‹ Œuvres de M. Villemain (volume 3)Chapitre 2 sur 19 · PREFACE. III · texte numérisé non relu

PREFACE. III

nation, dont la vie se compose de jeunesses successives, cette gradation inflexible de l'âge mûr, de la vieillesse, et de la caducité, qu'on remarque dans l'homme. Un peuple ne dépérit pas ainsi. Il faudrait, pour cela, qu'il n'eût qu'une âme et qu'elle fît défaut en lui. S'il prévient, au contraire, la décadence par le travail continu des esprits, par le sentiment élevé du devoir, par quelque grandeur dans la vie publique, il ne subit pas la loi du temps ; et il peut compter indéfiniment de nouveaux âges virils.

Souhaitons donc surtout le retour et la durée de cette forte éducation littéraire, qui seconda si bien la dignité morale de la France dans le dix-septième siècle, et qui fut, dans le nôtre, le premier signe efficace du rétablissement, même incomplet, de l'ordre social, à dater de 1800. Ce serait une étrange prétention au progrès, que celle qui se complairait dans l'abandon des études classiques. Comme l'a dit récemment une grande et ingénieuse autorité scientifique : « on n'en est pas plus savant, pour être moins lettré ' $ » et, il n'est besoin de rappeler ici à quel point, M. de Lagrange, M. de Laplace, M. Delambre, M. Fourier, M. Poinsot faisaient des lettres antiques et du bon goût français la première culture, et comme disait M. de Laplace, le grand noviciat de l'esprit.

L'inexpérience et le faux zèle ont pu vouloir changer tout cela-, mais, le changement lui-même était un essai, qui ne saurait durer longtemps.

Les résultats déjà connus de cet essai, la stérilité

1 Discours de réception de M. Biot à l'Académie française.

Page 1