COUVENT DE PARIS K
De Bourdeaux, 3 janvier 1653.
«Je pense que Dieu, m'ayanl donné au commencement de ma vie tout ce dont j'avois besoin pour me faire goûter le repos et la tranquillité des saints, veut, pour punir mes
' Cette lettre n'est pas dans Yillefote.
infidélités, que j'éprouve tout le malheur qui peut être at^taché aux conditions qui m*ont éloignée de celle où il me demandoit. J'ai cette pensée si gravée dans Tesprit que si avec elle je n'y conservois fortement l'espérance que Dieu me ramènera un jour chez vous à l'abri de tous ces orages du siècle, je pense que je succomberois tout à fait à ceux qui me persécutent. Je vous demande, ma chère MtTe, par toute votre charité pour moi présente et passée, de renouveler vos ferventes prières pour avancer»ce temps de bénédiction et de joie. La sainte que vous venez de perdre sera volontiers mon intercessrice, et comme sa bonté pour moi étoit grande, j'en attends celle-là encore. J'espère en celle de Dieu qu'il nous rendra notre mère, et je la veux trouver chez vous à quelque prix que ce soit. Conservezvous aussi pour cette saison bienheureuse; car enfin il faut que vous consommiez l'œuvre que Dieu a commencée par vous ; je ne respire autre chose. »
La date de la lettre précédente nous apprend que M"® de Longueville était alors au milieu des horreurs delà guerre civile. Tandis que le prince de Condé manquait de périr avec le duc de la Rochefoucauld au combat de Saint-Antoine, elle, avec le prince de Conti, tenait à peine dans Bordeaux. Ses coquetteries avec le duc de Nemours lui avaient fait perdre le duc de la Rochefoucauld qui s'était tourné contre elle, et ce brillant et léger duc de Nemours l'avait bien vite oubliée pour la duchesse de Montbazon; puis il venait d'être tué en duel par le duc de Beaufort. Ainsi ses affaires et celles de son parti étaient ruinées, et elle souffrait à la fois et dans son orgueil et dans sa tendresse. Ce fut là le dernier coup ; tout lui manquant à la fois dans ce monde, elle se tourna vers Dieu et songea sérieusement à changer de vie.
A LA RÉYÉhRNDB HÈRB AGNÈS, PRIEURE DES CARMÉLITES DU