‹ Œuvres de M. Victor Cousin: 5. sér. Instruction publique (volume 2)Chapitre 8 sur 44 · DES AGKÉGÉS DE FACULTÉS · texte numérisé non relu

DES AGKÉGÉS DE FACULTÉS

professeurs de faire partie de Texamen ; mais alors on aurait réduit la faculté à un trop petit nombre de membres. Il est étrange de diminuer le nombre des membres des facultés aujnoment môme où vous voulez supprimer toutes les commissions d'examen.

Cette suppression absolue sera un grand mal. Il y a mille objections à faire au point de vue pratique. L'honorable M. de Daunant vous a présenté tout d'abord l'objection la plus considérable, fondée à la fois sur l'intérêt des familles et sur l'intérêt des études. Si vous voulez n'avoir [dus d'examen de baccalauréat ès-lettres que dans les facultés, vous multiplierez les facultés » ce qui les avilira, leur 6iera toute autorité et toute utilité, ou bien vous verrez des jeunes gens traverser quelquefois six ou huit départements pour aller chercher au loin une faculté qui les examine, et je vous laisse à penser quels dommages de tout genre ce dernier parti apporterait aux familles.

U ne faut pas croire que l'homme éminent, M. Royer- Collard, qui, en 1816, a diminué le nombre des facultés des lettres, ait pris cette mesure, comme l'a dit M. le rapporteur, par une pure économie. L'économie a pu être un des motifs, mais elle n'a pas été le fond»mwt de cette décision. L'expérience avait prouvé qu'il n'était pas possible de multiplier les facultés sans mettre en pérÛ leur haute mission, qui est l'enseignement approfondi des sciences. Ce n'est rien de créer des facultés, il faut les faire grandes et fortes. Les éparpiller, c'est les annuler. Le principe incontestable en celte matière , permettez-moi de vous le rappeler, c'est un petit nombre de grands foyers d'études , qui aient des professeurs éminents et beaucoup d'élèves. Multipliez les facultés , vous abaissez l'enseignement et vous diminuez le nombre des élèves. Cette vérité est tellement élémentaire, telle-

mient évidente, que je m'étonne qu'elle n'dit pas frappé et arrêté votre commission. Voulez-vous donc renouveler les universités de Valence et d'Orange ? Il vous plaira de créer une faculté dans telle ville que je ncwveux pas nommer, qui est une ville très -respectable. Fort bien ; il suffit pour cela d'une allocation au budget; mais il n'y a qu'un malheur, c'est que les grands professeurs, qui sont la vie d'une faculté, vous manqueront ; et puis il n'y viendra pas d'élèves, il faudra mettre les cours le soir, afin d'attirer le^dames et un certain nombre d'honnêtes oi* sife qui viendront y chercher un délassement aux travaux de la journée. C'est là, Messieurs, une faculté d'agrément, c'est une sorte d'athénée oii un bénévole auditoire vient écouter un frivole enseignement. Ce n'est point la une institution sérieuse où se forme et s'élève la jeunesse d'un grand peuple.

Sans doute, on peut et on doit augmenter peu à peu le nombre des facultés, mais dans une certaine mesure. La règle est simple ; je l'ai souvent rappelée ' : partout où il y a une faculté de médecine ou une faculté de droit , on peut mettre une faculté des lettres et une faculté des sciences, mais pas ailleurs. Et quand M. le ministre dit qu'on donnera un délai, cette réserve est insuffisante; car si on donne un délai de trois ans , même de cinq ans, même de vingt , est-ce que M. le ministre de l'instruction publique pourra créer en ce temps-là vingt-cinq facultés des lettres en France? Je garantis qu'il ne le fera pas , moi qui connais sa capacité et la sagesse du conseil ; oui , j'affirme qu'il ne le fera pas.

' Partout dans mes écrits. Voyez, par exemple, le Rapport sur l'Instruction publique en Allemagne, t. \^f, p. 118-119; Und,, p. 175; de VInstruction publique en Hollande, p. 216, etc.; enfin W tome prérédeni, p. 329, etc.

Page 1