LE LABOUREUR ET SES B(BUF
N laboureur aimoit bien tendrement ses bœufs ;
Ils étoient doux et vigoureux,
Et constamment toute Vannée
Travailloient sans se rebuter.
Four abréger sa pénible journée»
lieur maître, en les guidant, s'amusoit à chanter ; Quelquefois, n'ayant qu'eux pour toute compagnie , ' Il jasoit de bonne ami^ii^*
Oui, leur d^t-il un jptir , devons j'aurai pitié , Je prendrai soin de vous le temps de votre vies J'en atteste les cieuz f Gourag«, mes enfans, Péfrichez cette ^e|*re, et cultivez ces champs, Vous jouirez de ma reconnolssance ,
Au ^lus tard^dans cinq ou six ans.
De ces riches humains , de leur intempérance.
Vous n'avez rien à redouter ;
Et toujours vous poun^pz goûte^
A loisir la paix çt l'aisance* L'intérêt personnel ouvre bientôt l'esprit.
C'est la meilleure clef d'une langue étrangère; I^e couple , en sillonnant , sans peine l'entendit s
Et, qui plus est; lui répondit
Qu^il acceptoît le terme et le salaire.
Ces bœufs ont plus d'ardeur, contens de leur marché* On les voit dans la plaine au lever de l'aurore ;
Le soir on les y trouve encore Long-temps après que Phébus est couché.
A quoi l'espoir du bonheur les engage !
Ils dévoient en mourir; mais tout alla si -bien ,
Que leur maître qui n'avoit rien Devint en peu de temps un vrai coq de village* Le terme arrive enfin , il songe à son serment , Dès rustiques fardeaux et vite il les dégage ,
Et puis d'un air reconnoissant
Les fait rois de son pâturage* Ayant tout à souhait, fraîcheur, sommeil, ombrage, Bientôt , pour leur malheur , les voilà gras à lard. Le maître étant près d'eux , passe un nojnmé Richard , Gros marchand de bétail ; il approche , il admire De ces deux animaux la force et l'embonpoint t Les désirant beaucoup il ne mai'chande point , Et pour qu'ils soient à lui , bientôt il fait reluire Aux yeux du villageois cent écus bien comptés ; Le cruel y consent s'il les touche sur l'heure ; Puis en Veut vingt de plus , ils y sont ajoutés ; Et nos vieux serviteurs vont quitter leur demeure. Camarade , dit l'un , nous allons au trépas ;
Voilà le prix de nos prouesses !
L'ingrat par nos efforts a cbnnu les appas
De ces dangereuses richesses , Depuis qu'avec le soo-il ne suit plus nos pas • Je m'étois défié toujours de ses largesses:
Je n'osois t'en parler, j'engraissois en tremblant. Ah ! j'avois deviné qu'à l'aspect de l'argent L'homme oublîroit amis , services et p romesses*