‹ Œuvres de m. Victor Cousin. 4. ser. LittératureChapitre 57 sur 66 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

AU MÊME

De Trie, ce 25 octobre.

« J'ai communié à Rouen le jour de saint Luc, selon que je Tavois projeté avec vous, et ensuite avec le Père Dubreuil qui m'a accompagnée jusqu'ici. Vous jugerez, par ce que vous contera M. le Nain de l'état de mon fils, de ce que sa vue a pu faire en moi. Je vous avoue que je sentis une grande contradiction et même quelqu'aigreur contre cette sorte de croix. Cette émotion me fut plus sensible que celle quo la pitié auroit pu faire, parce que la malignité de mon tils est si visible au milieu de sa folie que je me sentis plus attendrie sur moi que sur lui. Cependant j'essayai de ne me pas abandonner à ce sentiment, et je crais pouvoir espérer que celui do la soumission aux ordres de Dieu fut plus volontaire que l'autre n'avoit été, et que je me convainquis devant lui de mon mérite pour recevoir l'imposition de ce fardeau des mains de sa justice.

Ma sortie de Rouen a été comme mon entrée; le peuple m'accompagna comme il m'avoit reçue, en me donnant de grandes bénédictions, en pleurant et en montrant tout ce qu'une amitié trôs-sincère peut faire voir. M. le Nain et le IH>re Dubreuil pleurèrent sans s'en pouvoir empêcher. Enfin, il est certain qu'on n'a rien vu de pareil à leur empressement de me voir, et que la place de devant ma maison, les degn^ et les chambres étoient si combles de monde qu'où ne pouvoit ni entrer ni sortir. Un reste d'esprit du monde m'a fait prendre quelque plaisir à cela.

' ViUefore donne une partie de cette lettre, p. Ui.

Je ne vois pas bien ce que je puis faire sur le sujet de mon voyage à Tégard de M"*' de Nemours. S'il vous vient quelque pensée, je suis prête à Texécuter, si je la trouve faisable, selon la connoissance que j'ai d'elle, que je vous exposerai pour faire ensuite ce que vous jugerez à propos. Je suis toujours disposée à lui apprendre les maladies dé mon fils, quand il en aura, et de faire à son égard tout ce qui sera capable de l'adoucir et de lui montrer que je n'ai nulle mauvaise disposition pour elle. Priez pour moi. y>

AU MÈMB '.

«Vous ne sçauriez comprendre combien vous m'affligez en m'apprenant la mauvaise disposition des deux personnes ^ à qui j'en souhaiterois tant de bonnes et pour elles et pour cette troisième qui dépend d'elles, et qui pâtira de leur ignorance, pour mieux dire de leur politique. Je ne doute pas que celle qui ne vouloit pas que vous m'apprissiez cette nouvelle, ne soit aussi contristée que moi ^ de voir une chose aussi édifiante pour l'Église que pouvoit être celle-là, échouer par des terreurs paniques dont on pouvoit espérer que celles qui les prennent pou voient être exemptes. Je suis persuadée que vous ferez tout ce ({ue vous pourrez pour fortifier celui qui est le maître de la chose, et qui ne doit pas sacrifier ses lumières et sa con-

' Manque dans le Recueil de M. Périer et dans le manuscrit do M. Paris.

' Probablement ses deux frères et sa belle-sœur.

* Probablement mademoiselle de Vertus ou mademoiselle du Vigean, sous-prieure.

science aux frayeurs de ces personnes qui prennent une si pitoyable conduite en une occasion où tout favorisoit la bonne qu'on pouvoit tenir. Je vous demande ce que vous me demandez, c'est-à-dire de ne me pas tenir séparée de votre troupeau, quoique j'en sois éloignée extérieurement. J'espère cette charité de vous et que vous demanderez au Saint-Esprit dans cette grande fête, ce que l'Église lui demandera par ces paroles de la prose qu'elle chante à la messe : Fofoe quod est frigidum: car j'en ay plus besoio que jamais ; et étant au milieu de tant de personnes embrasées de l'amour de Dieu, je suis plus froide que la glace. »

AU MÊME

De Port-Royal.

« Quelque fâchée que je sois de la conduite qu'on tient sur N^, n'ayez pas peur que j'en dise un seul mot qui la puisse faire savoir à ceux qui ne la savent pas, et qui la désapprouveroient plus que moi, parce qu'ils joignent à la connoissance des règles un amour pour elle qui vient d'une grande charité pour les pécheurs dont je ne suis point du tout remplie. Je n'en feray donc aucun semblant assurément; mais je vous demande des nouvelles de la suite de cette affaire. Si elle ne va pas selon nos désirs et que celui qui en est le maître soit assez facile pour céder aux empressements des personnes que vous savez, il faudrait

' Manque dans le Beoueil de M. Périef et dans le manuscrit de M. Paris, ' Toute cette affaire est obscure et s'obscurcit de plus en plus.

qu'il donnât au moins à son indulgence un autre air que celui que la politique y donnera ; et puisqu'il est certain qu'on a imposé à des pénitents d'autres pénitences que celle d'entrer en religion, il pourroit donner ce tour-là à son absolution, en mettant bien dans la tète de cette personne que si elle étoit demeurée dans le siècle, on l'auroit dû traiter autrement, enfin de l'instruire au moins des bonnes maximes et de lui ôter les petites impressions qu'elle a prises de l'obligation à la pénitence, dont une des principales parties est la séparation de l'Eucharistie pour un temps. S'il n'a pas la force de l'en séparer, il ne peut refuser à sa propre lumière d'avoir la fidélité pour Dieu, de l'instruire, car si elle manque cette occasion, elle ne la retrouvera peut-être jamais. Je suis bien téméraire de vous dire mes pensées sur des choses de cette importance, mais comme je ne le dis qu'à vous, vous en saurez bien user; ainsi je ne bazarde rien. Souvenez-vous de moy devant Notre-Seigneur, et mandez-moy, je vous prie, le temps de mes communions. »

AU MÊME '

De Chantilly, ce 13 janvier.

(c J'ay déjà tenté quelque chose; mais c'a été avec peu de succès ; je ne me rebuterai pas pourtant, quoique je n'es^ père pas grand'cbose par mon entremise. S'il y a quelque chose à faire, il faut que ce soit parle ministère d'un plus digne sujet. Le N. ^ parla hier avec quelque utilité, car je le

' Manque dans le Recueil de M. Périer et dans le manuscrit de M. Paris.

' Le P. Desmarets, Note du manuscrit de Troyes. m. 17

no FRAGME!rrS LITTÉRAIRES.

m» Hur la prophétie de Daniel qae je sçay qu'il entend parfaitimient, et N. en parut étonné, et lui ordonna même de faire quelques notes là-dessus, et de lui donner ensuite eet ouvrage. Il écouta aussi toute Thistoiredu voyage de Rome. Enfin cette journée se passa assez bien. Nous essaierons de ne pas passer plus mal celle-ci, mais priez Dieu qui mn\ peut opérer la merveille que nous souhaiterions si fort et de laquelle je suis si indigne d'être l'instrument. i>

AU MiMB.

« Je vous su pplie de croire que j'avois un très-sincère dessein de communier lorsque je vous ai dit que je le ferois; mais dès que j'ai été à Féglise, il m'est venu des inquiétudes d'esprit que mon péché ne ffit plus grand que vous ne le croyez et que je ne le croyois aussi, qui m'ont un peu renversée et qui m'ont jetée dans une sorte d'inquiétude qui m'ôtoit tout à faitl'attention et la tranquillité. J'ai essayé de surmonter ces peines, mais j'ai vu que je ne le pouvois, et que si je communiois, parce que vous me l'aviez dit, ce seroit plutôt une complaisance humaine qu'une obéissance raisonnable. Si je l'eusse fait dans cette disposition, j'ai vu que mes inquiétudes recommenceroient, môme avec plus de sujet; ainsi je me suis déterminée à ne le pas faire, et j'ai cru môme ne vous pas désobéir, puisque hier vous m'ordonnâtes de communier, à condition que je n'y eusse pas trop de répugnance. Je crois que tout cela vient de foiblesse plutôt que He délicatesse de conscience. Ainsi cela se peut metiro au rang des choses que la charité vous doit faire supporter en moi ; mais je crois aussi que je

dois les mettre au rang de celles dont je me dois corriger. Pour en demander la grâce à Dieu, et pour expier tout ce qui lui peut être désagréable dans tout ce que j'ai fait, je vous demande permission de mettre deux matinées, entre ce jour-ci et le 2 d'août, une ceinture de fer pour expier ces péchés-là et une petite partie de ceux dont Dieu m'a tirée en ce temps-là. »

AU MÊME

De Trie, ce 23 novembre.

« Tout ce que vous me dites sur le chapitre de cette affaire est le plus juste du monde. Les occasions ne nous font pas ce que nous sommes , mais elles nous montrent qui nous sommes; je l'éprouve en celle-ci qui m'a fait voir clairement que j'ai cherché l'estime des hommes par une justice extérieure, que je m'y suis complu, que je me suis voulu distinguer par là des autres personnes qui font profession de piété, que j*ai cherché dans l'approbation des hommes la récompense de ces qualités que je vois bien qui n'étoient que naturelles. La preuve de cela est toute claire : Si je les avois rectifiées en les exerçant par rapport à Dieu, si je l'ose dire, la droiture de mes intentions là-dessus m'auroit suffi, et je n'aurois pas été fâchée du traitement que me font les hommes, ayant eu quelque sujet d'espérer que Dieu me jugeoit autrement qu'eux. Je dois dire du profond de mon cœur: Jusius es, Domine, et justum judiciumtuum. Rien de plus juste que Dieu se serve des hommes pour punir le péché que j'ai fait d'agir plus pour eux que pour lui. Quelque mal que j'aie donc pour cette affaire, il est bien juste, et voilà à quoi elle me servira, quoi qu'il en

prendre le parti rentra in*, el qu'une conscience soit bien peu droilti devant Dieu qui se commet à faire une mau- \aise confession dans une si petite fK*casion. Ainsi, ne pou- ^ ant me décider moi-même, je ne communierai pas que je n*aie eu de vos nouvelles. Cette faute-là méritera peutr»lre bien que vous m'ôliez les communions que vous m'aviez ordonnée> ; mais si cela n'étoit pas, il y a dimanche prochain une fête considérable céans, qui est la Dédicace, dans laquelle je pourrois réparer ce que je perdrai demain; mais j'avoue que je souhaite de ne le pas faire, me voyant si dépourvue de Tamour de Dieu, qui me mettroit, si je Favois, dans des dispositions si opposées à celle qui m'a fait commettre cette faute. Mandez-moi, s'il vous plaît, comme je la dois exprimer dans ma première confession, si ce n'est pas à vous que je la fasse, et priez Dieu qu'il change mon cœur. »

AU MÊME

De Port-Royal, ce 97 avril.

« Je vous rends grâces de ce que vous avez fait ce que vous avez pu pour empêcher les plaintes de N. ; mais si les raisons que je lui ai dites et écrites avec le plus d'honnêteté que j'ai pu, ne Tont pas convaincu, je pense qu'il ' ne le peut être de rien. Il faut donc s'en tenir en repos et ne se pas soucier de perdre des amis qui veulent que l'on soit les leurs aux dépens de sa conscience. Je doute que vous sachiez le particulier de cette aventure, qui assurément me fut très-pénible. J'espère vous la conter bientôt, car je serai, s'il plaît à Dieu, lundi à Paris. Les personnes

LETIacES rs'ÉD. DE LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE. 295

dont vous parle N. me font grande pitié, surtout celle qui a connu Dieu, car il faut une grande extinction de lumière pour pouvoir pousser Tautre à se jeter dans le précipice d'où elle est sortie extérieurement ; je dis extérieurement, car si elle-même croit pouvoir retourner à la cour, je ne Ten crois pas sortie devant Dieu. 11 est le maître de ces cœurs-là aussi bien que de toutes choses; ainsi il faut s'adresser à lui pour le supplier d'en rompre la dureté par sa grâce. Je me recommande à vos prières et vous demande votre bénédiction. »

AU MÊME

De Port-Royal, ce 58 mars.

c( Je vous enverrai mes chevaux pour venir ici samedi, et vous amènerez une personne qui y vient pour songer à sa conscience. Vous serez bien aise de Tentretenir de bonnes choses par les chemins ; mais je vous avise de faire tomber le discours sur la nécessité des confessions générales, quand on veut sérieusement rentrer en soi-même pour rectifier celles qu'on a pu faire, qui la plus grande partie ne valent rien, quand on a vécu dans le monde sans changer de vie. C'est que la petite femme en a besoin, mais il faut faire cela sans qu'il paroisse que vous êtes averti. Faites-lui donc peur des confessions et des communions sacrilèges, et surtout n'oubliez pas de prier pour moi. »

AU MÊME

«Je pensai ne pas communier la nuit de Noël, mais enGn

je le fis, et je pensai que je vous avois pour garant, et qu'il vous appartenoit de répondre de moi à Dieu. J'avois l'esprit si dissipé et le corps même si abattu que je n'eus rien à offrir à Dieu, si ce n'est la contradiction de l'un et l'incommodité de l'autre, et qu'il me paroissoit bien juste que ce qui avoit tant servi à l'iniquité servît à la justice, au moins quant à l'extérieur ; car pour l'intérieur, c'est à Dieu à en juger, et j'ai bien peur que son jugement ne me soit pas favorable. »

AU MÊME '

a Je n'ay point fait dessein sur les fêtes qui approchent, et j'ay cru que je vous devois laisser le soin et le discernement de ce que j'aurois à faire. Puisque vous voulez que j'approche des sacrements, j'aime mieux que ce soit lundi qu'un autre jour. Voyez donc celui qui vous est le plus commode à me donner pour que je vous entretienne. J'ay fait d'assez grandes fautes depuis Pâques, pour ne m'ingérer pas de moi-même à ce que vous me proposez. Vous en jugerez et je ferai ensuite ce que vous trouverez à propos. »

AU MÊME

« Je m'en vais à N. Je vous demande vos prières et votre bénédiction, afin de faire ce voyage plutôt par esprit de pénitence que par la déférence humaine que j'ai pour les

' Donnée par le manuscrit de Troyes. Manque dans le Recueil de M. Périer et dans le manuscrit de M. Paris.

sentiments de mes amis. Je vous dirai demain, s'il plaît à Pieu, comment tout se sera passô. »

AU MÊME

((Je ferai ce que vous m'ordonnez, et j'essayerai de prendre en esprit de pénitence cette séparation des offices divins, où je suis en effet si peu digne d'assister. Souvenez-vous de moi devant Notre Seigneur. Je ferai ce que vous jugerez à propos pour la sainte communion. »

AU MÊME

De Méru, ce 9 octobre.

(( II faut avouer que la perte de N ^ m'a touchée au dernier point, et qu'outre une liaison de vingt-cinq ans que j'avois avec lui, je le regardois comme un des plus solides appuis de l'Eglise. 11 pouvoit suppléer tout seul à mille autres, et je ne sais si les autres peuvent suppléer à ce que celui-là pouvoit faire. Les tentations vont apparemment augmenter, et les personnes qui peuvent nous soutenir nous sont ôtées. L'Eglise ne périra pas, elle est appuyée sur les promesses de Jésus-Christ, mais les particuliers ne les ont pas reçues. On ne sait si l'on est de ces plantes qui ne

' Villefore donne une partie de cette lettre. N. est l'archevêque de Sens, M. de Gondrin, qui prit tant de part, avec madame de Loogueville, à la paix de Clément IX.

peuvent être arrachées parce qu'elles ont été plantées de la main du Père céleste; ainsi on craint la tentation, puisque ce sera elle qui discernera les enfants de Dieu d'avec ceux qui n'en ont que l'apparence. Nous méritons peut-être d'avoir des pasteurs qui nous trompent; ainsi on ne peut trop pleurer ceux qui ne nous avoient pas trompés. Un de ce dernier nombre a été encore bien malade depuis que je suis ici. Nous avons eu une grande frayeur de le perdre; mais il est mieux, et Dieu n'a pas voulu nous donner cette seconde affliction. J'ai fait très-méchant usage de la première, et peu s'en est fallu que mes pieds n'aient chancelé. Je crois que vous savez que l'histoire de N. et de son mari fait bien du bruit dans le monde, et qu'on dit déjà que je la dois faire venir à Trie. On ne doit pas manquer de charité à ces dames-là, mais assurément il faut aller fort bride en main avec elles; car leur légèrelé fait qu'on ne leur sert^ de rien, et leur même légèreté nous peut beaucoup nuire quand nous nous mêlons de leurs affaires. Ne m'oubliez pas devant Dieu. »

XXVTII K

AU MÊME

De Trie, ce 3 septembre.

« J'essayerai de me calmer sur les choses dont vous me parlez dans votre dernière lettre; mais je ne réponds pas d'en venir à bout, parce que ces sortes de peines sont d'ordinaire plus fortes que moi quand elles viennent à se présenter. 11 est bien juste que les pécheurs n'aient pas de repos en ce monde, puisqu'ils ont mérité d'en être privés du-

' Villefore donne ce billet, p. 71.*

rant toute Tétemité. Plus ils peuvent espérer que Dieu ne veut pas leur en donner une malheureuse, plus il est juste que leur temps au moins ne soit pas tranquille, et afin que Dieu oublie leurs crimes il est raisonnable qu'ils ne les oublient pas eux-mêmes. Rien n'est plus beau que la relation de la visite de M. de Rheims dans son diocèse. Je vous demande vos prières et votre souvenir devant Dieu. »

AU MÊME

Trie, ce 28 octobre.

«Je trouve la proposition de M. le Nain ^ la meilleure; car je ne tiens pas N. en état de bien recevoir des honnêtetés directes de ma part, et quoique Topinion que j'en ai les rendit plus utiles pour moi, je crois que ne Tétant pas pour elle ^, il ^aut mieux aimer son bien que le mien, et assurer N. que je lui en ferai toujours directement toutes les fois que je croirai ne l'irriter pas davantage. En effet, je suis, par la grâce de Dieu, dans cette disposition, et si sincèrement, qu'après vous avoir dit mon sentiment je me soumets pourtant à celui que M. le Nain et vous formerez, et vous donne plein pouvoir à l'un et à l'autre. »

' M. Le Nain, dont il a été plusieurs fois question dans ces lettres, était le chef du conseil de U^" de Longueville.

• H est vraisemblable qu'il est ici question de madame de Nemours. Voyez la lettre XXXI.

De Port-Royal, ce 12 novembre *.

« Vous avez raison de me dire que ma sœur Elisabeth ^ me peut faire faire bien des réflexions; mais il est vrai que comme ma ferveur diminue, ma santé la suit aussi ; car je deviens d'une si terrible délicatesse que je ne suis plus capable de rien. Je pensai m'évanouir deux fois le lendemain de ma saignée. Ënfm, si Dieu ne me donne un cœur qui répare la foiblesse de mon corps et la stérilité de mon esprit, je dois beaucoup craindre de n*avoir rien à lui offrir, et qu'il me trouve bien vuide lorsque je paroîtrai devant lui. Souvenez-vous de moi devant Notre-Seigneur, et mandez-moi, je vous prie, le temps de mes communions. 11 y en a déjà tant que vous connoissez les replis de mon âme de près, que je suis bien aise de ne m'avancer pas vers Dieu de cette manière sans votre participation. »

AU MÊME

Ce jeudi.

«Votre lettre à M. de St-Euslache est très-propre à faire un bon effet; mais j'avoue que j'en attends peu de succès.

' Villefore donne une partie de ce billet, p. 70.

' Quelle est celte sœur Elisabeth ? Est-ce une sœur du couvent des Carmélites ou une religieuse de Port-Royal? l\ y avait à Port- Royal plusieurs religieuses de ce nom, par exemple la sœur Elisabeth de Sainte-Agnès Leferon, Supplément au Nécrologe, p. 587, et encore la sœur Elisabolh de Saint-Luc, mademoiselle Mydorgp,

Je serai toujours prête à dégager les paroles que vous donnerez pour moi, quand vous jugerez qu'il en sera temps, oi de faire, vers madame de Nemours, tout ce que la charité et la proximité m'engage de faire vers elle. »

De Port-Royal, ce 27 juin.

« Je ne crois pas que N. soit disposée à écouter N. Il n'y a que N. qui puisse changer son procédé à mon égard, car pour son cœur c'est à Dieu seul à faire cet ouvrage. Pour moi, j'espère qu'avec sa grâce je ne changerai pas de dispositions sur ce chapitre, et que je serai toujours prête, soit à lui faire des avances, si on juge à propos que je lui en fasse, soit à recevoir celles qu'elle me voudra faire, ce que je no crois pas qui arrive. Si mes prières étoient bonnes vous vous en sentiriez assurément. Je vous demande la continuation des vôtres. »

De Port-Royal, ce 11 juin.

« J'essayerai à profiter de ce que vous me dites ; mais, en vérité, je suis pis que jamais, et pour moy je commence à penser que je ne suis pas où Dieu me veut, et qu'il demande quelqu'aulre chose de moy que ce que je fais. Priez-le qu'il me le fasse connoître. »

XXXÏV.

AU MÊME

De Port-Royal, ce I" juillet.

« Je n'ai pu encore demander à notre Mère les trois obéis-

sances que VOUS m'avez ordonné de lui demander, et j'ai pensé même, devant de le faire, à vous représenter que ces sortes de choses passent, dans les couvents, pour des actions de grande vertu, qu'on se fait estimer par là à peu de frais, et qu'ainsi je ne sais si vous n'aimeriez pas autant me marquer vous-même trois choses, que je ferois par obéissance tout de même, et qui ne m'attireroient pas une estime que je ne mériterois point. C'est donc à vous à examiner cela et puis à ordonner. »

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