‹ Œuvres de m. MicheletChapitre 85 sur 398 · LIVRE 11. — LES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

LIVRE 11. — LES ALLEMANDS

que pour être livre aux chefs du parti national, qui l'emprisonnèrent à Laon.

» Pour rendre plus durable la nouvelle alliance de ce parti avec les Normands. Hugues le Grand promit de donner sa fille en mariage à leur duc. Mais celte confédération des deux puissances gauloises les plus voisines de la Germanie attira contre elles une coalition des puissances teutoniqucs.dont les principales étaient alors le roi Ollion cl le comte de Flandre. Le prétexte de la guerre devait être de tirer le roi Louis de sa prison ; mais les coalisés se promettaient des résultats d’un autre genre. Leur but était d'anéantir la puissance normande , en réunissant ce duché à la couronne de France, après la restauration du roi leur allié : en retour ils devaient recevoir une cession de territoire, qui agrandirait leurs Étals aux dépens du royaume de France *. L’invasion, conduite par le roi de Germanie , eut lieu en 916. A la tête de trentedeux légions, disent les historiens du temps, Othon s’avança jusqu'à Reims. Le parti national , qui tenait un roi en prison cl n’avait point de roi à sa tête, ne put rallier autour de lui des forces suffisantes pour repousser les étrangers. Le roi Louis fut remis en liberté, et les coalisés s’avancèrent jusque sous les murs de Rouen : mais cette campagne brillante n'eut aucun résultat décisif. La Normandie resta indépendante, et le roi délivré n’eut pas plus d’amis qu’auparavant. Au contraire, on lui imputa les malheurs de l’invasion, et, menacé bientôt d’être pour la seconde fois déposé , il retourna au delà du Rhin pour implorer de nouveaux secours *.

» En l’année 948 , les évêques de la Germanie s'assemblèrent par ordre du roi Othon. en concile, à Ingclhcim, pour traiter, entre autres affaires , <les griefs de Louis d’Outremer , contre le parti de Hugues le Grand. Leroi des Français vint jouer le rôle de solliciteur devant celte assemblée étrangère. Assis à côté du roi de Germanie, après que le légat du pape eut annoncé l’objet du synode, il se leva cl parla en ces termes : « Personne de vous n’ignore que des messagers du comte Hugues et des autres seigneurs de France sont venus me trouver au pays d'oulre-mer, m'invitant à rentrer dans le royaume qui était mon héritage paternel.

• Script, rer. F rancir., t. VIII, p. 226.

3 Id., ibid., p. 203.

8 Richardo duci fîlium nnmine Itugonem commendare studuil.ut cjus patrocinio tutus, inimicorum fraudibus non capcrclur. (Script, rer. Francic., I. VIII, p. 207. )

* Alberic., Tr. Font., ap. Scr. fr., IX, 00. « Louis . l’Oul renier épousa Gcrbcrgc, sueur de l'empereur Othon; te duc Hugues le Grand voyant cela, afin de lui rendre

ViS

J’ai été sacré cl couronné par le vœu cl aux acclamations de tous les chefs cl de l’armée de France. Mais peu de temps après, le comte Hugues s’est emparé de moi par trahison , m'a déposé et emprisonné durant une année entière; enfin, je n’ai obtenu ma délivrance qu’en remettant en son pouvoir la ville de Laon, la seule ville de la couronne que mes fidèles occupassent encore. Tous ces malheurs qui ont fondu sur moi depuis mon avènement , s’il y a quelqu'un qui soutienne qu’ils me , sont arrivés par ma faute, je suis prêta me défendre I de cette accusation, soit par le jugement du synode et du roi ici présent, soit par un combat singu- ; lier. » Il ne se présenta , comme on pouvait le croire, ni avocat, ni champion de la partie adverse.

; pour soumettre un diiïérend national au jugement J de l’empereur d'oulre-Rhin, et le concile, transféré à Trêves, sur les instances de Lcudulf, chapelain I et délégué du César, prononça la sentence suivante: •i En vertu de l’autorité apostolique, nous excommunions le comte Hugues, ennemi du roi Louis, à cause des maux de tout genrequ'il lui a faits, jusqu’à ce que ledit comte vienne à résipiscence, et donne pleine satisfaction devant le légat du souverain pon- | life. Que s’il refuse de se soumettre, il devra faire le voyage de Rome pour recevoir son absolution. »

» A la mort de Louis d’Oulremer, en l’année 934 , son fils Lolhaire lui succéda sans opposition apparente. Deux ans après, le comte Hugues mourut, laissant trois fils, dont l’atné. qui portait le même nom que lui, hérita du comté de Paris, qu’on appelait aussi le duché de France. Son père, avant de mourir , l’avait recommandé à Rikard ou Richard. duc de Normandie, comme au défenseur ! naturel de sa famille et de son parti 8. O parti sembla sommeiller jusqu'en l’année 980. »

Ce sommeil, que M. Thierry néglige d’expliquer, i ne fut autre chose que la minorité du roi l.othcr I et du duc de France Hugues Capct, sous la tutelle de leurs mères IIcd«ige et Gcrbcrgc, toutes deux ! sœurs du Saxon Othon , roi de Germanie *. Ce | puissant monarque semble alors avoir gouverné In i France par l’intermédiaire de son frère, Bruno, archevêque de Cologne , et duc de Lorraine cl des Pays- Ras s. Ces relations expliquent suffisamment le caractère germanique que M. Thierry remarque

coup pour coup, et de contrc-balancer le crédit que Louis avait obtenu auprès d’Olhon , prit pour femme l'autre sœur, Hedwige. De ces deux sœurs sortirent la race impériale de Germanie, et les races royales de France et d’Angleterre. »

6 Hedwige et Gcrbcrgc se mirent ensemble sous la protection de Bruno, et il rétablit la paix entre set neveux. Frodnard. ehronie., ap. Ser.fr., VIII, 21 1 . Vita

dans les derniers Carlovingicns. Il était naturel que Louis d'Oulrcmcr, élevé chez les Anglo-Saxons, que Lothaire, lils d’une princesse saxonne, parlassent la langue allemande. La prépondérance de l'Allemagne à cette époque, la gloire d’Olhon, vainqueur des Hongrois et maître de l'Italie, justifieraient d'ailleurs la prédilection de ces princes pour la langue du grand roi. Pourélrc parents desOthons, les derniers Carlovingicns, les premiers Capétiens, n’en furent pas plus belliqueux. Hugues Capct, et son fils Robert, princes voues à l'Eglise, ne rappellent guère le caractère aventureux de Robert le Fort et d'Eudes, leurs aïeux , qui s’étaient fait si peu de scrupule de guerroyer contre les évêques , nommément contre l'archevéquc de Reims *. Mais reprenons le récit de M. Thierry.

Après la mort d’Olhon le Grand, •. le roi Lothaire, s'abandonnant à l'impulsion de l’espriL français, rompit avec les puissances germaniques , cl tenta de reculer jusqu'au Rhin la frontière de son royaume. Il entra à l’improviste sur les terres de l'Empire, et séjourna en vainqueur dans le palais d'Aix-la-Chapelle. Mais celte expédition aventureuse, qui flattait la vanité française, ne servit qu’à amener les Germains, au nombre de soixante mille, Allemands, Lorrains, Flamands et Saxons, jusque sur les hauteurs de Montmartre , où cette grande armée chanta en chœur un des versctsdu TcDcutn1. L’empereur Othon , qui la conduisait, fut plus heureux , comme il arrive souvent, dans l’invasion que dans la retraite. Battu par les Français au passage de l'Aisne , ce ne fut qu’au moyen d’une trêve conclue avec le roi Lothaire qu’il put regagner sa frontière. Ce traite , conclu , à ce que disent les chroniques , contre le gré de l'armée française , ranima la querelle des deux partis , ou plutôt four-

S. Brunonis, ap. Scr. fr., IX , 134. — Le* deux sœurs vinrent rendre visite à Othon , lorsqu’il vint k Aix , en 005 , et jamais , dit la chronique , ils ne ressentirent pareille joie. Cliron. Turon., ap. Scr. fr., IX, 54.

1 Frodoard., I. IV, ap. Scr. fr., VIII, 157... Quùd Odo civitatem Retnenscm obsèdent, innumera» etiarn cardes et depredationes excrcucrit, et res ecclesiæ Remcnsis sois satellitibus drderit , hujus ecclesias insistens rapioia.

1 Accitia quhm pluribns clericis , alléluia te martymm, etc., in loco qui dicitur Mons Martyrum in tantum elatis vocibus decantari pracipit, ut attonitis auribus ipse Hugoet otnnis Parisiorum plebs mirarelur. Scr.fr., VIII, 232.

8 Pacificatus est Lotharius rex cum Othonc rege , Remis civitate, contra voluntatem Uugonis et liainrici, fratris sui , et contrà voluntatem exercitûs sui. (Script, rer. Francic., t. VIII, p. 224. )

8 Noua remarquerons, à l’occasion de cette observa -

nit un nouveau prétexte à des ressentiments qui n'avaient point cessé d’exister 5.

» Menacé, comme son père et son aïeul, par les adversaires implacables de la race des Carlovingieus , Lothaire tourna les yeux du côté du Rhin pour obtenir un appui en cas de détresse. Il fît remise à la cour impériale de ses conquêtes en Lorraine , et de toutes les prétentions de la France sur une partie de ce royaume. « Celle chose contrista grandement, dit un auteur contemporain, le cœur des seigneurs de France. » Néanmoins, ils ne firent point éclater leur mécontentement d’une manière hostile. Instruits par le mauvais succès des tentatives faites depuis prés de cent ans, ils ne voulaient plus rien entreprendre contre la dynastie régnante, à moins d’étre sûrs de réussir. Le roi Lothaire , plus habile et plus actif que scs deux prédécesseurs si l'on en juge par sa conduite „ se rendait un compte exact des difficultés de sa position , cl ne négligeait aucun moyen de les vaincre. Eu 9H3 , profilant de la mort d'Olhon II et de la minorité de son fils, il rompit subitement la paix qu’il avait conclue avec l’Empire , et envahit derechef la Lorraine ; agression qui devait lui rendre un peu de popularité. Aussi , jusqu'à la fin du règne de Lothaire , aucune rébellion déclarée ne s’éleva contre lui. Mais chaque jour son pouvoir allait eu décroissant; l'autorité, qui se relirait de lui, pour ainsi dire, passa tout entière aux mains du lils de Hugues le Grand, Hugues, comte de l’Ile-de-France et d’Anjou , qu’on surnommait Capct ou Chapct, dans la langue française du temps. «< Lothaire n’est roi que de nom , écrivait dans une de ses lettres l'un des personnages les plus distingués du dixième siècle; Hugues n'en porte pas le titre, mais il l'est en fait et en œuvres *. «

lion de M. Thierry, que les Carlovingiens , dans leur dégénérât ion , ne tombèrent pas si bas que les Mérovingiens. Si Louis le Règne fut surnomme JS’ikil-fecit , ) il faut se souvenir qu'il ne régna que dix-huit mois; et les Annales de Metz vantent sa douceur et son équité. I — Louis III et Carloraan remportèrent une victoire sur 1 les Nortlimans ( 870). — Charles le Sot fit avec eux un j traité fort utile (01 1). Il battit son rival le roi Robert, et le tua , dit-on , de sa main ( Chron. Tur., ap. Scr. fr., IX, 51). — Louis d’Outremer montra un courage et j une activité qui u’auraient pas dé lui attirer cette ta- | tire : • Dominos in convivio , rex in cubiculo « ( Mirac. I S. Bencd., ibid., IX, 140). — Enfin , suivant l’observation de D. Vaisselle, la jeunesse de Louis le Faintaut I lui-méme, la brièveté de son règne, et la valeur dont il fit preuve au siège de Reims, ne méritaient pas ce surnom des derniers Mérovingiens.

I 6 Gerbcrti epistolœ, apud Script, rer. Franc., t. X , p. 387.

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