‹ Œuvres de M. Victor CousinChapitre 33 sur 63 · INÉDITS · texte numérisé non relu

INÉDITS

SUH no M A T.

Domat est, par excellence, notre jurisconsulte philosophe. Cujas habite en quelque sorte avec Tantiquité romaine : ce qui l'occupe, c'est l'iMit du préleur, la roslilu- ' tion et rinterprétation h^gitime du tcvle authentique. Dumoulin s'enfonce dans les coutum(îs et le droit canon, pour y disputer la raison et l'équité A la barbarie qui l'enveloppe, lui-inôme. Domat a tnivaillé pour la socién'nouvelle que Richelieu et Louis XTV tirai«'nt peu à peu du chaos du moyen âge. C'est au profit du présent i\n\\ interroge le passé, les lois romaines et les coutumes, les soumettant les unes et les autns au\ principes éternels de la justicci et à Tesprit du christianisme. Il est incomparablement le plus grand jurisconsidte du dix-septième siècle; il a inspiré et prescjue formé d'Aguesseau; il a quelquefois prévenu Montesquieu, et frayé la route à cette réforme générale des lois entreprise i)ar la révolution française et réalisée par rempire. Jjps loin civilfs tlam leur ordre naturel sont commet la préface du code

Napoléon. La même législation pour la même soei^, sur le fondement immuable de la justice et i la lamièrc de cette grande philosophie qu'on appelle le christianisme, tel est Tobjet de Touvrage de Domat. Sa méthode est celle de la géométrie. Gomme la plupart de SOS amis de Port-Royal et à Texemple de Pascal, Domat avait étudié avec succès les mathématiques; il en transporta les habitudes dans la composition des Lois citiU». Il y part des maximes les plus générales pour arriver, de degré en degré et par un enchaînement rigoureux et lumineux, aux dispositions les plus particulières, imprimant ainsi à tous les détails des lois la grandeur de leurs premiers principes, et à Tédifice entier une simplicité austère et majestneus(\ Le style de Domat n*est point, il est vrai, du premier ordre : il n'a ni Ténergie passionnée du style de l^ascal , ni ces traits de grandeur qui éclatent de loin en loin dans la diction abondante et un peu diffuse d'Amaiild; il na pas non plus rélégance et Taménité répandue dans les Essais de Nicole; mais il possède au moins les qualités essentielles de la belle prose du dix-septième siècle, le naturel, la correction, la clarté. Tordre, la gravité.

A ces titres divers le nom de Domat est illustre, mais sa vie (>st très-peu connue. Tandis que l'on compte plusieurs biographies étendues et savantes de Gujas, qui assuH'ment mérite bien (;et honneur, tandis que les éloges el les notices historiques s'accumulent chaque jour sur b liiémoire de Pothier, à peine quelques pages obscures onl-elles été accordées à Domat, et nous en sommes encore à ces belles paroles tant de fois répétéess de d'Aguer seau, dans ses instructions à son fils sur l'étude de la jurisprudence [OEuvres de d*ÀgnesseaUy t. I. p. 273.): a Personne n'a mieux approfondi que cet auteur le véritable principe des lois, et ne l'a expliqué d'une manière

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plus (ligne d'un philosophe, d*un jurisconsulte et d'un chrétien. Après avoir remonté jusqu'au premier principe, il descend jusqu'aux <l(Tnières conséquences. Il les développe dans un ordre [tresquo géométrique : touti's les différent(3S espèci^s de lois y sont détaillées avec les caractères qui les distinguent. C'est h plan général de kl société civile le mieux fait et le plus achevé qui ait jamais paru , et je l'ai toujours regardé cx)mn)e un ouvrage précieux que j'ai vu croître et presque naître entre mes mains par l'amitié que Tauteur avait pour moi. Vous devez vous estimer heureux, mon cher fils, de trouver cet ouvrage fait avant que vous entriez dans Tétude de la jurisprudence. Vous y apporterez un esprit non-seultv ment de jurisconsulte mais d(.^ législateur, si vous le lisez avec Tatlention qu'il mérite; et vous serez en état, par les principes qu'il vous donnera, de démêler de vousmême, dans toutes lois que vous lirez, ce qui ap[mrtient à la justice naturelle et immuable de ce qui n'ast que l'ouvrage d'une volonté positive vi arbitraire, de ne vous point laisser éblouir par les subtilités (|ui sont souvent répandues dans les juris(*onsidtes romains, et de puis4T avec sûreté dans ce trésor d(^ la raison humaine, et du

sens commun » Et ailleurs (p. 275) : (c Vous serez

en état, après cela, de commencer à lire les Instituis de Justinien ; et , quoique l'ordre n'en soit pas vicieux , vous souhaiterez néanmoins plus d'une fois qu'il eilt pu è\iv tracé par M. Domat au lieu de l'être par M. Tril)onien. »

On connaît aussi la letlre de Boile^u à Bn»sselie, où il appelle Domat le restau mteur df la raiaon dans la jurisprudence [OEiirres de Hoileau^ édil. do Sainl-Snrin, 1. IV, p. 515).

Après ces hommages rendus à Domal par le poêle de la raison et par l'illustre autiiur i\o<> ordonnances Ai* 1731 et m y

de 1735, nous rencontrons, parmi les Additions de Ferriôre A la nouvelle édition des Vies des plus célèbres jurisconsultes de Taisant (Paris 1737, p. 634-38), une nolici* biographique fort courte, mais puisée à de bonnes sourct's qui ne sont pas indiquées. Torrasson en a tiré la pagp unique qu'il accorde à Domat dans Thistoire de la jurisprudence romaine (Paris 1740, p. 482). Les deux derniers éditeurs de Domat, M. Carré (r* édition in-8^ Paris, 1822) et M. Rémy (Paris, 1835), ont été encore plus bref> que Terrasson ; ils déclarent Tun et Tautre que c'est danf ans oucragefi qu'il faut chercher Domaty car ik sant^ pour awKi (lirCf sa rie entii^re *. Eniin, la Biographie uniw- S(»lle (article Domat par M. Bernardi) est, s'il est possible, plus vide encore de tout renseignement historique.

Par une sorte de compensation , un article de celle mAme Biographie universelle sur Prévost de la Jannès nous appri'nd que ce maître et prédi^esseur de Pothi»^ à ri-niversilé d'Orléans, qui s'était formé lui-même à la grande Jurisprudence dans les t^rits de Domat, avait laiss** manuscrite « une Histoire de la vie et des ouvrages dr Jean Domat, (|u*en 1742 il était dans l'intention tl-* publier. Mais l'impression épmuva divers obstacles, donl le principal était ropjK)silion du censiMir royal Hardioiu qui, taxant, on ni* sait tn^p sur quel fondement, Touvrago de jansénisme, exigeait de nombreus^^ corrections qui Teussent détigun», et par-dessus tout le retranchement absolu de tout ce qui, dans cet r»orit, avait trait à Pascal, compatriote et ami de Domat. Cet éloge, réuni a deux ouvmges intMits dt» Prévost, faisait |)arlie de la bibliothè-

• M. Canro, Sotice sur Domat^ p. l. M. Rémy (p. 1), répète celJo phrase « CVst donc soiiU»nu»nl dans st^s ouvrages qu*i! fcul «• "hiMohiT tout iMilior. »«

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que publique de la ville d'Orléans. Ce recueil, indiqué au catalogue de 1777 par D. Fabre, a disparu, ainsi qiie plusieurs autres, lors du désordre momentané qui exista dans cet établissement à l'époque des troubles révolutionnaires. » L'éloquent et savant éditeur de Pothier, M. Dupin, dans sa dissertation sur la vie et les ouvrages de ce célèbre jurisconsulte [OEuvres de Pothier y Paris, 1824, tome V\ p. 89), après avoir cité ce passage curieux de la Biographie universelle, remarque qu'il est commode de tout rejeter sur les troubles révolutionnaires. c( Sans disputer, dit-il, sur l'époque où cet enlèvement d'un manuscrit sUspect di; jansénisme a pu avoir lieu, je crois qu'on peut assurer quo cet enlèvement a eu lieu avec discernement par un dn ceux à qui l'ouvrage avait déplu, et qui voyaient dans l'abolition de l'ancienne censure l'anéantissement di» l'obstacle apporté jusque-là à la publication du manuscrit. ts fècit cui prodest, »

Nous n'avons point retrouvé l'écrit si regrettable de Prévost de la Jannès; mais nous sommes à peu près certain de connaître et de posséder la source à laquelle i^ avait puisé lui-même les documents authentiques dont i^ avait pu se servir. Dans le manuscrit de la Bibliothr^quc royale, f^pplémeM français^ n" 1485, qui contient les Mémoires de Marguerite Périer sur sa famille et sur les amis de sa famille, avec une foule de lettres et de pièces de toute sorte, nous trouvons (p. 268) un écrit intitulé : Mémoire pour sertir à lliistoire de la rie de M. Bornai, atocat du roi au présidial de Clermont en Auvergne. Ce mémoire ne paraît pas de la main de Marguerite Périer, puis(|u'elle y est citée, mais il a été composé évidemmi?ni sur des renseignements fournis par elle. H est plus étendu (pie l'article de Ferrière, et c'est la source première et parfaitement sAre de tout ce qui a été écrit sur Domat;

car Marguerite Périer Favait longtemps connu à Paris et ù Clermont, à différentes époques; elle partageait ses opinions, elle avait vécu dans le même parti et avait été mêlée à toute sa vie. Plusieurs écrivains jansénistes, par exemple Tauteur du Recueil de plusieurs pièces pour servir à rhistoire de Port-Royal (Utrecht, 1740) et celui da Supplément au Nécrologe de Port-Royal (P® partie, 1735), ont eu connaissance de ce mémoire. Prévost de la Jaimès, qui était imbu de Tesprit de Domat, et qui, conune Pothier, était lié au parti janséniste, l'avait eu probablenoent sous les yeux, ainsi que les pièces qui raccompagnent, c'est-à-dire plusieurs lettres inédites, les seules de Domat qui soient venues jusqu'à nous, et des Pensées ou trouvées dans ses papiers après sa mort ou recueillies dans sa conversation et qui portent un caractère manifeste d'authenticité. Nous publierons ici intégralement le mémoire, en y joignant divers morceaux de Domat, que contient noire manuscrit, et nous terminerons par les Pensées ellesmêmes dont quelques-unes s'élèvent au-dessus du stjie ordinaire des Lois civiles et jusqu'à la manière énergique et mélancolique de Pascal. Ces divers documents, en faisant mieux connaître Domat, et ajouteront à l'admiration universelle excitée par le jurisconsulte le respect singulier que mérite l'homme par la beauté de l'âme et la vigueur soutenue dti caractère.

MÉMOIRE POUU SERVIR A l/lUSTOIRE DE LA VIR DE M. DOMAT, AVOCAT mi ROY AU PRÉSIDIA!. DR CLERMONT EN AIWERGNE.

« M. Jean Pomat na([uit à Clermont, le 30 novembre 1025. Sou père, qui s'appeloit Jean comme lui, étoit l)<>urgeois. Sa mère s'appeloit Marguerite Vaugron, petite

fille de M. de Basmaison, célèbre commentateur de la coutume d'Auvergne. Il avoit un frère qui se fit jésuite S et deux sœurs qui furent mariées. Le père Sirmond, jésuite, grand oncle de M. Domat, confesseur du roi Louis XIII, se chargea de son éducation. 11 le conduisit à Paris, le mit au collège de Clermont, où, avec les humankés et la philfl^phie, il apprit encore le grec, Titalien; Tespagnol et la géométrie. La vivacité, la beauté, l'élévation et la justesse de son esprit, lui donnoient une merveilleuse facilité pour toute sorte de sciences^.

Après le cours des études du collège, il revint dans sa famille. Il fut ensuite prendre ses licences eu droit dans l'université de Bourges. M. Emérilius^ lui trouva tant de capacité, qu'il lui offrit le bonnet de docteur, quoiqu'il n'eut que vingt ans. Au retour de Bourges, il suivit le liarreau et commença à plaider avec un succ(*s extraordinaire. Il continua cet exercice durant neuf à dix ans, H, pour remplir plus ilignenienl vri (emploi, il s'appliqua sérieusement à l'étude du ilroit. A cett4^ étude il joignit celle de la religion, et sa désabusa bientôt des fausses préventions qu'on lui avoit inspink^ dans le collège des jésuites.

Il fit une liaison étroite av(»c I(î célèbre M. Pascal. Leurs premiers entretie.ns et leurs premières conférences

' \jfis manuscrits jansénistes contiennent une lettre de Domat à cet frère.

' Ferrière, dans Taisand, ajoute que « après avoir fait son cours (ii; piiilosopbie, il en soutint des thèses générales avec le flis de U. le prince de Conti. »

Ferrière : Émerville. Terrasson, avec raison : Edmond Mérille, professeur de droit à Bourges, mort en 1647, et dont la notice est dans Taisand, tandis qu'ÉmerN ille ou Émérille est absolument inconnu.

furent sur les mathématiques ; ils tirent ensemble plusieurs expériences sur la pesanteur de Tair, etc. Dans la suite ils s'entretinrent sur les importantes affaires de l'église, troublée, comme Ton sait, par la faction des jésuites. Personne ne fut plus parfaitement uni de sentiments avec M.Pascal sur les affairosde la religion que l^.Domat; c'est sans doute ce qui engagea M. Pascal à lui confier, préférablement à tout autre, quelques écrits qu'il avait feitssur la signature du formulaire. M*'® Perrier a dit au P. Guerrier que son oncle avoit prié M. Domat, en lui remettant ces papiers, de les brûler, si les religieuses de Port-Royal, se soutenoient dans la persécution qu'elles souffroient à ce sujet, et do les rendre publics, si elles plioient. M. Domat fut aussi trcs-lié avec la famille de M. Pascal, ei avec messieurs de Port-Royal, qui l'estimoieiit beaucoup et prenoient ses avis sur des matiores de théologie. S'élanl trouvé à Paris durant la dernière maladie de M. Pascal, après lui avoir nmdu les devoirs d'un ami sincère, il reçut ses derniers soupirs.

A l'Age de vingt-deux ans, M. Domat épousa mademoiselle Blondel, do bonne famille, suivant plutôt la volontô do son pèro, à (]ui il ôloit parfaitement soumis, qu»* sa propre inclination. Dieu lu^nit ce mariage en leur donnant plusieurs enfants ', ajirès la naissance desquels, IV'pouso n'ôlant ]>as moins clirétioune que l'époux, il> fironl connoîtrc par leur conduite le motif qui les aM>ii unis.

• Ferrièro, 1. 1. : « Son pt^re l'avait marié, le 8 juillet 1648, avrt la fille du siour Blondol, avocat au présidialde Clermont. Il en eat tmzo enfants. Huit moururent ti^-jeunes, et les cinq autres, qui itistt'rent, étaient trois fliles et deux garçons, Jean Domat, chanoini* d(' la cathédrale de Clermont, et Giltiert Domat, conseiller à '• «'oiir des aides d«» la mOme ville. »

Sept ou huit ans après son mariage, il fut pounu d'une charge d'avocat du roy au siège présidial de Clormont, dont il remplit les devoirs avec dignité pendant pn^s de trente années; ces conclusions furent toujours suivies à l'exception de trois ou quatre. Il ètoit ferme dans l'exercice de ses fonctions ; nulle considération humaine ne Taffaiblissoit : ayant fait mettre en prison un homme qui fut surpris dans une action contraire aux honnes mœurs el à la police, et M. l'intendant de la province, dans une visitiî aux prisons, après avoir appris du prisonnier la cause de sa détention, l'ayant élargi, M. Domat le fit remettre on prison.

Les grands jours étant venus à Clermont en 1665, M. Domat fit avec MM. les présidents de Novion, Pelletier et Talon, une étroite liaison qui a duré jusqu'à la mon. Ces messieurs, après avoir reconnu sa capacité et son intégrité, lui confièrent le soin de plusieurs affaires importantes, et en particulier la recherche de la noblesse qui abusoit de son autorité ^ Ny les menaces de plusieurs gentilshommes qui avoient juré sa perte, ny quelques coups de fusil tirés sur lui, ne furent point capables de l'intimider dans les fonctions de sa charge.

Au commencement de l'année 1662, les jésuites employèrent bien des artifices et des fourberies pour s'emparer du collège de Clermont. MM. les chanoines de l'église cathédrale écrivirent à M. Doipat, qui ètoit à Paris, et Uh envoyèrent une procuration, en le priant de s'oppostîr (Mi leur nom à cet établissement, qui ne jmit, disoient-ils.

' Terrasson dit que les présidents de Novioo, Lepelletier et Talon, lui coDflèreDt le soin de plusieurs affaires importantes, sans désigner la nature de ces affaires. Les détails donnés dans rcitH partie du mémoire sont entièrement nouveaux.

produire à! autre effet que l* interruption de cette quiétude que nos pères nous ont consercée depuis tant d'années. M. Doniat fit de son mieux pour rendre service en celte occasion à sa patrie, mais sans succès, le père A.nnat, confesseur du roy , ayant sçu tromper ce prince par ses impostures *.

Quelques années après, un ecclésiastique, M. Légerat, de la communauté de Saint-Joseph, établie à Lyon, qui est mort leur supérieur général , après avoir prêché deux années consécutives deux avents et deux carêmes dans la cathédrale de Clermont avec un concours, un applaudissement et un succès extraordinaires, fit un bon et beau discours sur l'amour de Dieu. Les jésuites, ennemis jurés de ce grand précepte , engagèrent M. Tévéque (M. Barbouze) à interdire ce prédicateur, qui se disposoii à prêcher Tavcnt et le carême suivant à Riom. M. Domat, ne pouvant faire antre clioso pour réparer Tinjure faite a la religion H au premier précopte par l'interdit de ce.t excellent prédicateur dos vérités do TEvangiie , ramassa plusieurs attestations de gens d'honneur qui rendoient témoignage qu'il n'avoit rien dit que de conforme à la doctrine de l'Eglise, et les lui remit entre les mains.

Vers le môme temps, M. Domat «fit un voyage à Aletli pour consulter le grand évêque (M. Pavillon) qui en remplissait le siège. Sa famille et plusieurs de ses amis le pressoient de se défaire de sa charge d'avocat du roy, afin qu'ayant pins de temps à travailler dans son cabinet, les émoluments qui lui en reviendroient le missent en état do fournir aux besoins de sa famille, car il n'étoit pas riche. M. d'Aleth, connaissant la manière dont il remplissoit les fonctions dosa charge, fut d'avis qu'il ne s'en défit pas'-.

' Voyez plus bas p. 171-179.

' Hist. de Port-Royal, t. IV, p. 465.

Le désintéressement de M. Domat ne pouvoit être plus grand; il aimoit tendrement sa famille, qui étoit assez nombreuse, il en sentoit les besoins, et néanmoins ses amis ne pouvoient lui persuader de diminuer les gratis dans les affaires où il étoit employé ; il refusa même constamment le don d'un bien considérable qu'un ami le pressa longtemps d'accepter, et lorsqu'on lui représentoit qu'il laisseroit ses enfants sans bien : Si c'est la volonté de Dieu, disoit-il, je ne dois pas m'y opposer K

L'estime générale qu'il s'étoit acquise par son savoir, par son intégrité et par sa droiture, le rendoit l'arbitre de toutes les grandes affaires de la province.

Il avoit un grand amour pour les pauvres ^ et les soulageoit selon son pouvoir, et prenoit un soin particulier des affaires des hôpitaux ^. xMais, s'appliquant ainsi à rendre service au prochain , il ne négligeoit en rien les devoirs de sa charge ; il étoit laborieux et n'étoit jamais détourné par aucun amusement. Si on h pressoit de prendre quelque repos : Travaillons , disoit-il , nous nous reposerons dans le paradis *.

Ayant partagé , dans les premières années de son établissement, la succession d'un oncle chanoine, il remit aux pauvres, dans la suite, avec une scrupuleuse exactitude, tout ce qu'il put soupçonner y avoir de bien «Mîclésiastique dans cette succession ^.

Dieu avoit donné à M. Domat de grands sentiments de religion ; il s'affligeoit sur tous les maux de l'Église, il

* Suppl. au Nécrologe f p. 461.

' SuffpL au Nécrologef p. 461 ; Hist. de Port-Royal, t. IV, p. 465. ' Additions de Perrière, p. 638.

* Suppl. au Nécrologe et Hist, de Port-RoyaL C'est le mot qu'adressa aussi, dit-on, Araauld à Nicole.

' Ibid.

gémissoit continuellement du déluge d'erreurs oui» par la négligence ou la faiblesse des pasteurs, ternissoient la pureté de la foy, renversoient la règle sainte des mœurs, et faisoient mépriser celle de la discipline. « N'aurai-je jamais, disoit-il, la consolation de voir un pape chrétien sur la chaire de saint Pierre M » Il n'estimoit que les prédicateurs qui annonçoient les vérités de l'Évangile avec une simplicité digne de la parole de Dieu.

Il ne permit point à M. son fds, l'ecclésiastique, de prendre des grades en Sorhonne , parce qu'il étoil fort opposé aux signatures que l'on y exige. Quoiqu'il lui eût élé trôs-facile d'obtenir un bénéfice pour ce fils, et que les affaires de sa famille dussent, selon l'usage du monde, le porter à faire quelque démarche pour cela , il ne voulut ni en faire ni consentir qu'on en fît *. Les jésuites dans la province, le regardoient comme leur grand ennemi '; il Toloit en effet, non de leurs personnes, mais de leurs mauvaises doctrines, de leur morale corrompue et de leurs pratiques dangereuses ; aussi ne voulut-il jamais leur confite l'éducation de ses enfants.

La confusion que M. Domat remarqua dans les lois If détermina à en faire une étude singulière, et à s'appliquer en même temps à un travail qui ne devoitêtre que pour son usage particulier et pour ses enfants qui voudroient prendr»* le parti de la robe : mais, l'ayant fait voir à ([uelques-uns de ses amis, ils le trouvèrent si beau, et jugèrent qu'il pourroil être si utile au public, (fu'ils l'engagèrent aie commu-

' Supp. au Nécrologe.

' Suppl au Nécrologe.

^ Le SupplénieDt au Nécrologe parle de l'énergie avec laquelle, en 1G73, « il réprima le P. Duhamel, jésuite, qui avait osé, dans la cathédrale de Clerniont, prêcher l'infaillibilité du pape et contredin? les maximes du royaume et les sentiments de Téglise gallicane. » Voyez plus bas le détail de celle affaire.

niquer à des personnes habiles et constituées en dignité.

En 1681 , il fit un voyage exprès à Paris. Le plan do son ouvrage et ce qu'il avait déjà fait, fut si goûté , que S. M. lui ordonna de le continuer, avec promesse d'une pension de 2,000 livres *.

M. Domat se retira donc tout à fait à Paris, pour s'appliquer uniquement à cet ouvrage, c'est-à-dire aux Lois civiles dans leur ordre naturel , et travailler sous les yeux de ceux qui l'y avoient engagé; il le leur communiifuoit A mesure qu'il avanroit. Ces messieurs goûloient de plus en plus l'ouvragfe, et M. d'Agufîsseau, conseiller d'État, lui dit en lui remettant un cahier où étoit le traité de l'usure : « 3e savois, monsieur, que l'usure étoit défendue par l'Éc< criture et par les lois; mais je ne la savois pas contraire « au droit naturel : votre écçit m'c^n a persuadé *. » M. Domat ne pouvoit s'empêcher d'applaudir lui-même à son ouvrage et de marquer en quelques occasions l'esliino qu'il en faisoit; s'en étant expliqué dr» la sorte à \m ami, il dit tout de suite : a Je suis surpris que Dieu se soit ser\'i « d'un petit homme, d'un homme de néant comme moi, « pour faire un si bel ouvrage, pondant ([u'il y a à Paris « des personnes d'un si grand mérite 3. »

Lors(|ue son amour pour la justice et pour la vérité

' Perrière dit que ce fut M. Lepelletier qui fut le protecteur de Domat auprès du roi. a I/attentiou que M. Lepelletier avait pour le bien public fil qu'il se résolut d'en parler à Sa Majesté de manière à en être écouté favorablement. Le roi, qui connaissait sa candeur, sa probité et son discernement, très-satisfait du rapport qu'il lui venait de faire, lui répondit qu'il fallait que l'auteur restât à Paris pour le conduire à sa perfection, pour raison de quoi Sa Majesté lui accordait une pension de 9,000 livres. » Terrasson fait le même récit.

' Cf. le Recueil d'Utrecht. Il s'agit ici de M. d'Aguesseau, conseiller d'État, pèr^ de l'illustre chancelier.

* Cf. Suppl. au Nécrologe et Hist. de Port-RoycU.

Tobligeoit a s'élever avec force contre tout ce qui y étoil contraire , il conservoit dans son cœur de vifs sentimeDls de mépris pour lui-même , et ces sentiments se produisoient quelquefois malgré lui au dehors^ comme il parut dans une rencontre ou un ecclésiastique de mérite, parlant dans une compagnie très-avantageusement d'une personne, après en avoir fait un éloge accompli : Il vous ressemble, lui dit-il. M. Domat, par un mouvement subit, réi)ondit avec sa vivacité naturelle : C'est donc quelque chose de bien horrible 1

L'application au travail causa à M. Domat de grandes infirmités qui le conduisirent au tombeau ; il souffiroit de violents accès d'asthme et de vives douleurs de la pierre : ces deux maux furent l'exercice de sa patience et le moyen dont Dieu se servit pour le purifier plus parfaitement. II disait siMivent avec actions de grâces, pendant ses grandes douleurs : « C'est un excullont moyen dont Dieu se sert pour puce riOer les hommes. » Un de ses amis l'étant venu voir dans un violent accès d'aslhme, M. Domat, voyant cet ami touché do son état: a Ce mal n'est rien, lui dit-il, en comparaison (( de l'autre (c'est-à-dire des douleurs de la pierre) ; vous <i voyez, ajouta-t-il, que je suis bien impatient, mais je ne « puis m'emp('cher do crier. » Il disoit encore à cet aini quo, s'appliquant quelquefois au travail durant les plus vives douleurs de la pierre, il no les sentoit plus; il lui dit aussi ({ue, par oubli, lui étant arrivé de faire deux fois les mêmes titres et les mêmes sections, il les avoit trouvés si parfaitement conformes qu'il n'y avoit pas eu un mot de différence. Souvent, après avoir médité pendant la nuit la section ou le titre sur le({uel il devoit travailler en se levant, il l'écrivoit couramment, er le donnoiton mi^me temps au copiste pour le distribuer aux personnes à qui il ^ rommuniquoit.

Il s'étoit fait une si grande réputation à la cour, que feu M. le régent, qu'on neramoit alors M. le duc de Chartres, voulut avoir avec lui une conférence sur son ouvrage, dont le prince parut fort content K

Les Lois civiles dans leur ordre naturel furent imprimées par Coignard, en 1694, en 3 tomes in-4°; le Droit public, qui est une suite des Lois civiles, fut aussi imprimé chez le même libraire, après la mort de M. Domat, en 1697. M. Domat pendant Texercice d'avocat du roy, avoit fait plusieurs harangues que Ton trouvoit belles, mais qu'il n*a point revues, et qu'il auroit même jetées au feu, si ses enfants ne l'en avoient pas détourné '^

Enfin, consumé par le travail et par ses grands maux, il mourut à Paris, le 14 mars 1696 3, dans une ^Tando paix, âgé de 70 ans 3 mois 4 jours. H voulut être enterré dans le cimetière de Saint-Benoît, sa paroisse ; il laissa en mourant cinq enfants, dont trois filles et deux iils. Mesdemoiselles ses filles sont mortes dans un âge assez avancé ; elles ont été le modèle des vierges chrétiennes de leur temps par leur piété, leur modestie, la retraite et Téloignement de ce que le monde estime et recherche. M. son fils aine est chanoine de la cathédrale de Clermont, et le

' Ferrière et Terrasson disent seulement que Domat, conduit par M. Lepelletier, fût admis à présentera Louis XIV les premiers Volumes des Lois civiles à mesure qu'ils parurent.

- Ces harangues se trouvent dans l'édition in-fulio de Domul, du 1735. Elles furent prononcées de l'année 1657 à l'année 1683. Elles occupent quarante pages in-folio à deux colonnes. Presque toutes Ces harangues roulent sur les devoirs des juges et des avocats. Elles ont un caractère particulier de sévérité. Les lois romaines y sont très- rarement citées; mais en revanche, la Bible et l'Évangile y reviennenl si fréquemmei^ qu'on piendiait ces harangues pour cles sermons, si l'on ne connaissait le nom de l'auteur.

' Terrasson donné la même date. Ferrière, mars 1695.

second, conseiller à la cour des aides de la mèrne ville. » Le mémoire jusqu'alors inédit sur la vie de Domat, que nous venons de transcrire, contient bien des particularitài nouvelles. Il nous initie aux sentiments les plus intimes et nous découvre le fond de cette âme qu'une religion forte et éclairée avait pré])arée et en ({uelque sorte consacrée ao service de Thumanité et de la science. Deux points obscuis de la vie de Domat reçoivent surtout ici de vives lumières, ses rapports avec Pascal et ses démêlés avec les jésuites.

On sait déjà que les mathématiques avaient été un des liens de Pascal et de Domat. Le Recueil de plusieurs pièces pour servir à l'histoire de Port-Royal le dit expressémeot (p. 274) : a L'amour qu'il (M. Domat] avait pour les mathématiques fut ce qui lui donna (jccasioii de se lier »i étroitement avec M. l'ascal. » L'Histoire de Tabbaye du Port-Royal (t. IV, p. 464] le répète; mais ce que nous ignorions jusqu'ici, c'est que Domat eût fait avec Pascal les célèbres expériences sur la pesanteur de Pair. Il est Bcheux que ce renseignement ne soit pas plus détaillé.

Nous connaissons beaucoup mieux le rôle que joua Domat dans l'afTaire alors si importante de la signature Ju formulaire que l'iiutorité ecch'^siastique imposait aux religieusits de Porl-Ho\.'d. Ce qui se trouve, à cet égard, «laOî noire mémoire est confirmé et développé par les deux écril» jansénistes que nous avons cités. Le supplément au Nécrologe d(^ Pnrt-Hoyal i p. 460; s'exprime ainsi : a Se trouvant à Paris dans le temps que l'on commença à exiger la signature du formulaire, il (DomntJ assista à toutes les assemblées qui se tinrent pour chercher les moyens de fairt signer les religieuses de Port-Royal d'une manière qiu contentât les supérieurs sans donner atteinte à la pureté d^ leur foi ni aux règles de la sincérité chrétienne... M. Pksol n'approuva aucune des résolutions où l'on s'arréli. D

prétendit que non-seulement on ne devait pas laisser soupçonner que Ton attribuât les cinq propositions à JanséniuS| mais encore qu'il fallait avoir soin, en signant leur condamnation, de mettre à couvert le sens de Jansénius, parce que c'était celui de la grâce efficace par elle-même , et par conséquent la pure doctrine do Saint-Augustin et de toute TÉglise. M. Domat fut de l'avis de M. Pascal. » Le Recueil d'Utrecht, qui expose d'après Marguerite Perrier tout le détail de cette affaire, raconte, page 312, que, dans une dernière conférence qui eut lieu à ce sujet, chez Pascal; celui-ci, voyant la plupart de ceux qui étaient présents passer à l'avis d'ÂrnauId et de Nicole, « en fut si pénétré de douleur, qu'il se trouva mal et perdit la parole et la connaissance; tout le monde fut surpris et ou s'empressa pour le faire revenir. Ensuite ces messieurs se retirèrent et il ne resta que M. de Roannès et M. Domat (qui eut grande part aux écrits de M. Pascal) et M. Perrier le fils. »

Quels peuvent être ces écrits de Pascal auxquels Domut aurait eu une grande part? Seraient-ce quelques parties des Provinciales ? Cela n'est guère admissible. Il reste donc que ce soient les factimis pour les curés de Paris, que la tradition janséniste attribue à Pascal, ou ses écrits aujourd'hui perdus contre la signature du fornuilaire. Nous inclinerions à penser qu'il s'agit de ces derniers; du moins le Supplément au Nécrologe du Port-Ro^al nous apprend que Domat écrivit comme Pascal pour défendre leurs sentiments communs : « Quel sujet le public u'a-t-il pas de se plaindre de ce que, pour des raisons qu'il ne saurait approuver, on l'a privé jusqu'à présent des lumières (ju'il eût pu tirer de ce que ces deux grands hommes avaient écrit en cette occasion ! » Le Recueil d'Utrecht, en 1740, confirme ce que disait en 1735 le Supplément au Nécrologe. Recueil, page 322 : « Pour les écrits de M. Pascal

01) no sait s'ils existent oiiC/Oro. II les confia à M. Doinat préférablement A tout autre, et le pria de les brûler» si les religieuses do Port-Royal se soutenaient, et de les faire imprimer, si elles pliaient. M. de Roanès qui on avait des copies, les brûla. Pour M. Domat une lettre de M. Tévô- ((uo d'Aleth témoigne qu'il fut vivement sollicite^ d'en faire autant. » Notre manuscrit contient quatre lettres de cet cvéque «^ Domat où cette affaire est rappeliH?. Il parait qu'il s'était élevé (|uel(|ue différend entro Domat et la famille <1c Pascal, particulièrement en ce qui regardait les écrits ((uc Pascal avait confiées à Domat, et que celui-ci refusait do rendre A MM. Périer. Troisième lettre de M. d'Aleth i Domat : k J'ai regardé, monsieur, comme une marque de confiance et do votre amitié la connaissance que vous avez \oulu me donner par M. Pège do ce qui s'est i>assé entre vous et la famille do M. Périer. La part quo je prends à oe qui vous touche et l'estime particulière que j*ai pour votre |)orsonno me portèrent dès lors à vous écrire pour ^'ous porter à faire toutes les avances qui dé[)endent de vous

|H)ur une rtVonciliation sincère et vnùment chnHienne

Il y a encore un autre point ((ui n*a rien do commun avir cette affaire et qui néanmoins peut beaucoup nuire ou beiuicoup contribuer à votre rt^?onciliation : c'est touchant certains écrit.< de feu M. l^tscal qui vous ont été contiés. On croit, pr la qualiU' de ces iVrils et vu l'état de votn^ famille, qu'il > a Invuiomp d'inconvénients quo vous lo> ganlie/ ; et ciunino on ne \oit (kis quelle utiliti'^ on en pourrait tiriT à l'avenir, et qu'il y a au contraire \ou\ sujet ie craihiln^ qu'on en abuse d'une manière préjudiciable à la vérité et à la mémoire de M. Pascal, ww pense que^ous éies dauN Toblig-ation de les renuMtre à ses |>arenls« enin' les mains de>quels ils ne courent i>as le luOnie risi|uc. mi de h»s brûler on leur pn»seua\ sans en retenir do copie.

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comme a fait une personne de qualité et de mérite, ami de M. Pascal, qui avait une copie des mêmes écrits. C'est, monsieur, ce que je crois que vous devez faire par principe de conscience et d'honneur, et même vous servir de cette occasion comme d'un moyen pour facilih^r v\ afl'eruiir votre réconciliation... Niœlas, évéque d'Aletli,à Aletii, ce 2ii septembre 1676. » On ignore ce ([ue fit Domat; on voit senlement par une autre lettre de M. d'Aleth qu'il se réconcilia avec les Périer. «Je n'ui point eu, monsieur, l'oo casion de vous écrire depuis que j'ai su votre parfaite réunion avec la famille de mademoiselle Perrier : j'en ai été extrêmement consolé et édilié... 1" août 1677 K »

Puisque Domat fut le coniident, el peut-être le collaborateur de Pascal, puisqu'il l'assista dans sji dernière maladie et reçut ses derniers soupirs, comme nous Tapprend l'auteur inconnu de notre mémoire, nul n'était plus capable que lui de témoigner des derniers sentiments do son aini et de la fausseté de la prétendue rétractation que Pascal aurait faite à son lit de mort, entre les mains de M. Beurier, curé de Saint-Etienne ^. Auiisi, quand M. de Péréfixe, archevêque de Paris, voulut faire usage de cotUî prétendue rétractation, persoime n'eut plus d'autorité (|ue

' Les quatre lettres de M. d'Alelh sont (urniinûes par cette nulo dans le manuscrit : « On a copié ces qiuiti'o Icltriis sur K's «ui;:!- Qaux, qui sont entre les mains do M. Doiiiul, <;unsiMllri- a la i-nur des aides, fils de celui ci quielUs onl clé ccrilcs. » Ou (mmii vn.r «l.iii^ ''Appbndice du t. n, aux catalo;;ucs d'un manuscril de la \Uzîi' lineetd'un manuscrit de la BibiioUièqm! royale, riudicali(»n rl<> divers écrits de Pascal et do Domat contre Ainauld et Nicole sur la Bignature du formulaire, lesquels sont probablement les écrits en question.

'Voyez, sur cette rétractation, le Recueil d'Ulrecht, p. 847, et le Supplément au Nécrologe^ p. S80.

ni. 10

I7() fra(;mknts littéraires.

Domat pour s'opposer à ces bruits mensongers et attester que Pascal était mort comme avait écrit l'auteur des Provinciales. Un M. Audigier, ayant eu l'idée de publier la déclaration que M. Tarchevéque avait surprise au cnrc de Saint-Étienne , Domat se joignit à madame Péricr, afin d'empêcher la propagation de cette calomnie. Notre manuscrit renferme la lettre suivante, jusqu'ici ontièa'ineDt inconnue, de Domat à ce M. Audigier : « Vous serez peotêtre surpris de la liberté que je prends de vous écrire sur le même sujet dont madame Périer vous écrit aussi , parce que la considération ({ue je sçay que vous avez pour, sod mérite, et pour le grand intérêt qui l'oblige à vous faire la prière qu'elle vous fait, devroit me persuader que rien de ma part ne peut vous toucher à l'égal de sa prière et do ses raisons. Mais, monsieur, j'ai cru par une autre veue que je manquerois à ce que je dois à la mémoire de M. Pascal, si je négligeois de témoigner, dans une occasion de cette conséquence, combien je m'attache à tout ce qui peut intéresser l'honneur de son nom. Vous savez, monsieur, les raisons qui me donnent ces sentiments; car vous connoissez beaucoup mieux que le commun le mérik extraordinaire de M. Pascal, et surtout quelle étoit sa sincérité et sa fermeté proportionnée à l'élévation de son es- /prit. Et, quand je n'aurois pas eu la part singulière qu'O m'a fait l'honneur de me donner dans son amitié, je w pourrois mcî dispenser , en C/Ctte rencontre , de vous 6iff œnuoitre, monsieur, que le sujet de su prétendue rétFact»tion est une calomnie, la moins vraisemblable à tous ceft qui ont connu M. Pascal, et la plus fausse en effet ^ ail jamais été pensée. Et aussi le malentendu qui en tê la cause s'est explicfué |wr la rôlraclation d«» la persiflr ijui avoit donne sujet n ce bruit, de la manière (iiieatt* danae Périer vous l'expliquera par sa lettre : et je J*

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