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On impose deux conditions aux maîtres d'études : un certificat de moralité et le diplôme de bachelier ès-lettres. Or, }li. le comte de Montalembert regarde comme nul le certificat de moralité. On le donnera y dit-il , à tout le monde ; il ne signifie rien. Le certificat de moralité écarté, le sévère orateur se retourne contre le diplôme de bachelier, et là-dessus il établit très-éloquemment que la science ne suffit pas pour éclairer la jeunesse, que ce qui importe , c'est le zèle, c'est la charité, c'est le caractère, les bons sentiments, la vertu enfin ; et comme le diplôme de bachelier n'est assurément pas un certificat de vertu, M. de Montalembert conclut qu'il est ici parfaitement vain, et il demande la suppression de la condition de ce diplôme pour les maîtres d'études d'établissements particuliers.
Cette argumentation tombe en ruines de toutes parts.
M. de Montalembert confond le certificat de moralité établi par la commission, avec celui que le gouvernement avait présenté. Celui-ci n'était que l'expression de l'opinion d'un seul homme, le maire d'unecommune. Il a été aisément convaincu d'insuffisance. Il ne serait refusé presque à personne ; et par conséquent il ne signifie pas grand'chose. Si c'est ce certificat de moralité que M. de Montalembert a si maltraité, je le lui abandonne ; mais le malheur de son raisonnement, c'est qu'il s'agit d'un tout autre certfficat, d'un certificat donné par un jury sérieux, composé de cinq juges indépendants, éclairés, qui ont le moyen de savoir la vérité et la force de la déclarer. Ils siégeront au chef-lieu d'un arrondissement. Us auront pu prendre toutes les informations qu'ils auront jugées néces» saires ; ils ne sont pas tenus de décider en un quart d'heure, on leur donne deux mois pour délibérer. On a môme supposé qu'ils y mettront tant de temps, que beaucoup ont craint qu'ils ne décidassent point en temps utile.
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Notez que 9 parmi ces cinq personnes, il y aura iin ecclésiastique qui s'appliquera sérieusement à reconnaître dans le candidat les qualités morales qui peuvent autoriser la religion à confier à un homme l'éducation de la jeunesse. Cet ecclésiastique prévariquera-t-il donc? M. de Montalembert ne le croit pas sans doute. Il faut donc qu'il attache une assez grande importance à un certificat de moralité ainsi obtenu.
C'est alors y mais seulement alors, qu'arrive le diplôme de bachelier. Si toutes les qualités dont M. de Montalembért a fait une énumération un peu fastueuse ne sont pas garanties par le certificat de moralité, il est clair que le diplôme de bachelier ne les donne pas; mais elles sont supposées en un certain degré par le certificat de moralité, et dans ce cas je dis que le diplôme de bachelier y ajoute une force nouvelle.
On se fait, Messieurs, une singulière idée d'un surveillant. Tantôt on l'élève beaucoup trop, on en fait presque l'unique instrument d'éducation sur les jeunes gens confiés à ses soins, et c'est une exagération qu'on se permet trèsvolontiers lorsqu'on veut accabler sous cet idéal chimérique les maîtres d'études réels de nos collèges ; mais quand on veut exempter les surveillants des établissements particuliers du baccalauréat ès-lettres, on les abaisse pour les sauver. II semble, en vérité, à entendre certaines personnes, qu'un surveillant est tout simplement un homme qui mène les enfants à la promenade , assiste à leurs récréations, et dans 1$ classe leur dit de se taire lorsqu'ils ont envie de causer. Ce n'est pas cela , Messieurs : un surveillant ne mérite le nom de maître d'études que parce qu'en effet il sert aux études des élèves et contribue à leur instruction. Savez-vous pourquoi le maître d'études est réellement important ? C'est parce qu'il se mêle perpé-
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tuellement à la vie intellectuelle comme à la vie morale des élèves. Il est leur conseiller de tous les instants, le oon*'fident de leurs besoins; il doit pouvoir les aider dans tous leurs travaux. Les plus forts s'en passent; mais les tardifs, mais les faibles, c'est-à-dire la grande majorité, ont recours à lui en mille circonstances pour accomplir moins pénible* ment la tâche que le professeur leur a donnée.
Supposezque le maître d'études n'est pas un peu habile, ni en latin , ni en grec , ni en mathématiques : en quoi peut-il aider les élèves? Ils aspirent au baccalauréat. Si le maître d'études n'est pas lui-même bachelier, il n'est pas en état de leur servir de guide. Or, dès qu'il ne peut pas leur être utile, comme il est bien obligé de s'opposer aux écarts et aux caprices de ces jeunes gens, ils ne le sentent plus que par les endroits fâcheux. Il n'est plus qu'importun ; et il est bientôt ridicule ou odieux. Otez.au maître d'études une instruction un peu élevée, vous le détruisez dans l'esprit des élèves; dès qu'il n'est plus bon qu'à sur-* veiller et à punir, il n'est plus même bon à cela. L'autorité, voilà ce qu'il faut donner à un maître d'études. Sans la moralité, l'autorité serait malfaisante; mais pour qu'elle puisse être salutaire, il faut d'abord qu'elle soit, et son fondement le plus certain, c'est l'idée que le maître d'études est fort supérieur à tous les élèves par ses lumières et son instruction. Les enfants ontun discernement merveilleux de la vraie capacité des maîtres d'études, comme des professeurs. En général, ils se trompent assez peu, et vous le savez, cet âge est sans pitié : il juge assez équitablement, mais impitoyablement.
Tout à l'heure j'entendais de la bouche d'un de nos collègues des phrases qui commencent à devenir à là mode, et dont, en vérité, il est temps de faire justice. Vous venez de l'entendre dire : les professeurs s'adressent
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à Tesprit; le surveillant s'adresse au cœur et à rftme. Je n'admets pas cette anatomie, cette dissection arbitraire de l'enfant ni du jeune homme. C'est un être un, il but 1^ prendre "tout entier, et le saisir par toutes ses fiicultés, ou bien il échappe de toutes parts. Dans une école, il n'y a pas tçi msatre pour l'esprit, tel autre pour le cœur. Le maître d'études doit parler à l'un et à l'autre. Sa mission est. beauconp plus étendue qu'on ne le suppose. Pour la bien remplir, il faut qu'il y apporte des qualités différentes, ici une moralité certifiée par un jury sérieux, là une instruction dont il ait aussi donné des preuves certaines. Or, la mesure connue de l'instruction qu'on doit posséder dans l'instruction secondaire, c'est le diplôme de bachelier è^lettres.
Si le diplôme de bachelier est le garant de l'instruction requise, et si l'instruction importe au plus haut degré au maître d'études pour autoriser ses autres mérites, comment n'exigeriez-vous pas ce diplôme des maîtres d'études des établissements particuliers, aussi bien que des maîtres d'études des établissements publics? Prenez-vous donc moins de souci des uns que des autres? Est-ce là l'intérêt que vous témoignez aux établissements libres, que vous voulez encourager et fortifier ? Si vous souhaitez la concurrence, faites-nous-la bonne, Messieurs, et pour cela combattez-nous avec nos propres armes I
C'est ici le moment de répondre à l'allusion malicieuse de M. le comte de Montalembert, et en même temps aux lieux communs qui se répandent et s'accréditent sur les maîtres d'études de nos collèges. Il importe, dit-on, de les relever; et, en attendant qu'on les relève, on en. fait une peinture qui les avilit, mais qui, grâce à Dieu, ne ressemble nullement à la réalité. D'abord , comme l'a dit M. le ministre de l'instruction publique, il n'y a. pas un