‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 83 sur 398 · aiCBULET · texte numérisé non relu

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i si maltraitée par les Carlovingiens, qui lui durent le désastre de Roncevaux. Dans l'Aquitaine, s'élèvent les puissantes familles de Golhic (Narbonne, Roussillon, Barcelone), de Poitiers et de Toulouse. Les deux premières veulent descendre de saint Guillaume . le grand saint du Midi , le vainqueur des Sarrasins. C’est ainsi que tous les rois d’Allemagne et d'Italie descendent de Charlemagne, et que les familles héroïques de la Grèce, rois de Macédoine et de Sparte, Aleuades de Thcssalie, Bacchides de Corinthe, descendaient d'Hcrculc.

A l’est, le comte de llaiuaul , Reinier, disputera la Lorraine aux Allemands, au féroce Swintibald, fils du roi de Germanie. Reinicr-Aetiard restera le type cl le nom populaire de la ruse luttant avec avantage contre la brutalité de la force.

Au nord, la France prend pour double défense contre les Belges et les Allemands, les foreslierâ de Flandre 5 et les comtes de Ycrmandois , parents cl alliés, plus ou moins fidèles, des Carlovingiens.

Mais la grande lutte est à l’ouest, vers la Normandie et la Bretagne. Là , débarquent annuellement les hommes du Nord. Le Breton Noinénoé se met à la tête du peuple, bat Charles le Chauve, bat lesNorlhmans, défend contre Tours l'indépendance de l’Église bretonne, et veut faire de la Bretagne un royaume $. Après lui, les Northnians reviennent en plus grand nombre, le pays n’est plus qu’un désert, et quand l’un de ses successeurs (957), l’héroïque Allan Barbclorlc, parvient à leur reprendre Nantes, il faut, pour arriver à la cathédrale où il va remercier Dieu . qu’il perce son chemin l’épée à la main à travers les ronces. Mais celle fois, le pays est délivré; les Norlhmans, les Allemands, appelés par le roi contre la Bretagne, sont repoussés éga-

avaienl eu de propriété et de droits dans le Toulautan , P A génois , le Quiercy , le pays d’Arles , le P é rigueur , la Saintonge et le Poitou. Les bénédictins ne trouvent dans l’état matériel et la forme de celle pièce aucun motif d'en suspecter l'authenticité. Ce serait le testament de l’ancienne dynastie aquilanique, réfugiée chez les Basques , léguant h l’Église espagnole tout ce qu’elle a jamais possédé en France. Du tiers de la France, le don est réduit par Charles le Chauve k quelques terres en Espagne, sur lesquelles il n’avait pas graiid’chosc A prétendre.

5 Les comtes de Flandre portèrent d’abord ce nom , ainsi que le# comtes 4’Anjou. f 'oy. plus bas.

s llistor. Britann., ap. Scr. fr., VU , 49... lu corde suo cogitavit ut se regem faceret... Reperit ut episcopos totiussu* regionis manu Francorum rogiA Inclos , aliquA scduclione à sedibus suis expelteret , et alios concessionc suâ conslilutos in locis illorum subrogaret, et si sic fieri posset, faciliter per hoc ad régi a m dignitatem asccmleret.

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Icment. Allan assemble pour la première fois les états du comté, et le roi Gnit par reconnaître que tout serf réfugie en Bretagne devient par cela seul homme libre

En 859, les seigneurs avaient empéché le peuple de s’armer contre les Northmans *. En 861, Charles le Chauve avait défendu aux seigneurs d’élever des châteaux. Peu d’années s'écoulent, et une foule de châteaux se sont élevés; partout les seigneurs arment leurs hommes. Les barbares commencent à rencontrer des obstacles. Robert le Fort a péri en combattant les Northmans à Brisserte ( 866). Son Gis Eudes, plus heureux, défend Paris contre eux en 885. Il sort de la ville, il y rentre à travers le camp des Northmans 1 * 3 * 5. Ils lèvent le siège, et vont encore échouer sous les murs de Sens. En 891 , le roi de Germanie, Arnulf. force leur camp, près de Louvain , et les précipite dans la Dyle. En 935 et 933, les empereurs saxons, Henri l’Oiseleur, et Olhon le Grand, remportent sur les Hongrois leurs fameuses victoires de Mersebourg cl d’Augs- J)Ourg. Vers la même époque , l’évéquc lzarn chasse les Sarrasins du Dauphiné, et le vicomte de Marseille, Guillaume, en délivre la Provence (965,972).

Peu à peu les barbares se découragent; ils se résignent au repos. Ils renoncent au brigandage, et demandent des terres. Les Northmans de la Loire, si terribles sous le vieil Hastings, qui les mena jusqu’en Toscane, sont repoussés d’Angleterre parle roi Alfred. Ils ne sc soucient point d'y mourir, comme leur héros Regnard Lodbrog, dans un tonneau de vipères. Ils aiment mieux s’établir en France, sur la belle Loire. Ils possèdent Chartres, Tours et Blois. Leur chef Théohald, tige de la maison de Blois et Champagne, ferme la Loire aux invasions nouvelles , comme, tout à l’heure , Radllolf ou Rollon va fermer la Seine, sur laquelle il s’établit (911), du consentement du roi de France, Charles le Simple ou le Sot. Il n’était pas si sot pourtant de s’attacher ces Northmans, et de leur donner l'onéreuse suzeraineté de la Bretagne, qui devait user Bretons et Northmans les uns par les autres. Rollon reçut le baptême, et Gt hommage, non en personne, mais par un des siens ; celui-ci s’y

1 f oy. les auteurs cités par Paru, llist. de Bretagne. I.

* Annal. Berlin., ap. Scr. fr., VII , 74 : V «ligua promiscuum inter Scquanam et Ligerim, inter se conjuraus ad versus Uauns iu Seqnanâ consislcntcs, fortiter resistil. Scd quia incautè susccpla est eorum conjuratio, à potentioribus nnstria facile interticiuntur.

3 Annal. Vcdast., ap. Script, fr., Vtll, 85 : Xort-

onanni, cjus reditum pr. escient es, accurrerunt ei ante

purtflm Turris; sed illr, cmisso cqao, à dextris et

prit de manière qu’en haisant le pied du roi , il le jeta à la renverse 4. Telle était l’insolence de ces barbares.

Les Northmans sc Gxcnl donc et s’établissent. Les indigènes sc fortiGent. La France prend consistance, et se ferme peu à peu. Sur toutes ses frontières, s’élèvent, comme autant de tours, de grandes seigneuries féodales. Elle retrouve quelque sécurité dans la formation des puissances locales, dans le morcellement de l’Empire , dans la destruction de l’unité. Mais quoi! cette grande et noble unité de la patrie, dont le gouvernement romain et francique nous ont du moins donné l’image , n’y a-t-il pas espoir qu’elle revienne un jour? Avonsnous décidément péri comme nation? N'y a-t-il point au milieu de la France quelque force centralisante qui permette de croire que tous les membres se rapprocheront, et formeront de nouveau un corps ?

Si l’idée de l'unité subsiste, c’est dans les grands sièges ecclésiastiques qui conservent la prétention de la primalie. Tours est un centre surin Loire, Reims en est un dans le Nord. Mais partout le pouvoir féodal limite celui des évêques. A Troyes. à Soissons, le comte remporte sur le prélat. A Cambrai et à Lyon il y a partage. Ce n'est guère que dans le domaine du roi que les évêques obtiennent ou conservent la seigneurie de leur cité. Ceux de Laon, Beauvais, Noyon, Châlons-sur-Marne , Langrcs, deviennent pairs du royaume; il eu est de même des métropolitains de Sens cl de Reims. Le premier chasse le comte; le second lui résiste. L’archevêque de Reims, chef de l’Église gallicane , est longtemps l’appui Gdèle des Carlovingicns 5. Lui seul semble s'intéresser encore à la monarrhic , à la dynastie.

Celte v ieille dynastie, sous la tulelledes évêques, ne peut plus rallier la France. Au milieu des guerres et des ravages des barbares , le tilrc de roi doit passer à quelqu’un des chefs qui ont commencé à armer le peuple. Il faut que ce chef sorte des provinces centrales. L'idée de l'uüilc ne peut être reprise et défendue par les hommes de la frontière. Cette unité leur est odieuse; ils aiment mieux l'indépendance.

sinistris advcrsnrios c.'cden* , civitatem ingrrssus.

4 Guillcim. Gemetic.,1. II, c. 17.

3 Lorsque Charles le Simple appela ses vassaux contre les Hongrois , en 919 , aucun ne vint à son ordre , hors l'archevêque de Reims, Dérivée, qui lui amena quinze cents hommes d'armes. Frodoard., I. IV, c. 14. — Louis d’Outremcr confirma, en 953, tous les anciens privilèges de l’Église de Reims ; ils furent confirmés de nouveau pat Lothaire en 955, et plus lard par 1rs Olhons.

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