LE VIEUX LION ET LES ANIJIIAUX
AccouRAKT chez tin vieux lion ,
Tous les animaux du canton
Vinrent un jour lui rendre hommage.
De l'amuser chacun espéra l'avantage : Le loup par le récit de maints et maints exploits, f ff renard en citant ses ruseç , son adres&s ,
Soit dans les champs , soit dans les bois ; Le singe voulant plaire aussi par sa souplesse , Sautoit et gambadoit, faisoitcent tours nouveaux ^
Pleins d'esprit et de gentillesse.
L'éléphant marmottoit : voilà des gens bien sots l Certain de mériter sur eux la préférence , Il conta mille traits de son intelligence.
Le lion, en bâiHant, écoutoit leurs propos r
Messieurs, dit-il, je vous tiens g^uittes De visites ^
Je crois que VOUS avez tout dît ,
Regagnez au plutôt vos gîtes ^ Four ma société cette vache suffit; £lle descend d'Io, sans en avoir la g|*ace ; Elle ne prétend point aux tours de passe-passe^ £t ne ae pique pas , comme vous , de bons mots^
Hais elle est franche , tendre, bonne,
Hais elle a pitié de mes maux^
£t n'aime en moi que ma personne.
Hélas! hélas! quand on Vieillit, On a besçin du cœur bien plus que de l'esprit.
FABLE XXXVL
DAHIS ou L'HOMME MAL CO£HIGë«
1j' HOMME est extrême en tout; la modération Le nendroU cependant plus heureux et plus sage-: Il le sait , il le dit , et n*en l'ait pas usage. ' Qui réprime un défaut, ou quelque passion ,
D'une autre éprouve le ravage ;
Même sur ce chapitre-là , On voit des gens tomber de Carybde enScyllar D'un exemple je vais appuyer ma morale»
Damis , le beau Damis , élégant , fait au tour,
Avoit causé plus d'un scandale A la province , à Paris , à la cour ; Il avoit , en un mot , ces défauts et ces vices,
Ces agréipens et ces caprices Qui vous font, chez les sots , nommer îliomme du jour» Un grand , dont il louoit bassement les foiblesse^, Lui refuse un emploi , l'accable de rudesses. Damis , pour l'obtenir, ose en vain-insister; 11 vante ses talens, et, ^i Von veut l'en croire p
Dans l'antique et moderne histoire »
Oh ne pourroit jamais citer
Une injustice aussi notoire.
Honteux de ce refus , il part , vient habiter
Le vieux donjon que lui laissa son père Oui , c'en est fait, dit-il , je me consacre aux champs^ J'y vais former mon goût, changer mon caractère^ Devenir philosophe , et même en peu de lems Je veux être connu du monde littéraire.
Tout est plaisir pour les cœur innocens i
Dans le seîndu bonheur s'écoulera ma vie ?
Ces bois touffus , cette verte prairie Valent mieux que la cour et tous ses faux brillans. D'abord , il se niet au régime , Il rougit d'être intempérant ; £t bientôt il devient décharné , cacochyme,
Tant il vivoit frugalement.
Mon homme étoit frivole , il n'est plus que bizarre ; De prodigue, il devient avare.
Et de trës-ignorant , Pédant.
Le Damis libertin ne savoit que médfre , Car il étoit plus léger que méchant ; Le Damis corrigé compose une satire Contre ce sexe aimable et le gouvernement.
Enfin pour comble de manie , Après s'être piqué long-temps d'être indévot, La voilà devenu cagot :
Il n'a changé que de folie.
FABLE XXXVIL