X PRÉFACE
qu'elle éclaire. L'histoire des lettres, le travail de l'imagination, durant la même époque, ne saurait être aussi complètement décrit -, les idées ont plus besoin encore que les événements d'être vérifiées à distance et de subir une autre épreuve que le jugement immédiat des contemporains. Le point de vue des spectateurs, en effet, change quelquefois tellement, que l'objet ne paraît plus le même.
Je n'hésite pas, cependant, à réunir ici des opinions littéraires de dates fort diverses, mais toutes d'accord avec une conviction qui ne peut varier en moi. J'en ai choisi le sujet surtout en France et en Angleterre, dans ces deux pays plus rapprochés aujourd'hui d'intérêts que de principes. Je n'ai jamais cru, je l'avoue, à l'identité des deux Constitutions, pas plus qu'à la similitude absolue des deux histoires. Mais, en aimant la liberté anglaise, son esprit tout à la fois de tradition et de hardiesse, en étudiant la vie et les paroles de quelques-uns de ses hommes d'Etat, je me plaisais à croire que d'autres circonstances avaient pu faire naître ailleurs des caractères égaux.
J'ai peint quelques-uns de ces caractères, plutôt pour nos regrets que pour notre émulation actuelle. Je ne renonce point à les présenter un jour au public : mais, dans ce volume, soit que je parle de quelques belles années et de quelques noms remarquables de la Restauration française, soit que je touche à l'Italie, ou à l'Angleterre, soit que je m'occupe du moment même où j'écris, je me suis attaché de préférence aux questions de littérature. Je n'ai point renié l'histoire; mais je ne l'ai pas cherchée -, je n'ai point