A M. LE CURÉ DR SAINT-JACQUES DU HAUT-PAS
De Port-Royal, ce 8 avril 1676 '.
a Je m'adresse à vous pour vous prier de remercier M . TarchevtVjue de ma part, de la bonté qu'il a eue de m'accorder la prière qiio je lui ai faite louchant la cure de Saint- Martin de Chaumont, et de vouloir bien chercher parmi les gradués celui que vous croirez le plus digne de la remplir, puisque la mort du curé qui la possédoit est tombée dans un mois qui nécessite d'en prendre un, et qui par conséquent restreint le nombre des sujets qu'on auroit pu trou-
' (^tte lettre manque dans le manuscrit de Troyes.'^
ver pour la remplir. Je vous donnerai enoorQ une autre commission, avec votre |)ermission, (|ui exigt^ pour que vous Texécutiez que je vous conte une aventure qui me vient d'arriver qui m'a autant mortifiée que je la pouvois être. Vous saurez donc ({ue M. le marquis de Bréval * et M. de Fortias me sont venus trouver pour me prier d'agréer la demande d'une chapelle qui est à ma nomination à cause de la terre du Fresne, que M. de Fortias fait en faveur de S(m neveu. Vous jugez sans doute quelle fut ma réponse, puisque vous savez mieux que personne les règles que je me suis prescrites de garder dès le momentque j'ai étéassezmaiheureuse pour être chargée de la nomination des bénéfices de la maison deLongueville, c'est-à-dire depuis le moment que la mort de M. de Longueville m'a chargée del'administion du bien de mes enfants. Je dis donc à ces deux messieurs qu'il ne me pouvoit rien arriver qui me donnât plus de déplaisir que d'être contrainte de leur refuser si peu de chose, qu'ils voyoient bien que ce ne pouvoit être qu'un mouvement de conscience qui s'y opposât, parce que naturellement on aime à obliger des gens comme eux ; mais que je m'étois prescrite dès que je fus veuve de m'instruire des règles de TÉglise sur la nomination des bi^néfices, puisque j'avois à en donner, et qu'elles m'avoicnt appris qu'il n'en faut point donner à ceux qui les demandent, et que les résignations en faveur ne peuvent point être reçues par les patrons laïques. Ensuite je demandai si celui pour qui on me demandoit cette chapelle avoit d'autres bénéfiees, parce qu'une troisième règle m'obligeoit à ne donner point de bénéfice à ceux qui en avoient déjà. On me dit qu'il n'en avoit point. Je répondis qu'il on auroit, et en effet un bénéiic^ de cent écus n'est pas capable de tixer le
* Villefore, t« U, p. 56 et 67.
fils de M. dQ Forûas, et ainsi il en aura d'autres, et je eontribuerois à lui en faire posséder deux si je lui donbob celui-là. Us ne se tinrent pas pour éconduits, et moi» vojwaH cela, je les laissai aller, disant à M. de Bréval que je lui ferois réponse positive dans quelques jours. J'ayois 9 grande peine de les refuser que j'accourcis la conTersitioli le plus que je pus. Ainsi je ne leur dis point qu'une autre de mes règles étoit de donner les chapelles non-seul^ ment au plus digne, comme les cures, à proportion, mais encore que je les destinois aux meilleures œuvres qu'on pouvoit faire dans les terres où elles sont situées, oomme à ôter des curés qui ne sont pas utiles à leurs paroisses, i suppléer à la modicité des cures des bons pasteurs qnanl la leur ne les pouvoit pas foire subsister, à leur donner des moyens d'avoir des vicaires ou des maîtres d'école, c'est4dire à les donner à des ecclésiastiques qui peuvent tàn cette fonction, enfin à les faire servir au bien des paroissa où elles sont situées. Or, vous voyez bien que cela ne feroh aucun de tous ces biens de la donner à M. Fortias, joint que l'abbé de ce nom qui la possède encore l'a tellement négligée qu'elle tombe en ruine. Enfin, on ne peut se faire des amis aux dépens de la conscience. J'estime tout à fait M. et M"^*' de Bréval; mais comme une partie de mon estime tombe sur leur piété, j'espère que cette môme piélé fera qu'ils me pardonneront de ce que je ne fais pas en cette occasion ce qu'ils désirent de moi. Je me fais en ceh une extrême violence, et même j'ai senti augmenter mon déplaisir par la considération de M. l'archevêque. Je crois pourtant qu'il ne peut pas désapprouver ma conduite^ puisqu'elle est fondée sur des règles qu'il sait et qu'il respecte par conséquent ^ Vous savez mieux que personne |,
' ViUefore a donné depuis : On ne pmU péi m félr$ dm «Mif , ét^
LETTRES mÉD. DE LA DUCHESSE DE LOMGUEVILLE. S75
jue Dieu m'a fait la grâce de me les foire suivre depuis |ue je suis en occasion de le foire, et vous avez eu plus de part qUe personne à me les apprendre et à me les foire reprder comme des principes sur lesquels je devois régler na conduite. Ainsi je m'adresse à vous pour foire goùtbr à )es messieurs le refus très-forcé que je suis obligée de leur aire» ce que je ferois aux personnes que j'aime le plus ('ils m'en mettoient dans la nécessité, parce qu'enfin il mut mieux obéir à Dieu que de plaire aux hommes.