‹ Œuvres de M. Victor Cousin: 5. sér. Instruction publique (volume 2)Chapitre 13 sur 44 · GALLICANISME ET PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

GALLICANISME ET PHILOSOPHIE

r^rd des religions, quelles qu'elles soient, les mesures préventives et répressives qui importent et au soin de sa défense et au maintien de Fautorité morale dont il est revêtu, sans toutefois s'immiscer dans le vrai ou le faux des dogmes, et en les prenant seulement au point de vue de la moralité publique dont il est le représentant et le tuteur. Mais enfin, si vous le voulez, ce sera là le premier article. Eb bieni je prétends, ce seul article donné, en tirer les trois autres ; j'offre d'en fairo, quand on le voudra , une démonstration rigoureuse, au nom de la philosophie et non plus au nom de la tradition. C'est un travail que je pourrai soumettre un jour à l'Académie. N'est-il pas évident , par exemple , que l'infaillibilité personnelle du pape est un point que l'Etat ne peut admettre sans abdiquer? Comment! le pape, non plus à la tôte de l'Église universelle, mais dans un consistoire de cardinaux italiens, pourrait faire des bulles exécutoires par elles-mêmes à Vienne et à Paris t Mais dans ce cas il pourrait donc, sous couleur d'interprétation , modifier et changer les décisions du dernier concile, et par là toute la tradition, la discipline et le gouvernement ecclésiastique ! 11 pourrait même , jusqu'à un certain point-, et toujours par la voie d'interprétation, changer la morale et le dogme. Mais que devient alors la transaction que moi, Etat, j'ai faite avec la religion catholique avant de m'engager à la reconnaître et à la protéger? J'avais contracté avec une religion , et voilà qu'on m'en fait une autre. Le contrat ne subsiste plus. Donc, en signant ce contrat, j'ai dA, sous peine d'agir à l'étourdie, m'informer soigneusement de la nature du gouvernement de l'Eglise, et savoir si ce gouvernement n'est pas tel qu'il pAt à tout moment changer plus ou moins la religion avec laquelle je contracte. Il m'importe donc essentiellement que ce gouvernement ne soit point arbitraire et absolu.' II

294 AGADÉMIB M» flGIE!IGES MORiLtt R FOLITIQUES.

s'est présenté à moi comme ne Tétant pas : je Fai accepté à ce titre ; je ne puis souffrir qu'il affecte un autre carae» tère ; e'e6t*à-dire que je me dois à moi-même de ne pas laisser enseigner que le pape est infaillible en dehors de l'Église , ou plutôt je me dois à moi«roême de faire enseigner le contraire, sans quoi mon indépendance et ma souveraineté temporelle est une chimère; la première hoUe émanée de Rome pouvant opposer une autorité abaolne à celle de mes lois et de mes actes ^

On pourrait prendre ainsi en détail tous les articles : ils se tiennent intimement; les trois derniers ne sont que la mise en pratique du premier. Sans les trois derniers, le premier est vain : ce n'est plus qu'une maxime ahstraite. Il n'y a pas de milieu ; il faut les repousser tous ou les accepter tous; et tous reposent sur ce principe que l'Etat possède un droit saint et sacré qu'il ne tient d'aucune autre puissance, qu'il ne peut alûrndonner sans forfaiture envers lui-même et envers la société qu'il représente. Oui, l'Etat est laïque comme l'a si bien dit M. Guizot ^; mais, encore une fois, il n'est pas pour cela indifférent ou athée; il est essentiellement moral et religieux, puisque l'idée de la justice sur laquelle il est fondé, est par elle-même sainte et sacrée.

Je termine ces observations en disant aux nouveaux canonistes : « Invoquez-vous la tradition , ou invoquez-vous le principe de la société nouvelle? Si la tradition, vous succombez sous le gallicanisme, non de Dupuy et de Pithou, mais de la Sorbonne, de l'assemblée de 1682,

* Voilà pourquoi l'empire faisait enseigner Jes quatre propositions dans les Acuités de théologie et exigeait que tout candidat aux grades y adhérftt publiquement. Voyez au t. !•', p. 151.

' Dans la diseoiik» de 1S44.

LE COLLÈGE DE FAAIfCE ET LES JÉSDITES. 295

de Bossuel. Si Tesprit de la société nouvelle , je mets au néant toutes vos prétentions en vous rappelant que cette société s'élève sur un fondement que vous n'avez pas fiiit, en vous rap'pelant que devant elle vous n'avez d'autre droit que celui de la liberté religieuse accordée à tous les cultes reconnus, dans les limites où l'Etat juge qu'ils sont favorables à la morale publique sans porter atteinte à ses imprescriptibles droits. Vous ne pouvez choisir (qu'entre la critique historique et la philosophie; et vos prétentions sont incompatibles avec l'une comme avec l'autre.

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