LES DEUX LOUPS
Uwloup malade, et gardant sa lanière, l^etestoit les forfaits de sa dent meurtrière , M le cœur bien contrit renonçoit à pécher/ Un autre loup -voisin, son ami, son confrère, Pour de nouveaux exploits accourut le chercher. Le malade dévot se met à lui prêcher
La morale la plus austère.
Trouhlerons-nous , dit-U , sans cesse le repo»
Et des bergers et dea troupeaux?
Sur leurs malheurs, hélas ! mon âme est attendrie i <^râce au ciel, je deviens aussi doux, aussi bon
Qu'un mouton , Et je vais Vêtre enûn le reste de ma vie.
Oui , si les dieux encor m'accordent quelques jou^s , Je veux les employer à courir au secours
De tous les troupeaux du village.
^'^oîs-moi, devenons bonnes gens; Quel plaisir d'être aimé de totfl le voisinage t
On vit très-bien de racines , de glands.
N'es-tu pas effrayé , dégoûté du carnage ? Les végétaux sont sains et plus appétissans»
Son voisin l'écoute , radmire , Hais craint que l'orateur ne soit dans le délire U gémit, plaint son sort.
Fait ses adieux, et se retireL Trois jours après , tremblant qu'il nw fût mort , Il reut reipir Je pauvre aire^
5ans médecins , on guérit promptement ;.
Il le trouve convalescent , Et mangeant Un jeune et tendre agneau ; puis aperçoit sa mère
Qui dans un coin de la. tanière, Se débattoit encore , et pleuroit son enfant. Oh ! oh ! dit-il alors , flairant la bonne chère , Tu devenois mouton, disois-tu l'autre jour; Tu prenois sa douceur, ses goûts, son caractère ,
£t tu voulois désormais tour-à-tour Protéger les troupeaux ainsi que la bergère.
Ton pathétique et beau sermon Avoit sur mon esprit fait telle impression Que j'allois me réduire au triste pâturage,
Brouter ou llfèïbe ouïe feuillage.
— Quoi l tu serois si sot?.... On ne vit pas de rien. Tiens , partageons , cher camarade ; Tétois mouton, lorsque j'étois malade.
Mais je suis loup quaild je me porte bien,