‹ Œuvres de m. Victor Cousin. 4. ser. LittératureChapitre 7 sur 66 · M. FOURIER, PREFET DE L'ISÈRE · texte numérisé non relu

M. FOURIER, PREFET DE L'ISÈRE

préjugés et les inimitiés se nourrissent de Tignorance, attirés à la préfecture, apprirent à se connaître, et finirent par déposer leurs ressentiments sous la main d'une autoritééclai* rée. Fourier, en obligeant tout le monde, conquit tout le monde au gouvernement nouveau. L'empereur étonné lui demandant un jour comment il s'y prenait pour conduire ainsi des esprits si difficiles : « Rien de plus simple , ré- « pondit Fourier : je prends Tépi dans son sens, au lieu ce de le prendre à rebours ^»

Il vivait beaucoup avec 1^ noblesse. C'était son devoir, car il fallait clore la révolution et unir tous les membres de la grande famille française. 11 rendit souvent à des émigrés d'importants services qu'il était quelquefois forcé de déguiser pour ne pas trop effaroucher le parti contraire. Un jour, on allaitvendre, surlamise àprixde 40,000 francs, un bien d'émigré qui en valait le triple. L'émigré, nouvellement rentré, alla voir le préfet et lui confia qu'à la rigueur il pourrait bien se procurer les 40,000 francs, mais que l'enchère irait beaucoup plus haut, et qu'il allait perdre la seule occasion de recouvrer à bon marché son ancienne propriété. La vente sur enchère devait se faire le lendemain à huit heures; il y avait toujours une heure ou deux de grâce pour laisser arriver le monde et s'accroître le nombre des acheteurs. Fourier s'y transporta à huit heu-' res précises, et là, au bout d'un quart d'heure, sous prétexte de faire exécuter la loi,et en feignant beaucoup de mauvaise humeur contre les acheteurs en retard, il ordonna à l'huissier de commencer la vente, quand il n'y avait à peu près personne dans la salle. L'émigré eut donc

' Je tiens ce mot de M. Bérenger, alors avocat général à la Cour impériale de Grenoble, longtemps député de la Drûme, aujourd'hui membre de l'Institut et de la Cour de cassation.

aisément son bien pour 40,000 francs. D'ailleurs Fourier s'était assuré que cela ne serait pas mal vu du public, cet émigré jouissant de Testime et de l'affection générale ^

Souvent malgré le plan conciliateur du maître, il arrivait du bureau du ministre des ordres sévères; Fourier les recevait et ne les exécutait pas. Il laissait le ministre écrire lettre sur lettre, et sans rien contester il ne faisait que ce qui lui paraissait convenable. Ainsi, à l'époque où la levée des gardes d'honneur menaçait les anciennes familles d'être violemment privées de tous les jeunes gens qu'elles n'avaient pas destinés à la carrière militaire, il sut éluder avec adresse les ordres rigoureux qu'il avait reçus, et procurer le contingent demandé en y faisant concourir, à l'aide de sacrifices pécuniaires, ceux qui, par leur situation sociale et leurs opinions politiques, répugnaient trop au service personnel. Il eut le talent de oomposer le contingent du département de l'Isère de vokmtaires pris dans des conditions convenables, et qui furenl équipés par des subventions spontanément confiées à l'administration : en définitive, il y eut des gardes d'honneur tpii satisfirent aux besoins de l'Etat, sans épuiser les fomilles.

Quand il voulait une chose, il savait y intéresser tout le monde et prendre chacun par où il était prenable. 11 s'adressait à Tamour-propre de celui-ci, à la bonté de celaîlà, au\ défauts et aux bonnes qualités de tous ceux dont il avait besoin, et sïtns ^iolenc^s comme sans écritures il vous conduisait si bien qifon avait Tair d'agir ou plutôt «]u*oa airisscùl avoir h sincérité et la vivacité de zèle »]u'on aura.: misoà ses pn?pr«i affaires, M. Auiiustin Périer mVn a eil-'*

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