‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 39 sur 177 · LE LION LA CHÈVRE ET LE RENARD · texte numérisé non relu

LE LION LA CHÈVRE ET LE RENARD

Un lion, des plus fiers, tint un jour ce langage A plusieurs animaux voisins de son canton.

Qui, Je craignant, venaient lui rendre hommage : Tenez, mes chers amis , parlez-moi sànB façon :

Quelle est ma réputation ?

Que dit-on de moi dans le monde ?

Ne suis-je point haï?.. ..Vous êtes révéré.

Seigneur, dit le renard, une lieue à la ronde j Dans ce pays , partout vous êtes adoré 5 Le bonheur de vous plaire est le seul désiré; Vous n'inspirez qu'amour, respect et confiancet

Une chèvre qui l'entendit.

Elle étoit jeune, hélas 1 et sans expérience^

Très-brusquement Tinterroippit :

IVon , non, ne le croyez pas , sîre;

Vous demandez la vérité ,

Pourquoi donc ne pas vous la dire?

Vous êtes craint bien plus que respecté.

On blâme tous les jours votre humeur sanguinaire «

£t vos plus beaux «xploîts passent pour cruauté.

Mais onprétendquc'si sa majesté *

Se modéroit ^ changeoit son caractère....

Il suffit, repart le lion , Je ferai mon profit de ta sage leçon ;

Pour aujourd'hui c'en est assez y ma chère.... A propos, j'oubliois, mais depuis très-long- temps.

De te défendre pour pâture La verdure :

Tu ravages et bois et champs.

Et les prives de leur parure ; Tes pareilles et toi dévastent la nature.

Mais je mourrai de faim, dit-elle en sangloltant. Si vous me défendez et Therbe et le feuillage ;

Je n'aurai plos de pâturage :

C'est m'arracher la vie, et bien injustement —En quoi I vous résistez?... quelle audace f... à son âge! C'est un crime qu'un roi ne pardonne jamais,

n est au nombre des forfaits.

Et ma souveraine justice

Veut qu'à l'instant je le punisse.

Tout le monde applaudit , c'est l'usage des court. La chèvre à la clémence alloit avoir recours: £lle espéroit du roi désarmer la colère; Maiji «s ^and coup de dent pour toujoun 1a fit taire»

FABLE XLIIL

LA FEMME COJSTSJÊQUENTE AVEC SON MABt.

— ^/jLa femme , réprimez cette grande gaîté

Qui vous mené à Vétourderie.

— Itlonmari, renoncez à cette austérité

Qui vous conduit à la misantropie.

—Suivez , ma femme , aussi mon plan d'économie; Ketranchez vos excès de prodigalité :

Carious les jours, bon Dieu! l'argent devient plus rare.

— Vous ne verriez en moi que générosité,

Mon clier , ai vous étiez tant soit peu moins avare.

— Détachez-vous encor des jeunes élégans Dont le jargon repait votre coquetterie.

— : Ayez pour nxoi ces soins et tendres ettouclians, ;£t je m'interdirai la moindre agacerie.

— Oh .' pour le coup / quittez votre ton suffisant

Qui, contre vous, chaque jour me courrouce.

— Corrigez votre emportement , Comme un^agneau je serai douce.

— Mais apprenez , madame , enfin f Que de votre sort, de votre être^ -Je suis absolu souverain :

Le ciel me créa votre maître.

De lui, l'homme a reçu le don

De la force et de la raison , Pour protéger la femme , en tout point la conduira Et, quand elle résiste à ses lois, la réduire. Joli caquet, douceur, appas, c'est, en un mot,

Tout votre lot.

—Par ce vieux conte « hélas I ©on cher, on vous abuse

Que vous êtes inconséquent f SI foute la raison esta lui seulement, L'homme est, pour nos défauts, forcé d'être indulgent ,

Et touâ les siens n'ont plus d'excuse.

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