A LA RÉVÉRENDE MÈRE AGNÈS K
De Nevers, ce 4 janvier 1654.
« Hélas 1 ma pauvre Mère, les engagements de ce monde ne sont-ils pas cruels, puisqu'ils ôlenl même les moyens de s'en tirer à sa mode, et qu'en quittant ce même monde, il faut choisir le lieu par lequel on s'en sépare par dés considérations politiques et point du tout par celles que Dieu inspireroil 1 C'est un furieux effet de ma mauvaise destinée de ne pouvoir pas dans mes retraites suivre la vie que je souhaiterois , ou pour mieux dire la passer avec qui je voudrois, enfin choisir les compagnes de ma solitude selon mon goût spirituel et naturel. Si j'avois cette liberté, je ne vous dis point quelles seroientces personnes-là, car je pense que vous le devinerez sans peine ; mais il faut souffrir dans tous mes différents genres de vie, et je pense qu'il n'y a pour moi que celle du ciel qui puisse être exempte de
* Cette lettre n'est pas dans Villefore.
peine. Demandez à Dieu que je porte comme il le veut celles qu'il m'envoye, et que cette année ne soit employée qu'à la pénitence que je dois faire de tout le passé. J'ai une grande et sérieuse envie de l'employer à cela; mais si Dieu ne fait en moi ce que je lui demande, vous savez bien que je ne le ferai pas: Ainsi, ma pau\Te Mère, demandez-lui bien cette miséricorde pour moi. »