‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 146 sur 177 · MON RETOUR A LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

MON RETOUR A LA CAMPAGNE

Je vous revois, cbarmantséioiir,

Biante et paisible chaumière .

Oui , je vous aime et vous préJEère

Au brillant fracas de la cour. •

Le faste , la magnificence

Ne sont pas connus dans ces lîeux ;

La simplicité , l'innocence ,

Y font coul* des jours beuxeux*

De n^a -récolte l'abondance

Sera l'espoir des malheureux.

Je jouirai de mon aisance 5

En la partageant avec eux.

Bientôt appelés par l'automne ,

Délivrés du poids de Télé,

Ils cueilleront avec gaîté.

Les fruits de Bacchus, de Pomone,

Et chacun sous le faix chantant

Bénira le dieu qui leé donne.

Et le inortel qui le» répand.

( la )

Courtisan plein cPart et d'adresse^ Tu profaneà Fencens flatteur Que Ton ne doit qu'à la feunesse r ■Mais quel doit être ton tourment f Car tu n'es pas né pour la feinte.

Ici tu vîvrois sans contrainte , Et nous plairois bien aisément.

Tu n'oses donc être sincère ?

Je te plains , c'est un vrai malheur:

Dans nos hameaux, tout au contraire , On n'oseroit être trompeur.

Chez vous tout est de conséquence , Souris, regards j^ propos, maintien :

Chez nous l'on ne prend garde à rien , Si ce n'est à l'indifférence.

î(otre plaisir , simple et sans fard ^ Mieux que le v^tre se varie ; Comme la fleur de là prairie, XI renaît sans peine et sans art»

Je y\% un jour tout l'étalage Du séjour pompeux de tes grands:

Tout en ce lieu sent l'esclavage \ Je n*y trouvai que l'avantage De n'y rester que peu cf'insCans.

liasse de voir clinquant, dorure.

Sans regret je fis mes adieux.

Et je vind reposer mes yeux Sur un beau tapis de verdure^ Je préférai flûtes, hautbois.

Aux aigres et perçantes voix Des Amphions de vos chapelles , 'Qui sont réduits au seul honneur, TiTe pouvant chanter pour les belle».

De chanter pour le créateur.

J'aimai mieux la course légère De nos frais et joyeux pasteurs , Qui veulent joindre leur bergère , Que la démarche noble et fière De tous vos importans seigneurs.

Ici je revis la nature Dans toute sa simplicité :

Gaîté , franchise , égalité , De ces beaux lieux sont la parure»

On y danse au son du pipeau , Ou Ton partage sous l'ormeau Les dons de la bonne Gybèle.

Les amans y briguent l'honneur.

Non de surprendre quelque belle;

IdaiS d'obtenir, pur laux ardeur.

Femme aussi tendre que fidèle :

Car duvieux temps de l'âge d'oi Chacun y conserve l'usage D'appeler l'amour le trésor.

Le vrai trésor du mariage.

Enfin, auprès de ce hameau.

Je revis paître mon troupeatt:

Combien mon âme fut ravie !

Ah { je jurai que de ma vie Je ne quitterois ce séjour:

Ce serment fait devant la cour De nos divinités champêtres , On le grava sur de vieux hêtres ; Et moi , j'écrivis à mon tour :

Hélas ! n'est-il pas grand dommage Qu'un ami digne d'être heureux Habite un pays dangereux , Et soit si loia de juon village?

Si le chagrin fait à son père Venoit souvent la désoler, D'Henri l'ardeur tendre et sîncèr»

Pouyoit toujours la consoler*

L'œil perçant de la jalouftie Découvre enfin tous leurs secrets s Et la plus noire barbarie Dans cet asyle trouve accès.

Du roi la trop cruelle êpouso Va briser leur tendre lien :

Sans aimer elle étoit jalouse »

Un forfait ne lui coûta rien*

lie prince appelle parla gloire »

Loin de celle qui l'adoroit.

Vole en héros à la victoire.

Et va perdre ce qu'il aimoit.

L'éclat de sa rose chérie.

Va donc pour jamais s'effacer :

Contre son cœur sa douce ami»

Jamais ne pourra le presser.

Pendant cette absence lUcale La reine entre par trahison Dans Vasyle de sa rivale , Et se venge par le poison.

D'amour je dois mourir victime , Dit Rosamonde en soupirant ; L'amour , hélae , fut mon seul crime Et l'aime encore en expirant.

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