‹ Œuvres de M. Victor CousinChapitre 52 sur 63 · A P.-R. DES CHAMPS · texte numérisé non relu

A P.-R. DES CHAMPS

CeS8 juin 1671.

« J'ai reçu, ma chère Mère , le billet que vous m'avez écrit de votre main, lorsque j'étois encore au Bouchot. Je

' Voyez dans Villefore, t. II, p. 67, quelles étaient les infirmités cqntinuelles de mademoiselle de Vertus, quoiqu'elle ait survéca de quinze ans à madame de Longueville.

' On sait que madame de Longueville se (it en effet bâtir un logement môme assez considérable attenant à Port-Royal.

' (]ette lettre est dans Villefore,

suis ravie que vous vouliez bien que notre commerce ne passe point par aucun canal étranger, et qu'ainsi je puisse en toute confiance vous parler des choses qui me font de la peine et dont j'espère que vous m'aiderez à faire usage, si Dieu ne veut pas m'en délivrer entièrement par l'assistance de vos prières et de vos conseils. Au reste, j'ai senti une vraie joie en apprenant que ces messieurs qui vont foire des dessins pour mon bâtiment, étoient arrivés à P.-R. Il me semble que cela m'approche du terme où je dois y aller moi-même, et quoique ce ne soit que d'un pas, c*e8t toujours beaucoup pour moi, puisque je ne suspends mon entier découragement, pour ne pas dire un mot plus expressif, que par l'espérance d'entrer dans votre maison, prenant cet établissement comme une marque que Dieu ne m'a pas abandonnée; ce que je craindrois tout à fait (pour ne pas dire croire) sans cette marque-là à laquelle mon espérance présente est attachée. Car j'avoue que toutes les autres, c'est-à-dire, ce que l'on peut appeler quHque ombre de piété dans ma vie, ne me tirent pas de la pensée que j'ai, que tout an plus je suis dans cette voie qui paroit droite etqui conduità la mort, puisque je ne vois point encore de fruit qui me fasse enti'evoir que je suis un bon arbre. De plus, il n'y a guère de jours où je ne connoisse de nouvelles plaies dans mon âme, et où je ne voie de certains fonds dont je ne [»énètre pourtant pas la profondeur. Je n'ai qu'autant de lumière qu'il m'en faut poui; voir que ce sont des abîmes ; mais je ne vois pas ce qui y est, et ainsi je crains bien que Dieu regarde toute ma vie comme une vraie hypocrisie ^ Or, je ne vois que cette entrée chez vousqui suspende toutes céscraintes. Non pasque je croie que je n'ai que cela à faire, car je crois que cc^ n'est

' Ce commencement seul est dans ViUefore.

266 FRAGMENTS LITTÉRAIlEg. .

proprement qu'entrer dans la voie; mais e'est y entrer, et c'est beaucoup pour moi qui crains de n'y être point et de courir dehors, ce qui est un terrible état, s'il est véritable. Gela me remplit de terreurs même naturelles; je crains tout; il n'y a nul accident possible qui ne me fasse firémir, regardant toujours Dieu prêt à me punir dès ce monde. Ainsi je suis môme humainement dans un état trés-pénible, ne pouvant, ce me semble, aimer la volonté de Dieu sur moi, la craignant de justice plutôt que de miséricorde, et ne pouvant tout au plus par là que l'adorer et m'y soumettre. Je ne pensois pas vous en dire tant; mais ma confiance pour vous m'a rendue plus libre. J'espère que vous ne l'aurez pas désagréable puisqu'il me semble que je puis croire qu'elle ne l'est pas à Dieu qui veut bien que je commence à regarder et à traiter comme ma Mère celle qui l'est de la maison où il me fait la grâce de vouloir aller essayer de satisfaire à sa justice.

Vous voulez bien que je fasse mes compliments à la Mère Prieure et à ma sœur Angélique et que je leur demande leurs prières. Je vous demande des nouvelles de ce pauvre Hilaire; sa maladie m'a donné bien de l'inquiétude et pour votre intérêt et pour le mien. J'ai trouvé ici nwdemoiselle de Vertus bien incommodée; priez Dieu pour elle. Dès que je serai retournée à Paris, je ferai parler de mon bâtiment à M. de Paris et je vous en manderai le iemps afin que vous lui rendiez ce devoir do votre côté. J'espère que ce sera à la fin de la semaine qui vient.

Je vous demande des passages soit de l'Ecriture soit de? Pères pour avoir recours à Dieu, selon mon état, car ceux que vous m'avez envoyés de saint Augustin me sont de quelque consolation. )>

LETTRES DftD. DE LA PUGHESSE DE LQNGUEV1LLE. S67

OX I|IADA1I£ DB LPNGUBVILLB A LA MÈRE AOMÈS i^fVMAUÙ),

Page 1