‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 148 sur 177 · A MA PARESSE · texte numérisé non relu

A MA PARESSE

Jz me livre à toi pour toujouïi ,

Aimais et <touce enchanteresse:

Tu fais le charme dç mes jours 5 Ne me quitte jamais , 6 ma chère paresse 1

Si tu raleatis mes désirs , Tu modères aussi mes craintes , mes «larmes 9 £t si tu me privas quelquefois de plaisirs , Tu m'épargnas souvent des regrets et des larmes.

Sur l'océan des passions ,

Sans toi , j'exposois mon jeune âge :

Tu peignis à mes yeux des combats , un naufragft ,

Et, grâce à tes réflexions.

Je demeurai sur le rivage.

Tu me prouvas tncor que la tranquillité ,

L'un des fruits de mon ignorance ,

Valoit mieux que la vanité

Et les erreurs delà science.

Si quelquefois de la faveur ,

Des richesses , de ki grandeut.

Je désire la vaine gloire î Si, pour elle, je veux délaiseer nos hameaux ,

Tu retraces à ma mémoire , '

Et les brigues et les complots

Dont il faut toujours se défendre;

Et les noirceurs et tous les maux

Qu'il faut souffrir et qu'il faut rendre ,

Pour mériter un jour de prendre Le nom d'esclave ou de flatteur*

Bientôt des grands et de leur étalage.

Je méprise le faux bonheur , Et, pour en oublier même jusqu'à l'image ,

Je retourne alors dans me» bois Entendre des bergers la musette et la vt>ix ^

Ou des f auyettes le ramage.

Grâces à toi , dans ce séjour charmant,

Tout me plaîtet tout m'intéresse :

Il n'a que le défaut d'être trop séduisant ,,

Et d'inviter 'à la tendresse.

Si mon sensible cœiir alloit se renflammerf Si des feux de l'amour il garde une étincelle j

Et qu'il voulût encore aimer , Ah ! pour ton intérêt , redouble alors de zèle ;

Douce paresse , à mon secours I Bia-moi qu'on ne voit plus dff^cœur tendre et fid^lë^ j

Peins-moi le tourment des amours.

Mais si l'amitié simple et pure Demande mes conseils , mes soins et ma pitié ; Si mon ami du sort éprouve quelq^u'injure 9

Et de la peine qu'il endure S'il faut ressentir la moitié ;.

Chejs l'infortuné qui soupice

S'il faut allei^ verser des pleurs , Prévenir ses besoins , partager ses malheurs f-

£t pour le consoler, lui dire :

Vous soulager», du temps est le plus doux emploi t O ma paresse ! en ce moment tais^toi :

C'est là que finit ton empira..

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