DE L'UNIVERSITÉ. S^S
Distinguons bien dans les oeuvres de Napoléon celles dont il a lui-même inventé et créé la fin, et celles où la fin lui était donnée par l'esprit de son*temps. J'abandonne, pour ma part, à qui voudra ou pourra les admirer , les entreprises qui marquent la seconde ère du règne de Napoléon, la chimérique tentative de la domination universelle, Tagrandissement illimité du territoire, la Hollande transformée en une province française, une moitié de F Allemagne et de ritalie et TËspagne entière données à des princes français, deux pays créés par le génie et appelés à de â grandes destinées , la Prusse et le Piémont, comme effaoés de la carte de l'Europe, une guerre à mort déclarée au seul pays libre de l'Europe, une alliance cruellement punie par tous les genres de trahison avec la vieille en» nemie de la politique française et l'ennemie permanente du progrés et de la liberté dans le monde , je veux dire avec l'Autriche ^ ; et, i l'intérieur , ne l'oublions jamais, l'étouffement de la pensée, le perpétue) ^lémenti et comme le défi iosol^t jeté aux principes les plus sacrés de oette révolution sans laquelle Napoléon n'eût été qu'un officier distingué d'artillerie : toutes choses insensées et criminelles, qui ont abouti, comme il était aisé de le prévoir, à sa ruine et à la nôtre. Qu'il me soit permis, comme citoyen et comme philosophe, de réserver mon admiration pour les entreprises du consul et du jeune empereur. Celles-là OQt réussi, parce qu'elles méritaient de réussir, parce que leur objet était sensé, honnête, légitime; parce que le gâaie des moyens était au service d'une bonne fin : et oette fin n'était autre chose que le triomphe en Europe, et
* Je perle de rftnoienne, non de la nouvelle qni s'apprête à reparaître avec éclat sur la scèoe du inonde, transformée et rtqeunie par les principes de 17S9.
en France l'organisation savante des principes de la révolution française. Oui, tant que Napoléon a été le fils reconnaissant et le représentant intelligent de la révolution française , il a été un vrai grand homme. Gomme il était guidé par la justice et la raison, la fortune le suivait en esclave. Il n'a plus été qu'un homme étonnant , et il a bientôt péri, quand il a abandonné la révolution au dedans et au dehors.
Toutes les grandes œuvres de ce que j'appelle la première ère de Napoléon ont ce trait bien marqué que leurs buts appartiennent en général à la révolution, et que l'organisation- seule appartient au consul et à l'empereur; la conscription , l'impôt proportionnel , la cour des comptes, la cour de cassation , le concordat , l'université même étaient depuis longtemps dans les vœux unanimes de la France, et leurs principes avaient été proclamés avec éclat et définis avec précision par nos grands ancêtres de l'assemblée constituante.
Que demandaient , en fait d'instruction publique , les cahiers des états généraux? La plupart demandaient qu'à la place de tant d'universités provinciales, de tant de corporations enseignantes, de tant d'écoles constituées sur des principes absolument différents et soumises à des juridictions opposées , il fut établi un système d'instruction et d'éducation nationale qui comprit toutes les écoles de tous les degrés. L'unité , ainsi que la liberté, était alors le cri unanime de la France. Avant de se séparer, l'assemblée constituante voulut entendre le rapport de son comité d'instruction publique, composé des hommes les plus (îclairés et les plus compétents dans celle matière. M. de Talleyrand servit d'organe au comité. Son rapport pose les fondements du système d'instruction publique qui a prévalu à travers tant de vicissitudes, et qui subsistera dans