EN FRANGE
(Article iméré dans le OmttiUAimul do 19 jnillei 1848 )
L'université est une des créations les plus singulières en apparence et en réalité les plus judicieuses de Napor léon. Pour la bien comprendre, il faut s'orienter un peu dans l'esprit de ce merveilleux personnage. Parlons'-en donc, non pas tout à notre aise, mais dans la mesure qui convient à notre sujet ^
Avec la guerre , le génie propre de Napoléon est celui de l'organisation. Toute organisation suppose deux choses, une fin et un système de moyens qui s'y rapportent. Une fin donnée, discerner et employer tous les moyens qui la peuvent assurer, c'est en quoi Napoléon a excellé, et n'a peut-être pas eu de rival ni dans l'antiquité ni dans les temps modernes. Une volonté de fer servie par une imagination inépuisable ; la puissance du géomètre et du poète tout ensemble, inventant avec une incroyable fécondité les ressorts les plus différents et les soumettant au calcul
• On trouvera dans nos écrits plus d'un jugement sur Napoléon, analogue à celui que nous en portons ici avec plus d'étendue et de développement. Voyez iv® série, t. III, p. 124 , et plus haut, dans ce même volume, p. 43.
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le plus rigoureux et à un concert inflexible, choses et hommes, soldats ou institutions; cet esprit de feu qui travaille avec l'exactitude et la précision de la plus froide méthode ; la passion de la perfection portée mir les détails les plus minutieux aussi bien que sur l'ensemble le plus gigantesque ; et ensuite, qusfnd le moment d'agir est arrivé, Ténergie indomptable qui lâncô et «Wltient dans le monde, éti dépit de tous les obstacles, Tœuvre conçue et achevée, inébranlable dans ses vues, et confiante dans Ce que lôâ aUtféà appellôtit le hasard et la fortune, parce qu'elle sait qu'il n'y a ni hasard ni fortune, et que les événements sont les effets ou les instruments de qui sait les préparer ou les faire servir à ses desseins : toutes ces grandes qualités du génie de l'organisation et de l'action, Dieu les avait données avec profusion à Napoléon, et par là il en avait fait un mortel extraordinaire. Mais comme pour faire voir que tout homme n'est qu'un homme, il lui avait refusé, ou du moins il ne lui avait pas accordé avec la même plénitude, cette qualité en apparence vulgaire, et sans laquelle pourtant toutes les autres se terminent mal, je veux dire le bon sens , qui, avant de songer aux moyens, pèse la fin, recherche si elle est bonne bu mauvaise, nécessaire quoique difficile, ou impossible en réalité, alors môme qu'elle se présente avec les apparences les plus séduisantes, conforme ou contraire à la nature des choses et à l'esprit du temps. Or, ici, il faut convenir que Napoléon a eu non-seulement des rivaux, mais des supérieurs, et en assez bon nombre Alexandre, César, Charlemagne, Frédéric le Grand , se sont proposé une fin raisonnable : aussi ont-ils réussi, tandis que Napoléon a échoué dans ses entreprises les plus profondément conçues, les plus habilement ourdies, les plus énergiquement exécutées, parce que leur but était trop souvent désavoué par la raison.