LA VACHE ET LE LOUP
Une vache , sur son retour.
Se pValgnoit du mauvais pacage Où des maîtres ingrats la mettoient chaque jour. Un loup la voit, l'entend, et , contre son usage.
Il prencf pitié de son. malheur :
Je suis vraiment, dit-il, touché de ta maigreur^ Viens dans nos bois , auprès de nos tanières ; L'herbe fine y croît à plaisir.
Tu pourras dans ces lieux paître tout à loisir ; Car ils sont défendus par moi , par mes confrères* Oh! dans pei\tu rengraisseras^ Qui plus est, tu rajeuniras Dans un aussi bon pâturage ^ ;Et je veux que toujùura on t'en laisse jouir : Au conseil que demain nos loups doivent tenir. J'ouvrirai cet avis ; et je passe pour sage.
La vache répliqua : Je crois de bonne jfoi
Que votre discours est sincère } D'ailleurs, en supposant quelque danger pour moi. Lorsque j'aurois repris Tembonpoint nécessaire, Je crains trop peu la mort pour en sentir l'effiroi ; A l'âge où me voilà, terminer ma carrière î^e feroit , dans le fond , qu'abréger ma misère. Mai^ que faille vivre avec vous î Moi , finir mes jours chez des loups î jTen préservent les dieux ! je verrois à toute heur» Brebis , agneaux, se débattre et périr Sr j'habitois près de votre de»çure ,
( 3ff )
Et je nfi pourrois qu'en gémir.
Ce n'est pas tout , car vous feriez bombance* Des pauvres innocens que j'aurois vus mourir , Et j'entendrois vanter votre affreuse abondance^
— Que t'importe que nous mangions
Des racines ou des moutons ?
Tu nous laisseras vivre à notre fantaisie y
Couserve ta philosophie ,
Safts critiquer notre régal ;
Pourvu qu'on épargne ta yie^
Tout le reste doit f^tre égal.
I^on, dit-elle, jamais je ne serai des vdtresf
J'aime mieux mon chétif repas :
Mal évité pour soi ne sufHt pas , Il faut encor u'en fas voir faire aux autres ,.
FABLE XXXIL