‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 129 sur 177 · LE LABOUREUR ET SES B(BUF · texte numérisé non relu

LE LABOUREUR ET SES B(BUF

N laboureur aimoit bien tendrement ses bœufs ;

Ils étoient doux et vigoureux,

Et constamment toute Vannée

Travailloient sans se rebuter.

Four abréger sa pénible journée»

lieur maître, en les guidant, s'amusoit à chanter ; Quelquefois, n'ayant qu'eux pour toute compagnie , ' Il jasoit de bonne ami^ii^*

Oui, leur d^t-il un jptir , devons j'aurai pitié , Je prendrai soin de vous le temps de votre vies J'en atteste les cieuz f Gourag«, mes enfans, Péfrichez cette ^e|*re, et cultivez ces champs, Vous jouirez de ma reconnolssance ,

Au ^lus tard^dans cinq ou six ans.

De ces riches humains , de leur intempérance.

Vous n'avez rien à redouter ;

Et toujours vous poun^pz goûte^

A loisir la paix çt l'aisance* L'intérêt personnel ouvre bientôt l'esprit.

C'est la meilleure clef d'une langue étrangère; I^e couple , en sillonnant , sans peine l'entendit s

Et, qui plus est; lui répondit

Qu^il acceptoît le terme et le salaire.

Ces bœufs ont plus d'ardeur, contens de leur marché* On les voit dans la plaine au lever de l'aurore ;

Le soir on les y trouve encore Long-temps après que Phébus est couché.

A quoi l'espoir du bonheur les engage !

Ils dévoient en mourir; mais tout alla si -bien ,

Que leur maître qui n'avoit rien Devint en peu de temps un vrai coq de village* Le terme arrive enfin , il songe à son serment , Dès rustiques fardeaux et vite il les dégage ,

Et puis d'un air reconnoissant

Les fait rois de son pâturage* Ayant tout à souhait, fraîcheur, sommeil, ombrage, Bientôt , pour leur malheur , les voilà gras à lard. Le maître étant près d'eux , passe un nojnmé Richard , Gros marchand de bétail ; il approche , il admire De ces deux animaux la force et l'embonpoint t Les désirant beaucoup il ne mai'chande point , Et pour qu'ils soient à lui , bientôt il fait reluire Aux yeux du villageois cent écus bien comptés ; Le cruel y consent s'il les touche sur l'heure ; Puis en Veut vingt de plus , ils y sont ajoutés ; Et nos vieux serviteurs vont quitter leur demeure. Camarade , dit l'un , nous allons au trépas ;

Voilà le prix de nos prouesses !

L'ingrat par nos efforts a cbnnu les appas

De ces dangereuses richesses , Depuis qu'avec le soo-il ne suit plus nos pas • Je m'étois défié toujours de ses largesses:

Je n'osois t'en parler, j'engraissois en tremblant. Ah ! j'avois deviné qu'à l'aspect de l'argent L'homme oublîroit amis , services et p romesses*

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