LE VOYAGEUR MALHEUREUX
VJHEZ les^auvages d'Améri que ^ • Ou bien dans llnde ou dans l^Smque , Depuis ygigt ans un Français cojnmerçoit.
5a conscience enttout point le gutdoit 5 Sa fortune aussi fut modique. •
Croyant jouir d'un meilleur sort.
Lassé de iSoiVe vante vip . ^ Et désirant de revoir sa patrie , • **
Il s'embarqi^ gaunent et fait naufrage au pnorti
Tout y périt par un affreux orage. » ** Excepté lui, vaisseau , passagers, matelots,
Tout fut englovfti dans lés flots.
Content <f être épargiié , se sauvant à la nage , Après nombre d'efforts le voilà sur la place Tel quTau terre^^ paradis Du genre bum^n on peint le premier père.
Dieu soit loué, dit-Â, j'arrive en mon paya !• J'y laissai quelque bien , des parens , des amis;
Je^ne puis craindre la misère.
Qu'avec plaisir surtout ie^reverrai nion frère, Qui m'aimoit et que je cbéris ! * Tout ruissekin* de l'çnde ailièt^, Il se présente à son logis , Le revoit , l'embrasse , je serre Contre son sein; mais l'autre en fuyant de 'pes bras, Jjui dit : sur mon bonneur , je ne vous ronnois pas : Jdon frère est mort depuis quelques années ; Oui , plusieurs voyageurs voiQ^i dit
Qir'allant aux Iles Portunées , Avec sa frégate il périt; Votre récit n'est qu'imposture:
Ces doux liens du sang, mon cœur les sentiroit,,
Et pour vous ils'attendriroit» Oh î comme l'intérêt dégrade la nature f Ses yeiy^iMreconnoissoient bien ; Mais il auroit fallu lui rendre l'héritage
Que sans tarder il réuuit au sien , iit la cupidité redouta le partage. '
2>e sa maison ce monstre le chassant ,.
Par diarité lui donne un chétif yé^ment.
Et lui défeiWl .d'y venir davantage.
Le voyageur sortit indigné, plein de rage:
Pour rentrer dans ses droits , vite iL tourne ses pa»- Vers les,plus, fameux avocats.
On l'écouta d'un. air de n^ligence :
Sans papiers , mal yêtu , dépouillé de tout bien ^ Mon ami, luiilit-on,^ l'affaire ne vaut rien; D'ailleurs il vous faudroit beaucoup d'argent d'avance^ — S'il odefaut des secours , je n'en manquerai pas ; J'ai deux oncles dans la HnSice , Leur cœur est bon , Us nap tendront les Jfras , Et voudront à Ténvî me tirer d'etoibarras.
Chacun d'eux, en ^Tet, l'accueille avec tendi^sser
On recQ{inoît et sa voix et ses traits; Mais sit6t qu'il 8%git d'argent et (le procès ,
L'un répond ave^ politesse:
Vous arrivez, mon cher^ dans un mauvais moment; J'ai marié ma fille , et donne ma parole Qu'il ne me reste pas seulement une obole.
L'autre dit : Quand jeprête , oh ! c'est à vingt pour ceût, Et de plus il me faitt hb gage.
— "Vous faites-là, mon oncle, un fort vîlam métier. — Que veux-tu , mon neveu? c'est aujourd'hui l'usage. — Adieu , je n'eus jamais affaire à l'usurier. Ciel ! quel pays I celles mœurs fquel langage f Sans doute mon ami sera resté plus sage.
Il va chez hii ; c'étoit un fournisseur De la plus grosa^ des armées , Qui dans maint^, maintes cofitrées^ S'étoit livré de tout son cœur Au plaisir d'entasser richesse sur richesse^ Mais de peur de tarir la source du trésor.
Avec prudence, avec adresse , Il avoit enfoui cassettes pleins d'or ; Et de retour alors dans sa chère patrie, Sans train et sans éclat, menoH petite vie.
Se rappelant leur .première amitié , Du voyageur il a presque pitié :
Que je regrette ny^n voyage !
Disoit ce malheureux , je npux me remharquer; '
Des secours du sauvage , ah \ je ne puis mihiquer ! Avec un être hon tous ses fruits il partage.
lie fournisseur qui c^raint de le voir davantage, liui dit: pour l^mérique o^l^e un hâtiment ;
Mais il faut partir à l'instltnt :
Tiens, mon ami , voilà le prix de ton passage.
— Adieu sans ton1)ienfait j'auit)is dit chaque jour i
Sur les rochers , au hois , sur le rivage , Partoi^ enfin aux échos cFalentour :
I^'homme civilisé ne vaut pas le sauvager '