LE LION LA CHÈVRE ET LE RENARD
Un lion, des plus fiers, tint un jour ce langage A plusieurs animaux voisins de son canton.
Qui, Je craignant, venaient lui rendre hommage : Tenez, mes chers amis , parlez-moi sànB façon :
Quelle est ma réputation ?
Que dit-on de moi dans le monde ?
Ne suis-je point haï?.. ..Vous êtes révéré.
Seigneur, dit le renard, une lieue à la ronde j Dans ce pays , partout vous êtes adoré 5 Le bonheur de vous plaire est le seul désiré; Vous n'inspirez qu'amour, respect et confiancet
Une chèvre qui l'entendit.
Elle étoit jeune, hélas 1 et sans expérience^
Très-brusquement Tinterroippit :
IVon , non, ne le croyez pas , sîre;
Vous demandez la vérité ,
Pourquoi donc ne pas vous la dire?
Vous êtes craint bien plus que respecté.
On blâme tous les jours votre humeur sanguinaire «
£t vos plus beaux «xploîts passent pour cruauté.
Mais onprétendquc'si sa majesté *
Se modéroit ^ changeoit son caractère....
Il suffit, repart le lion , Je ferai mon profit de ta sage leçon ;
Pour aujourd'hui c'en est assez y ma chère.... A propos, j'oubliois, mais depuis très-long- temps.
De te défendre pour pâture La verdure :
Tu ravages et bois et champs.
Et les prives de leur parure ; Tes pareilles et toi dévastent la nature.
Mais je mourrai de faim, dit-elle en sangloltant. Si vous me défendez et Therbe et le feuillage ;
Je n'aurai plos de pâturage :
C'est m'arracher la vie, et bien injustement —En quoi I vous résistez?... quelle audace f... à son âge! C'est un crime qu'un roi ne pardonne jamais,
n est au nombre des forfaits.
Et ma souveraine justice
Veut qu'à l'instant je le punisse.
Tout le monde applaudit , c'est l'usage des court. La chèvre à la clémence alloit avoir recours: £lle espéroit du roi désarmer la colère; Maiji «s ^and coup de dent pour toujoun 1a fit taire»
FABLE XLIIL
LA FEMME COJSTSJÊQUENTE AVEC SON MABt.
— ^/jLa femme , réprimez cette grande gaîté
Qui vous mené à Vétourderie.
— Itlonmari, renoncez à cette austérité
Qui vous conduit à la misantropie.
—Suivez , ma femme , aussi mon plan d'économie; Ketranchez vos excès de prodigalité :
Carious les jours, bon Dieu! l'argent devient plus rare.
— Vous ne verriez en moi que générosité,
Mon clier , ai vous étiez tant soit peu moins avare.
— Détachez-vous encor des jeunes élégans Dont le jargon repait votre coquetterie.
— : Ayez pour nxoi ces soins et tendres ettouclians, ;£t je m'interdirai la moindre agacerie.
— Oh .' pour le coup / quittez votre ton suffisant
Qui, contre vous, chaque jour me courrouce.
— Corrigez votre emportement , Comme un^agneau je serai douce.
— Mais apprenez , madame , enfin f Que de votre sort, de votre être^ -Je suis absolu souverain :
Le ciel me créa votre maître.
De lui, l'homme a reçu le don
De la force et de la raison , Pour protéger la femme , en tout point la conduira Et, quand elle résiste à ses lois, la réduire. Joli caquet, douceur, appas, c'est, en un mot,
Tout votre lot.
—Par ce vieux conte « hélas I ©on cher, on vous abuse
Que vous êtes inconséquent f SI foute la raison esta lui seulement, L'homme est, pour nos défauts, forcé d'être indulgent ,
Et touâ les siens n'ont plus d'excuse.