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de nos collées, même communaux, et même de la der* nière classe, où les maîtres d'études ne soient bacheliers ès-lettres. Leur position matérielle est loin d'être brillante ; mais die est honorable et elle est honorée. Ne sont-ils pas monbres de l'université tout comme moi ? Ils font partie d'un corps où la fortune n'est pas comptée, et où règne l'égalité, car on peut dire des membres du conseil ce qu'on disait autrefois des recteurs de l'université de Paris : Ils ne sont que les premiers parmi leurs égaux. Ce sont là, du moins, les maximes dont j'ai été nourri dans l'université impériale, et j'entends bien les conserver toujours. Dans l'intérieur des collèges, les maîtres d'études sont de droit, à défaut d'agrégés, les remplaçants des professeurs malades ou empêchés. Cette fonction, qu'ils ne pourraient pas remplir s'ils n'étaient pas bacheliers, les élève dans l'estime des autres et dans la leur propre. Chaque année, un grand nombre de maîtres d'études se présentent aux concours de l'école normale. Beaucoup sont reçus ; ils passent de là aux concours de l'agrégation et recrutent le corps enseignant. D'autres se présentent directement à l'agrégation. Vous seriez étonnés. Messieurs, si je vous disais combien il y a d'anciens maîtres d'études parmi les professeurs et les proviseurs de nos collèges royaux les plus renommés. M. le comte Beugnot siège à l'Institut auprès de plusieurs hommes éminents qui ont commencé par là leur carrière ^ Que les maîtres d'études dispersés dans nos collèges, auxquels arrivera peut-être ce discours, sachent donc bien qu'ils ont l'honneur d'appartenir à un corps dans lequel, comme dans la France de la révolution et de l'empire , il n'y a point de barrières infranchissables au mérite et à la bonne conduite. Je leur
' M. Naudet et M. Leclerc.
T. II. n.
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en donnerai une dernière et bien forte preuve ; je leur montrerai, au sein même du conseil royal , des hommes qui ont débuté par cette utile et honorable fonction ^
M. le comte de Montalembert a demandé si les frères des écoles chrétiennes, ces hommes si zélés et si modestes, ne seraient pas d'excellents maîtres d'études ; et pourtant, t-t41 dit, ils ne sont pas et ils deviendraient très-difficilement bacheliers. En exigeant donc ce grade , vous empochez les frères des écoles chrétiennes d'aspirer à l'instruction secondaire et d'y rendre, comme maîtres d'études, des services précieux. Il y a ici deux réponses à faire à M. de Montalembert* La première, c'est que les frères des écoles chrétiennes, comme tous les dutred citoyens, peuvent devenir maîtres d'études dans les établissements privés, en satisfaisant aux conditions prescrites par la loi; ils peuvent entrer par là dans l'instruction secondaire, comme ils sont entrés dans l'instruction primaire, en se conformant à la condition du brevet de capacité. Pour la secondé réponse, je l'adresserai non-seulement à M. de Montalembert, mais à tous ceux qui poussent les frères de la doctrine chrétienne vers l'instruction secondaire; je dirai à ces hommes respectables eux-mêmes : Gardez-vous de i^épondre à l'appel imprudent qui vous est fait. Demeurez dans ces modestes écoles où vous faites tant de bien en silence , où vous destinait votre pieux fondateur, où vous attachent de si touchants souvenirs et des espérances certaines.
Les frères de la doctrine chrétienne me connaissent. Aujourd'hui qu'une faveur méritée les environne, ils n'ont peut-être pas oublié celui qui, dans leurs mauvais jours, n'a pas hésité à les couvrir des restes d'une ancienne po-
' Par exemple, M. Saint-Marc Girardin, de l'Académie française, l'un des meiUeurs critiques et des plus beaux esprits de notre temps.
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pularité, qui les a défendus contre le préjugé et la calomnie, qui les a aidés surtout de conseils amis et sévères. Us ont bien youlu suivre ces conseils. Us ont fini par se conformer de grand cœur à cette même loi de 1833 qui d'abord les effrayait. Us ont amélioré leurs méthodes et leurs livres; et les voilà aujourd'hui placés par l'estime publique au premier rang des serviteurs du peuple. Le moment est venu, leur dirai-je, de redouter cet enivrement du succès qui égare toutes les âmes; le moment est venu de rester fidèles à l'humilité y à la charité, à l'obscurité. On sert aussi bien Dieu et les hommes dans une petite école que dans une grande. Vous avez tout ce qu'il but pour faire du bien dans l'instruction du peuple; et il n'est pas certain que vous ayez jamais ce qu'il faut pour réussir dans l'instruction secondaire. L'avenir de tout ordre , religieux ou civil, est écrit dans. son passé. Soyez toujours ce que vous fûtes et ce que vous êtes. Préservez-vous des tentations de l'ambition qui se cachent quelquefois sous les mouvements du zèle le plus sincère. Surtout fuyez les conseils de ces esprits remuants qui , au xix® siècle, ont une si merveilleuse intelligence de la cause de la religion qu'ils la confondent avec celle des jésuites.
Excusez cet écart où m'a entraîné à sa suite M. de Montalembert. Je reviens à l'article en discussion. Pour dire toute ma pensée, tout en reconnaissant la nécessité du diplôme de bachelier pour les maîtres d'études des établissements libres, j'avoue que cette condition nouvelle, nécessaire en elle-même, pourra paraître dure à certains établissements. M. le ministre de l'instruction publique a déclaré qu'il consentait à convertir le délai de trois ans en cinq ans ; mais ce n'est pas là adoucir une condition , c'est la détruire. Un délai de cinq ans , et en France I Sachez bien que toutes les fois que l'on vous demandera un délai de
cinq ans pour se conformer à une condition quelconque, c'est qu'au fond on ne veut pas de cette condition, et qu'au lieu de l'attaquer directement, on remet au temps le soin de la faire évanouir. Mais voici l'adoucissement que j'improvise et que je soumets à la chambre. Peut-être que la chambre ne l'adoptera pas; mais il m'est suggéré par un esprit de conciliation. Ceux qui tout à l'heure repoussaient la distinction des pensions et des institutions, en reconnaîtront l'utilité dans le cas présent.
Je propose de maintenir la condition du baccalauréat èslettres obligatoire pour les maîtres d'études des institutions, sauf le délai de trois ans. Car les institutions donnent un enseignement assez élevé ; d'ordinaire les élèves s'y préparent au baccalauréat ; il est donc bon que les maîtres d'études qui assistent les élèves qui se préparent à ce grade en soient eux-mêmes pourvus. Mais les pensions ne préparent pas au baccalauréat. Quand donc les surveillants de ces modestes établissements ne seraient pas bacheliers et ne posséderaient que le certificat de moralité, peut-être n'y aurait-il pas grand mal à cela. La loi aurait déjà rendu un immense service, et montré une sévérité suffisante, en exigeant le grade de bachelier pour les maîtres d'études des institutions. Les pensions resteraient à cet égard dans l'état où elles sont. Elles seraient d'ailleurs singulièrement améliorées par un côté très-important, la nécessité pour tous leurs surveillants d'obtenir le redoutable brevet de moralité établi par votre commission.
Ce n'est pas un amendement que je propose ; ce sont des observations que je soumets à la commission elle-même et à la chambre. Si elles trouvaient quelque faveur, j'y insisterais davantage et les convertirais en un amendement. (Appuyé !)
J'évite autant que je le puis de contrarier M. le
MS HAITRES D'ÉTUDES. 193
ministre de Tinstructioii publique; je m'y applique même. Mais il m'est réellement bien difficile d'abandonner les (dliservations que j'ai présentées à la chambre et qui ont paru agréer à plusieurs de mes collègues, d'autant plus que je n'ai pas vu qu'il y ait été répondu.
D'abord les espèces d'examens que M. le ministre a rappelés , et que l'on faisait, subir autrefois aux candidats pour le titre de maître de pension
M. LE MINISTRE. De simples répétiteurs.
M. Cousm. Sans doute ; j'ai voulu dire les candidats au titre, non de maîtres de pension, mais de simples répétiteurs; car c'est la fonction analogue à celle dont nous nous occupons ; ces examens-là n'existent plus. Ils ont été employés autrefois, mais ni M. le ministre ni moi n'en pouvons avoir qu'une mémoire bien confuse, car ni lui ni moi nous ne les avons jamais fait exécuter, ni nos prédécesseurs non plus. Mais je crois bien qu'en .effet il y a eu dans le temps, il y a vingt-cinq ou trente ans, quelque chose de semblable à cela.
Il n'est pas non plus exact de dire, comme on l'a fait, que la chambre supprimerait par là une condition utile. Vous n'avez pas de condition à supprimer, car la condition dont il s'agit n'existe pas. Vous avez à juger cette question : imposerez-vous ou n'imposerez-vous pas une condition nouvelle, et la même condition, aux maîtres d'études des institutions et à ceux des pensions? Quand vous imposeriez aux uns des conditions que vous n'imposez pas aux autres, encore une fois vous ne supprimez rien ; vous instituez une condition nouvelle, et vous ne l'appliquez pas tout d'abord à deux sortes d'établissements tr^-différents.
Remarquez que vous avez mis une grande différence entre les institutions et les pensions ; car les chefs d'institution doivent avoir , outre le brevet de capacité , les
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deux grades de bachelier ès-lettres et da bachelier ès-scienees. Mais le maître de pension ne doit avoir que le grade de bachelier ès*lettres. Vous avez donc mis entre eux une grande différence. Et vous n'en mettriez aucune entre les maîtres d'études de ces deux sortes d'établissements I Cependant) les maîtres d'études des institutions doivent posséder une instruction plus élevée.
Une autre raison encore. Il est essentiel, et ici je ne serai pas contredit par M. le ministre de l'instruction publique, il est essentiel de laisser une différence entre le maître de pension et son subordonné, qui n'est pas même répétiteur en titre, qui n'est que surveillant. Gomment exigeriez«vous d'un simple surveillant le même grade que du directeur de l'établissement dans lequel il est einployé? Vous ne demandez au maître de pension, en &it de grade, que d'être bachelier ; et à son surveillant vous lui demanderez aussi d'être bachelier I En vérité, cette condition est bien sévère, et j'avoue que je préférerais en exempter les surveillants des pensions plutôt que de renvoyer les surveillants des pensions et ceux des institutions tous à la fois k cinq années, c'est-à-dire à l'inconnu.
Môme sujet : Des surveillants dans les pensions.
M. Cousin. J'avais présenté la dernière fois plutôt des observations qu'un amendement ; c'est la chambre qui, en les accueillant avec quelque faveur, m'a enhardi à les convertir en amendement. Si la chambre abandonne aujourd'hui une opinion qui avant-hier avait paru lui agréer, il faudra bien que je fasse comme elle. Mais si elle veut bien
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rester fiddieà elle-même, je ne demande pas mieux que de la suivre, et de défendre jusqu'au bout un amendement juste et raisonnable.
Commençons par renfermer la question en ses limites ; autrement si vous les a^andissez comme on vient de le foire, à l'oooasion des surveillants d'institution et de pension, nous finirons par agiter toutes les grandes questions sociales, et, par exemple, les fondements de la liberté de la presse, ce qui pourrait nous mener loin. Restons dons dans la question sérieuse, mais bornée, qui nous occupe ; laissons là les maïimes générales dont le moindre inconvénient serait de ne nous servir à rien. Et moi aussi j'ai établi contre M. de Montalembert qu'en général tout éta* blissement où la jeunesse est élevée devait avoir pour ma!-* très d'études des hommes possédant au moins l'instruction qu'ils contribuent à donner en une certaine mesure, et ayant justifié de cette instruction par l'épreuve qu'on appelle le baccalauréat ès-lettres. Tout cela est terminé : le point en délibération est celui-ci : faut-il demander aux surveillants employés dans les pensions le même grade qu'aux surveillants des institutions? Or, là-dessus, je réponds non.
Je dis que, de deux choses l'une : ou votre distinction des pensions et des institutions est vaine, ou il faut la représenter autre part que dans les grades différents que vous exigez des directeurs de ces deux ordres d'établissement. Il serait étrange que cette distinction entrainât une différence entre les grades des directeurs, et qu'elle n'en entrainât aucune entre les conditions, non pas de moralité, car évidemment la moralité doit être partout égale, mais d'instruction, d'instruction littéraire et scientifique, qui peuvent être imposées aux maîtres d'études de deux classes d'établissements aussi dis8emblêd)les ? Je ne peux pas
comprendre comment une distinction serait si considérable en théorie, et presque nulle dans l'application.
J'irai plus loin. Je ne suis pas extrêmement touché des craintes exprimées par mon honorable ami M. le comte Pelet, sur l'embarras que cette loi donnera aux Montesquieu futurs qui en rechercheront le véritable esprit. Je ne sais pas si la postérité s'en occupera beaucoup; mais il me semble qu'en effet l'esprit de l'article sur lequel nous délibérons est un peu équivoque. J'en ferai juge M. le duc de Broglie lui-môme.
De quelque côté qu'on envisage la proposition du gou» vernement et de la commission, on la trouve, selon moi, médiocrement bonne pour la liberté, et encore moins pour l'ordre; de sorte qu'il est bien difficile d'en être satisfait.
Je n'admets pas, et je supplie M. le rapporteur de ne pas admettre plus que moi, le délai de cinq ans pour les surveillants des institutions. Recberche-t-on le meilleur ordre, la bonne tenue, la force des établissements d'instruction publique? Il ne faut pas admettre un tel délai; car d'abord, comme je l'ai déjà dit, une condition qui a cinq ans devant elle pour devenir obligatoire, est à peu prés nulle. De plus la condition exigée est excellente pour les institutions, elle elle est nécessaire; et le délai de trois ans, accordé par le projet ministériel, est bien suffisant. Comment donc le ministre abandonne-t-il son propre projet? Il a demandé un simple délai de trois ans, parce qu'il a bien senti que, dans les institutions, dont quelques-unes sont de plein exercice, il fallait avoir, le plus tôt possible, des maîtres d'études capables. Comment le maître d'études aidera-t-il les élèves dans les travaux divers qui leur sont donnés par les professeurs, s'il n'est que leur égal en ignorance, s'il est même inférieur aux
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bons élèves en instruction? Ils se préparent au baccalauréat, et lui ne peut les guider dans la route qu'ils doivent prendre puisqu'il jie l'a pas suivie, puisqu'il n'est pas arrivé au but. Si donc vous souhaitez de sérieuses et de fortes institutions libres de plein exercice, il faut, le plus tôt possible, que ces institutions aient pour surveillants et pour maîtres d'études des bacheliers. Et là-dessus j'ai la confiance que M. le rapporteur sera de mon avis. Trois ans est un délai très-convenable. Ne le prolongez pas; et je supplie M. le ministre de l'instruction publique de faire ici ce qu'il a déjà fait plus d'une fois, de ne pas s'abandonner lui-même, de maintenir son projet, et de le défendre, avec moi, contre un délai excessif qui abolirait, en la renvoyant à un avenir incertain, une condition fondée en raison, et qui donne aux institutions libres la force et la dignité dont elles ont besoin.
Mais si, comme ami de l'ordre et des solides études, j'insiste pour que le délai de trois ans ne soit pas étendu en faveur des surveillants des institutions, il n'en est plus ainsi pour les surveillants des pensions ; et après avoir été assez sévère pour les uns , j'avoue que je suis tenté d'être assez indulgent pour les autres. Les pensions, comme Ta très-bien dit M. le rapporteur, qui sait tous les faits, les petits comme les grands, et aussi exactement que s'il avait rempli les humbles fonctions qui nous sont confiées à nous autres membres du conseil de l'université, ces pensions ont la plupart fort peu d'élèves. Sur neuf cents, il y en a sept cents à peu près qui ont une vingtaine d'élèves. Le surveillant s'y confond, a dit M. de Broglie, avec le maître qui donne les leçons ; peut-être serait-il encore plus vrai de dire que celui qui donne les leçons s'y confond avec le surveillant. Souvent il n'y a pas de maître; il n'y a audessous du maître de pension que de simples surveillants.
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On eomprendy en effet, que, dans une petite pension qui ne peut et qui ne doit pas conduire le très-petit nombre d'enfants qu'elle garde pendant quelques années , au delà des classés de grammaire et de trôs-faibles commencements d'humanités, l'homme important, l'homme qui est tout, c'est le maître de pension lui-môme. Que la chambre se rende bien compte de la manière dont les choses se passent, et nécessairement, dans une pension qui a une yingtaine d'élèves. Le m^aitre de pension est lui-même bachelier ès-lettres, et il devra justifier du brevet de capacité. Il est donc le véritable instituteur ; son gouvernement n'étant pas fort étendu, il y suffit de reste; il administre et il professe ; il fait le plus d'économies qu'il peut, et ce qu'il peut faire lui-même, il ne le confie à personne. Il a à côté de lui ou sous lui, pour les détails matériels, un pauvre surveillant, qui n'est assurément pas un domestique, je suis bien loin de le dire, mais un homme qui donne peu ou pas de leçons; c'est ici que le nom de surveillant est parfaitement exact. Le maître, le professeur, rhomme des études, c'est le directeur. Il faut avoir vu de près l'intérieur d'une petite pension, pour savoir ce que c'est que ce pauvre diable qu'on appelle un surveillant. Croyez-moi, c'est déjà beaucoup d'imposer au maitre de pension, outre le grade de bachelier, le brevet nouveau et difficile de capacité. N'employez pas à l'endroit de si humbles établissements de trop grosses machines. Nul ne pourra être maitre de pension sans avoir conquis dans un examen public et redoutable le brevet de capacité. Si vous exigez encore que les surveillants soient tous bacheliers, vous passez la juste limite ; votre rigueur est excessive.
D'ailleurs vous n'affaiblirez point par ce sage tempérament le régime actuel, car il n'y a aujourd'hui aucune condition de grade pour les surveillants des pensions. Songez
DfeS MAITRES D'ilTTDES. 189
que TOUS aurez déjà singulièrement relevé rinstfuetion libre par cette innovation grave de la condition du baccalauréat ès-leltres pour les surveillants des institutions. On ne &it pas tout à la fois. Messieurs. Vous avez considéra* blement fortifié les institutions. Quant aux pensions, je vous le répète, c'est beaucoup d'avoir ajouté au grade le certificat de capacité pour le directeur, qui est le véritable maître dans les petites écoles ; restez-en là.
Cependant, comme je n'entends montrer ici aucune obstination, si M. le duc de Broglie trouvait qu'entre trois ans et rien il y a trop de distance, eh bien, dans un esprit de conciliation, je proposerai un sous^^mendement à mon amendement : je proposerai trois ans pour les institutions et cinq ans pour les pensions.
M. LE MINISTRE DE L'iNSTUGTION PUBLIQUE. Cela eSt
accepté.
M. Cousin. Je suis charmé que M. le ministre adhère à mon futur amendement. C'est déjà quelque chose. Mais j'aimerais mieux qu'il n'y eût aucune condition de baccalauréat pour les surveillants des pensions. Je tache, pour mon compte, de me défendre de tout entêtement systématique. Si M. le duc de Broglie ne m'a pas convaincu , il m'impose, et pourvu qu'il n'y ait point ici une injustice manifeste, à savoir, une même condition pour des choses différentes, je me tiendrai pour satisfait. Je désire bien sérieusement qu'il y ait dans cette chambre une majorité pour repousser toute condition de grade pour les surveillants des pensions ; mais si, comme j'y suis accoutumé, je suis battu sur ce point comme sur bien d'autres, je ferai ma retraite dans la différence de trois à cinq ans pour les surveillants des institutions et ceux des pensions.
En vérité, nous tombons dans les infiniment petits ^ dans des innovations un peu trop subtiles; par
exemple un certificat d'études complètes qui n'est pas le baccalauréat, sans qu'on di^ en quoi il en différera précisément, ni par qui il sera délivré, ni par qui contrôlé, par l'université ou par un pouvoir étranger. Nous arrivons au chimérique ou à l'impossible. Il n'y a rien de pratique dans tout cela. Il n'y a que deux partis sérieux : la proposition du ministère et de la commission et la nôtre. Le projet ministériel et celui de la commission s'expriment ainsi : « Nul ne pourra être surveillant dans une pension sans être bachelier. y> Nous combattons cette proposition ; nous la trouvons excessive. Remarquez que la loi ne distingue pas entre les grandes et les petites pensions. M. de Broglie a dit que les petites pensions ne sont pas en cause : elles ne le sont plus dans ses paroles, et je l'en remercie, mais elles le sont encore dans la loi. La loi tombe sur le plus humble surveillant de la plus humble pension, comme sur le maître d'études de la plus grande; cela n'est point juste. Mon amendement demande la suppression de la condition du baccalauréat pour les surveillants des pensions. Votons d'abord sur cet amendement, qui est le plus éloigné de l'article du ministère et de la commission. Quand le sort de cet amendement sera décidé, si, contre mon espérance, et surtout contre mon désir, il était rejeté, alors je proposerai le sous-amendement que j'ai annoncé. Mais vidons d'abord l'amendement principal. [L'amendement est adopté.)
Des certificats d'études.
M. Cousin. Vous avez entendu les deux interpellations directes et personnelles de M. le comte de Montalembert,
DBS GERTinCATS D'ÉTUDES. 201
Tune qui s'adressait à mon expérience, et ici, à la rigueur, je pourrais m'd)stenir de répondre; la seconde, qui a l'air de s'adresser à ma loyauté, et il faut ici que la cham* bre m'ordonne de me taire pour que je ne parle pas.
D'abord M. de Montalembert m'a demandé si moi, auteur du règlement de la licence ôs-lettres, et qui dois bien le connaître, moi qui même l'ai appliqué dans une ciroonstanee récente qu'il a rappelée , je ne trouvais pas, la main sur la conscience, ce grade-là beaucoup trop élevé pour être exigé de ceux qui, dans les institutions libres de plein exercice, seront chargés des classes supérieures. Telle est la première question qifil m'a adressée.
La seconde est celle-ci: Ai*je oublié que, dans un ouvrage sur l'instruction secondaire en Prusse, j'ai moimême déclaré que les certificats d'études sont inutiles?
Sur la première question, je réponds : Mon expérience, la raison, la justice, me disent qa'on ne peut délier quiconque veut enseigner les classes supérieures dans une institution de plein exercice de l'obligation d'être licencié ès-lettres. Pourquoi? Je ne veux pas être long; mais, au risque d'ennuyer M. de Montalembert, je serai forcé d'être un peu technique pour le satisfaire entièrement. Pourquoi la licence ès-lettres est-elle une obligation pour un professeur des classes supérieures? par cette raison péremptoire que la licence représente précisément ce qu'il faut enseigner dans les classes supérieures, et par conséquent ce qu'on doit savoir soi-même pour l'enseigner aux autres.
M. le comte de Montalembert vous a fait un étalage redoutable des auteurs grecs et latins sur lesquels on interrogeait les candidats à la licence. 11 nous a fait peur de cette composition latine et de cette composition française qu'on
20C SESSION M 1844. «^ SÉAMCE W 14 MAI.
exige. U nous a même lu le terrible programme du dénier sujet de composition française donné à la faculté des lettres de Paris. Ce sujet invite les candidats à s'expliquer sur un point d'histoire littéraire du xvi' siècle. La chambre n'en a pas paru fort épouvantée. C'est que M. de Montalembert nous a ménagés ; il aurait pu invoquer des prescriptions plus effrayantes encore, et que je prends sur moi de rappeler : ce sont , outre les deux compositions latine et française, un thème grec et une pièce de vers latins. Voilà qui est horrible en vérité ! Mais pourtant cela parait assez nécessaire pour prouver qu'on est capable d'enseigner le grec, la composition française et latine et les vers latins. N'est-il pas nécessaire que qui veut professer tout cela chaque jour, montre au moins une fois dans sa vie qu'il n'est pas incapable de le faire ? Ou M. le comte de Montalembert a oublié sa rhétorique et il se la figure tout autre qu'dle n'est , ou bien il doit convenir que le grade de licencié es* lettres correspond à l'instruction variée et élevée que suppose cet enseignement.
M. le comte de Montalembert a fait divwses excursions dans le domaine de l'instruction publique, et, pour obéir à M. le chancelier, je ne dois pas le suivre ; je ne dois répondre qu'à ce qui m'est personnel. 11 a dit que j'étais l'inventeur du règlement de la licence, et que ce règlement était tel que des professeurs, à lui connus, lui avaient affirmé qu'il était plus facile d'obtenir le grade de docteur et d'agrégé que celui de licencié. Messieurs, si ces professeurs, que connaît M. de Montalembert, ont trouvé le secret d'être plus aisément agrégés que d'être licenciés , ils ont résolu un problème assez difficile , et je leur conseille de publier leur secret ; il sera bien commode à beaucoup de candidats. Mais ce sont là de
1» CBRIVIGàTS D'ÉTUDES. 108
pures illosioiis. L'a^gation des classes supérieures des lettres est une épreuve incomparablement plus rude que la licence ôs<4ettreSy car elle suppose la licence, die renferme tout ce que renferme la Ucenoe, et beaucoup d'autres choses encore dont je fais grâce à M. de Montalembert et à la chambre.
Je suis auteur du règlement de licence, cela est vrai ; mais je n'ai ajouté aucune épreuve nouvelle» comme parait le croire le spirituel préopinant. Je n'ai &it autre chose que de mettre ensemble des dispositions préexistantes et de les coordonner entre elles. M. le ministre de l'instruction publique peut me donner à cet égard un certificat d'entière innocence ; je n'ai rien inventé» rien exagéré. Tai confirmé et régularisé ce qui était, et rien de plus ^
Mais j'ai à répondre à une autre interpellation p^raonneile aussi, et tout autrement grave : « Voilà un oommenonnent de tyrannie dans les certificats d'études ! Et vous (on a bien voulu me rendre cette justice), vous qui avez toujours aimé la liberté, vous qui avez déclaré que le certificat d'études n'était pas rigoureusement nécessaire, comment pouvez-vous aujourd'hui accepter cette condition ?»
Messieurs, ma réponse sera loyale et triste.
Oui, dans un rapport sur l'instruction secondaire dans le royaume de Prusse, où il n'y a pas de certificats d'études, i proprement parler, j'ai dit qu'en France je n'en voyais pas beaucoup la nécessité ; je l'ai dit , cela est vrai ^. J'ai fait plus , et je me dénouée moi-même à M. de Montalembert : en 1840, j'ai préparé, rédigé, imprimé un projet de loi; lisez-le, vous n'y trouverez pas de
' Voyez 1. 1", p. 321.
' De rinstruction publique en Allemagne, t. U, p. S69. .
2M SESSlOn M 1844. •— SÉANCE MJ 14 HAÏ.
certificat d'étades ^ Ainsi, deux fois dans ma vie , en 1840 y quand j'avais le droit de proposer des lois, et auparavant , qiiand j'exposais mon opinion sur la question du certificat d'études , j'ai été peu favorable à cette mesure, sur laquelle il y a beaucoup de choses à dire pour et contre, même au point de vue scolastique. M. Persil a donné de fort bonnes raisons pour; je pourrais peutêtre donner aussi d'assez bonnes raisons contre. M. Guizet lui-même, en 1836, après de longues et sérieuses délibérations , auxquelles j'ai pris part ftinsi que M. Yillemain , a supprimé le certificat d'études. Eh bienf, si nous étions encore en 1836 et en 1840, M. Guizot et moi, nous ferions encore ce que nous avons fait alors ; et pour moi je suis loin de le désavouer aujourd'hui. Qui me fera donc voter, à l'heure qu'il est, pour le certificat d'études? Qui? Vous et vos amis, comte de Montalembert (mmvemefU)^ vous qui, avec les meilleures intentions du monde, croyant servir la religion et la liberté, avez essayé de remettre en honneur et d'élever sur nos têtes une congrégation détestée, et qui avez par là semé des alarmes dans (e pays.
En vérité, ce serait une niaiserie à me faire renvoyer sur les bancs du collège, si je venais ici, en vertu d'un principe théorique, nier la nécessité d'empêcher un très-grand mal , d'empêcher qu'une partie de la jeunesse française aille étudier dans des établissements étrangers et suspects à bon droit, pour nous rapporter des doctrines subversives de notre ordre constitutionnel sous la contrebande du baccalauréat ès-lettres. (Très-bien ! )
Nous sommes des hommes pratiques, et, je le déclare, je suis , mais à regret, et c'est vous qui m'y forcez, oui , je suis aujourd'hui pour le certificat d'études.
* Voyez t. !•', p. 265.