on pensait qu’il aurait hasardé quelque chose dece genre, s’il n’avait été prévenu par une mort prématurée *. »

Le vieil Empire sc met en garde ; des barques armées ferment l'embouchure des fleuves; mais comment fortifier tous les rivages? Celui même qui a révé l’unité, est obligé, comme Dioclétien, de partager ses Étals pour les défendre ; l’un de ses fils gardera l’Italie , l'autre l'Allemagne, le dernier l’Aquitaine. Mais tout tourne contre Charlemagne: ses deux aines meurent , et il faut qu’il laisse ce faible et immense Empire aux mains pacifiques d’un saint.

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