‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 72 sur 398 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DISSOLITION DR L'EMPIRE CARLOV nCIIS.

C’est sous Louis le Débonnaire, ou pour traduire plus fidèlement son nom , sous saint Louis , que devait s'opérer le déchirement et le divorce des parties hétérogènes dont sc composait l'Empire. Toutes souffraient d’élre ensemble. Le mal, c'était la solidarité d’une guerre immense, qui faisait ressentir sur la Loire les revers de l’Oslrasie ; c’était le tyrannique effort d’une centralisation prématurée. Plus Charlemagne s’en était approché, plus il avait pesé. Sans doute Pépin , et son père au marteau de forge, avaient durement battu les nations. Ils n’avaient pas du moins entrepris de les ramener, diverses et hostiles qu’elles étaient encore, à cette intolérable unité; unité administrative d’abord; mais Charlemagne méditait celle de la législation. Son Gis consomma l’unité religieuse en nommant flenott d’Aniane réformateur des monastères de l’Empire , et les ramenant tous à la règle de saint Benoit.

C’est une loi de l'histoire : un monde qui finit, sc ferme et s’cxpic par un saint. Le plus pur de la race en porte les fautes, l’innocent est puni. Son crime, à l’innocent, c’est de continuer un ordre condamné à périr, c’est de couvrir de sa vertu une vieille injustice qui pèse au monde. A travers la vertu d’un homme, l'injustice sociale est frappée.

appulisse... Mitais in omnes circumquaquc regioncs ad congregandumexercitumnuntiis... — Ibid., ad ann.809. Clinique ad hoc per Galliara atque Germanium boroinea congregaasct...

5 Eginh.,in Kar. N.,c.14. Godefridus adeô vanè ape inûatus erat , ut totius sibi Germanise promit teret potestatem, etc. — f’oy. aussi Annal. Franc., ap. Scr. fir.. V, 57. Hermann. Contract., ihid,. 34WI.

Les moyens sont odieux ; contre Louis le Débonnaire, ce fut le parricide. Scs enfants couvrirent de leurs noms les nations diverses qui voulaient s'arracher de l’Empire.

L'infortuné qui vient prêter sa vie à cette immolation d'un monde social, qu'il s'appelle Louis le Débonnaire, Charles lBr, ou Louis XVI, n’est pas pourtant toujours exempt de tout reproche. Sa catastrophe loucherait moins s’il était au-dessus de l'homme. Non, c'est un homme de chair et de sang comme nous, une Aine douce , un esprit faible, voulant le bien , faisant parfois le mal, et sans mesure dans le repentir, livré à ce qui l'entoure, et vendu par les siens.

[814] Le saint Louisdu neuvième siècle1, comme celui du treizième , fut nourri dans les pensées de la croisade. Jeune encore, il conduisit plusieurs expéditions contre les Sarrasins d’F.spagne, et leur reprit la grande ville de Barcelone après un siège de deux ans. Elevé par le Toulousain saint Guillaume, comme saint Louis par Blanche de Castille , il eut de même dans la religion la ferveur du Midi et la candeur du Nord. Les prclres qui l’avaient

1 II y a une singulière ressemblance entre les portraits que l’histoire nous a laissés de Louis le Débonnaire et de saint Louis. « Imperator erat... mauibus longis, digitis rectis, tibiis longis et ad mensuram gracilibus, pedibus longis. ■ Thegaous, de gest. Ludov. Pii , c. 19, ap. Scr. fr., VI , 78. — o Ludovicus ( saint Louis) erat subtilia et gracilis, macilenlus, convenicnter et longus, habens vultum anglicum (angelicum?), et faciem gratiosam. * Salimbeni , 302; ap. Raumer, Gescbiehtc der üohenslaufcn , IV, 271. — L'un et l'autre se gardait soigneusement de rire aux éclats. « Nunquftm in risu imperator exaltavit vocem suam , nec qnaudô in festivitatibusadlstitiam populi procedebant themelici , scurr* et mimi cum choraulis et citliaristis ad meusam coram ro : tune ad mensuram coram eo ridebat populus; ille nunquèm vel dénies caudidos suos in risu ostendit. » Thegan., ibid. — Sur la gravité de saint Louis, et son horreur pour les baladins et les musiciens, roy. les livres suivants. — Enfin les deux saints ont montré le memedésirde réparer par des restitutions les injustices de leurs pères.

* Astrnnomi vita Lud.Pii,c. 28, a p. Scr. fr., VI, 101. Tune coeperunt deponi ab episcopis et clericis cingula balte» aureis et gemme» eultris onerata , exquisil*que vestes, sed et calcaria talos oncrautia relinqui.

5 Acta SS. ord. S. Rcncd., sec. IV, p. 195. Regulam B. Bencdicti tironibus seu infirmis positam fore conteslans, ad beat» Basilii dicta neenon Pachomii regulam •candere nitens. — Astronom., c. 28, ap. Scr. fr., VI, 100 : Ludovicus... fecil componi ordinatique librum, eanonie* vit* normam gestantem ; misit... qui transcribi lacèrent... itidemque constituit Benedictum abbatem, et cum eo monaebos strenux vit* per omnia, qui |)cr omnia monachorom euntes redeunlesquc monastc-

forrné tirent plus qu’ils ne voulaient; leur élève se trouva plus prêtre qu'eux, et dans son intraitable vertu , il commença par réformer scs maîtres. Réforme des évêques : il leur fallut quitter leurs armes, leurs chevaux , leurs éperons a. Réforme des monastères : Louis les soumit à l'inquisition du plus sévère des moines, saint Benoit d’Aniane, qui trouvait que la règle bénédictine clic- même avait été donnée pour les fai blés et pour les enfants *. Ce nouveau roi renvoya dans leur couvent Adalhard et \Yala4,dcux moines intrigants et habiles, pclilslils de Charles Martel, qui dans les dernières années avaient gouverné Charlemagne. Et le palais impérial eut aussi sa réforme : Louis chassa les concubines de son père, et les amants de ses sœurs, et ses sœurs elles-mêmes 5.

Les peuples, opprimés par Charlemagne, trouvèrent on son fils un juge intègre, prêt à décider contre lui-mémo. Roi d'Aquitaine, il avait accueilli les réclamations des Aquitains , et s’était réduit à une telle pauvreté , dit l’historien , qu’il ne pouvait plus rien donner, à peine sa bénédiction 6. Empereur , il écoula les plaintes des Saxons, cl leur ren-

ria, uniformem cuuctis traderent mouasteriis, tàm vins quftm femiuis, vivendi sccuiidùm regulam S. Renedicti incommutabilem morem.

4 S. Adalhardi vita, ibid., 277. InvidiA... pulst» prarsentibus bonis, dignilale exutus, vulgi existimatione fœdatus... exilium tulit. — Acta SS. ord. S. Bened., aaec. IV, p. 404 : Wala... cujus Augustus , efficaciatn auspicatus ingenii, licet conaobrinus ipsiua eaact, patrui ejus tilius, decrevit humiliari, cujuslibti instinctu, et redigi inter infimes. — P. 492. Un jour il dit à Louis le Débonnaire : Velim, reverenditsime imperator Auguste, dicas nobis tuia quid est quôd tantum propriis interdum relictis officiis, ad divma te trausmittis. — Astronom., c. 21 : Timcbalur quàm maxime Wala, sutnmi apud Carolum imperatorem habitus loci , ne fortè aliquid sinistri coulrà imperatorem moliretur.

6 Astronom., c. 21 : Movrrat ejus animum jamdudûm, quanquam naturà mit issimum, illud quod à nororibus illius in contubcrnio exercebatur paterno ; quo solo domus paterna inurebatur nævo... Misit... qui... aliquos stupri immanitate et superbiæ fostu, reos majestatis eau te ad adventum usque suum adservarent. — C. 23 : Omnrm curium frmineum, qui permaximus erat, palatio excludi judicavit prxter paucissimas. Sororum au tem quaeque in sua, qu* à pâtre acccpcrat,concesait.

6 Astronom., c. 7. * Le roi Louis donna bientôt une preuve de sa sagesse, et fit voir la tendresse de miséricorde qui lui était naturelle. Il régla qu'il passerait les hivers dans quatre lieux différents; apres trois ans écoulés , un nouveau séjour devait le recevoir pour le quatrième hiver; ces habitations étaient Doué, Chasseneuil, Audiacel Ebreuil. Ainsi chacune, quand son tour revenait, pouvait suffire k la dépense du service royal. Après cette sage disposition, il défendit qu’à l'avenir

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