DEUXIEME PARTIE
I. Les découvertes que nous avons eu le bonheur de faire nous ont permis d'augmenter et de compléter les œuvres de Villon. Ainsi, dans notre'édition , le Pelit Testament se composera de quarante huilains au lieu de vingt-neuf. Parmi les onze que nous avons ajoutés, il en est up qui étoit mentionné dans le G. T., c'est le vingt-quatrième :
Item je lesse à Perrenet.
Sur les dix autres, six remplissent une lacune qui existoit et dont personne n'avoit pu se rendre compte. Les quatre derniers ne renferment qu'une divagation scolastique qui a dû être aussi difficile à comprendre du temps de Villon qu'elle l'est aujourd'hui, ce qui aura pu les faire oublier.
Nous atons ajouté au G. T. un rondeau dont l'existence étoit supposée par le huitain qui le précède, et quatre huitains, dont deux forment, avec celui qui ter* minoit cette pièce, une nouvelle ballade. Indépendamment de la confiance que méritent les manuscrits où
nous avons pris tous ces vers, vn s'apercevra à la lecture qu'ils sont véritablement de Villon (1).
Nous avons donné dix vers à la ballade du débat du corps et du cœur de Pillon (a), et cinq uouvelles ballades aux œuvres diverses. Ces différentes augmentations forment un ensemble de trois cent dix-sept vers, qjii n'ont été connus ni de Clément Marot, ni des autres éditeurs qui nous ont précédés (5).
II. Plusieurs personnes ont attribué à Villon (4) : i° Le Recueil des hystoires des repeues franches; recueil de fripponneries dont le titre indique la nature. Il commence par le récit d'un dîner que Villon, maître pissé dans l'art de vivre aux dépens d'autrui, donna à ses compagnons. Le reste du poëme se compose de différents tours appartenant à d'autres aventuriers. Ce que je fais observer avec dessein; parce que sur la foi de l'abbé Massieu, plusieurs écrivains ont cru, et quelques savants croient encore, que Villon est le seul et unique héros des repeues franches* - 2 Le monologue du frann arehier et lé dialogue de
(1) Les additions faites au Petit è\ au Gï*p4 Testament sont tirée* des Mss. R. et Mss. C. dont il est party 5 e part,, S ; er , n°« 2 et 4.
(2) On la trouve avec cette augmentation dans le Jardin de Plattance.
(3) Les ballades que noms faisons imprimer pomr la première fois, et qui sont réellement de Villon, ont été prUes 4^ns lés M*** Ç*t Mss. L f9 .Mss, D. et J. de pL } dont ij. est parlé 3* partie, § i er , n 0> 4,0,1 et 6.
(4-) Ces personnes sont l'abbé Massieu, qni nfr les avoit pas lues, cominJBitaBt facile de s'en apercevoir, quelques aufeors qni l'ont copié , et les Biographes qi#i s'accordent à dire qu'op foi attribue ces productions, lorsqu'il est de fait qu'elles n'ont jamais-été imprimées sous son tiom , ni même comme pouvant être de lai.
messieurs de Haie-paye et de Baille-vent, deux soties, c'est-à-dire deux scènes comiques ingénieuses et fort gaies. Dans la première» un archer fanfaron est mis aux prises avec un épouvantait de jardin; dans la seconda, deux mauvais payeurs se communiquent réciproquement leurs regrets, leurs désirs» leurs craintes et leurs espérances.
5. Le fragment d'une ballade contre les taverniers, qui a été imprimé pour la première fois dans l'édition de La Haye 174s.
III. D'après M. Formey, on aoroit encore attribué à Villon (1):
î* Un codicille dont il n'est parte que dans le titre de la troisième édition de ses œuvres ;
a° Des comédies sur Us principaux événements de la vie de notre Seigneur. Cela West apparemment fondé que sur la prétendue Passion en langage poitevin que Rabelais lui a prêtée; •
5° Le Sommant de Pct-au-Diable , dont Villon parle lui-même. Quoiqu'on dise M. le Duckat , ce Rommant, xiussi bien que la librairie léguée par Villon à son oncle, ne sont apparemment que de simples plaisanteries.
Sur quoi nous ferons observer :
Qu'il est fait mention du Codicille dans un manuscrit et dans deux éditions gothiques (2). L'une de
(1) H. Forney qui a donné l'édition de i/4a. La Haye, Moetjens. Nous citons textuellement*
(a) Le Mss. L, 9 les EdU, An, et Niv., voy. 3» partie. Je dots , «u sujet du Codicille, relever 00e erreur que le lecteur qualifiera. On lit dans 1a Biogr. unir. , art. Vil. : « Trcise ballades , deux rondeaux
ces éditions porle en tête du G. T. : Çy commence le grand Codicille et Testament de maistre François Villon, Par où l'on voit que le Codicille n'est que le G. T., auquel l'éditeur a donné ce nom» parce qu'il peut , en effet , être considéré comme le complément de la pièce, nommée d'abord le Testament de Villon* et connueaujourd'hui sous le nom de Petit Testament* L'autre édition annonce ainsi les œuvres de Villon; Le Grant Testament de François Villon, le Petit Testar ment, son Codicille, son jargon et ses ballades. On croir roitque le Codicille est une pièce à part, mais il n'en est rien. U j a donc confusion dans l'ordre de ce frontispice» qui doit se construire de la manière suivante : Le Petit Testament de François Villon , son Codicille et Grant Testament, ses ballades et son jargon. Il y a également confusion dans le titre du manuscrit : Ballades extraites du Testament et Codicille de maistre François Villon, lisez , du Codicille et Testament*
Pour ce qui est des comédies, nous ne connoissons qu'un seul écrivain qui ait positivement cilé, comme étant l'œuvre de Villon, cfcuac scènes Comiques fort courtes (i). Ce sont le monologue du franc archier et le dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent. Cet écrivain , je crois ; vit encore , et loin d'avoir égaré M. Formey, il est à présumer» au contraire, qu'il a
»et quatre antres pièces suivent le Grand Testament, et en sont U • seconde partie on le codicille.» Si l'auteur de cet article a voit ouvert le Grand Testament, il auroit vu que les pièces dont il parle en sont les épisode», entrent essenticiteineat dans sa composition et ne le suivent pas.
(1) Potlêi français , depuis U \i* siècle jutqu'à Ata(herb$s (anon.)
été loi-même induit en erreur par l'assertion gratuite de ce savant éditeur.
Reste le Rommant dn Pet -au - Diable , qui comme le présume M. Formey, n*a peut-être jamais existé (1). En supposant qu'il y ait eu une production portant ce titre, il ne seroit permis à personne de l'attribuer à Villon, puisqu'il dit lui-même qu'il a été grossoyé par maistre Guy Tablerie,qu 9 est hom véritable. Grossoyer signiGe ici composer. Le sens en est clairement déterminé par les mots hom véritable* c'est-à-dire, auteur véridique.
1Y. Allant au-delà de tout ce qu'on avoit supposé avant lui et Faisant ce qu'aucun éditeur n'auroit eu la hardiesse de faire, l'auteur du manuscrit A(a) , homme peu érudit et manquant absolument de critique , vouloit augmenter son édition de quarante- cinq ballades ou rondeaux, presque tous extraits du Jardin de plaisance, et cela parce qu'il pensoit que ces productions , dont quelques-unes sont ingénieuses, ne pouvoient avoir d'autre auteur que le poète Villon.
V. Tout étant donc réduit à sa juste valeur, il demeure constant que les œuvres 'du poëte Villon comprennent et ne doivent comprendre que ses deux Testaments , trois épilaphes , onze ballades et le jargon» Elles furent un des premiers ouvrages littéraires que la presse mit au grand jour. Le texte de cette première
(i) Je crois avoir lu, ou entendu raconter, une espèce de conte, où nn mauvais garnement, après avoir promis an diable, dont il réclamoit l'assista ace , une portion de sa personne, lui donna un grand pet-, quand sa besogne fut faite. (V.Gr. Test., h. 78.)
(*) Voy. 5 # part., $ i\ n° 6.
édition est assez pur» mais il fut considérablement altéré dans celles qui la suivirent; ce .qui porta le père des lettres, François I er , à en demander une nouvelle à Clément Marot, son varlet-de-chambre (i).
VI. Dans une préface, que nous avons cru devoir conserverie poète éditeur nous apprend que, pour l'amour de son gentil entendement et en récompense de ce qu'il peut avoir apprins de luy en lisant ses œuvres , il a fait disparoître Us fautes de copiste sans toucher à C antiquité de son parler 9 à sa façon de rimer , à ses mcslées et longues parenthèses, à la quantité de ses syllabes, ne à ses couppes tant masculines que féminines, es quelles choses, Villon n'a suffisamment observé les vrayes règles de la françoise poésie. Ces derniers mots disent en d'autres termes que l'homme qui a rendu à la poésie de son siècle le même service que rendit plus tart à notre prose le célèbre et trop peu estimé Balzac, ne s'est point assujéti à quelques-unes des règles que ses vers ont, sans doute, donné lieu de créer.
Du reste Marot désire que les jeunes poètes de luy appr oignent, à proprement descrire 9 et qu'ils contrefacent sa veine; mesmement celle dont il use en ses ballades, qui est vrayment belle et héroïque ; et ne fait doubte qu'il n'eust emporté le chapeau de laurier devant tous les poètes de son temps, s'il eust été nourry en la court des roys et des princes, là oii lesjugemens
(i) D'après Fellcr, Die t. hist., et je ne sais qui encore, François !•* « s'est donné le tort de, faire réimprimer Tillon. » Je pense , au contraire, que sa conduite, dans cette circonstance , fait autant d'honneur a son goût que le Ëlame de Fellcr en fait peu a sa critique.
( 47 ') se amendent et tes langaiges se polissent. Plus bas il ajoute : Le reste <Us œuvres de nosire Villon, hors cela, c'est-à-dire à l'exception des legs qui, selon lui, deviendront de jour en four moins intelligibles, est de tel artifice, tant plain de bonne doctrine, et tellement painct d§ mille belles couleurs, que le temps, qui tout efface, ju&qués iej ne Ca sceu effacer, et moins encore l'effacera ores, et d*icjr en avant, que les bonnes escriptures françoyses sont et seront mieux congneues et recueillies que jamais»
VIL L'auteur de l'article Villon , dans la Biographie universette, préfend néanmoins que le temps a beaucoup effacé daûs la gloire de notre poêle. Ce démenti donné aux prédictions de Marot, mérite d'être comparé à ce qu'a rêvé Pasquier dans ses recherches sur la France , où il dit que le savoir de Villon ne gisoit quen apparence, ou bien au jugement plus curieux encore d'Antoine du Verdier, dont nous citons Les propres paroles : Il a fait, dit- il, quelques rimes remises en leur entier par Clément Marot , et m tsmerveille comment il ose louer un si goffe ouvrier et ouvrage, et faire cas de ce qui ne vault rien; quant à moi, je riy trouve chose qui vaille (*). Quatnd on a le goût ainsi fait, on devroil prudemment ne pas le laisser conuoître. Qp'on rapproche, Villon de ses contemporains; et l'on verra s'il étoit goffe ouvrier. Son goût, ainsi que le dit Patru (2), éloit aussi fin quon pouvoit Savoir en son siècle. Fauchet l'appelle un des plus nobles
(1) Bibliolh. française.
(a) Remarque sur Faugclas*
( 4» ) esprits dont Paris, dont la France puisse se vanter ( i )* Henry Etienne, et d'autres écrivains judicieux , pensoient avoir complété l'éloge d'un littérateur, lorsqu'ils avoient pu dire de lui : C'est ainsi qtiécrivoit Villon (a).
VIII. Au XV e siècle il suffisoit, pour être poëte , de faire de» rimes, bonnes ou mauvaise*. Villon fit des vers, et des vers pleins de sel et d'agréments. La langue poétique étoit hérissée de mots barbares, de coastruc* tions vicieuses, de rimes moins que suffisantes. Villon sut entrer dans son génie (5); il l'écrivit avec autant de pureté que d'élégance. Ses rimes, toujours d'accord avec le bon sens, ont encore le mérite d'être riches. Voiià, sans doute, ce qui a fait dire à Boileau :
Villon sut le premier, dans ces siècles grossiers , ■ Débrouiller Part confus de nos vieux romanciers (4).
Marot avoit dit avant loi :
Peu de Villon en bon scavoir :
Trop de Villon pour décevoir.
Jouant sur le mot villon qui signifie filou , frippon. Si on se rappelle que, dans sa préface, il se glorifie de l'avoir étudié , et mesmement d'avoir profité beaucoup avec lui, on ne balancera pas à reconnoitre Villon pour le père du style que nous appelons marotique, qui , au fond , n'est autre chose que la naïveté, la grâce -et l'esprit, qui prêtent des charmes toujours nouveaux à notre vieille littérature.
(0 Origine du Cheval., lir. i« r .
(a> Pripar. àVApoL pour Hérodote, et Héritier, Véritable Rabelais.
(5) Abbé Mattieu , Hitt. poét.
(4) Jrt.pocf. , ch. i* T . K
( 49 ) IX. Le» deux Testaments deVjllon sont deux satires
«tesmœursdutpmps, et surtout de celles des personnes avec lesquelles il étoit en rapport; personnes peu honorables» j'en conviens, ce qui excuse un peu la licence, il faut dire le mot, l'obscénité de quelques-uns de ses vers (1). Gomme Ta très-judicieusement observé Marot, il faudroitconnoltre ces hommes. là pour sentir tout ce qu'il y a de finesse dans les legs qui leur sont faits. La chose lui paroissoit impossible de son temps,
je ne pense pas qu'elle soit plus facile aujourd'hui.
X. Quant aux ballades et rondeaux qui servent d'épisode au Grand Testament ou qui composent les œuvres diverses , nous n'ajouterons rien à l'éloge qu'en fait Marot; nous dirons seulement que Mervesin(s) et ceux qui l'ont copié ont eu tort de croire qu'il avoit ressuscité ce petit poëme. Villon le trouva en honneur; il le rendit plus régulier, plus gracieux, plus piquant, et Je porta à un degré de perfection oii Marot lui-môme a'est pas parvenu, quoique Boileau, dans. son Art poétique , mette au nombre de ses titres littéraires celui d'avoir fait fleurir les ballades.
On a va, dans la première partie de notre Mémoire, à quelle occasion chacune des pièces qui forment les œuvres de Villon a été composée]; nous croyons donc
(1) Une chose qui 'surprendra les personnes qui ne connoissent pas la littérature du moyen-âge, c*est la licence des expressions, dans la poésie surtout. Villon qui peut, à bon droit, effaroucher de temps en temps les oreilles pudiques, n'est cependant pas celui dea privais» où l'on trouve le plus de dévergondage.
(*) But. d* ia poé$.
( 5o ) pocrtorr, sans entrer cfan?deplû4 impies- détafts,p4s&er à la notice que nous avons promise sur les dffi&e&tes éditions qui eri ont été faites et le* manuscrits qttàir6us avons éorisultés.
TROISIÈME ÊÀftTÏÈ.
DES MANUStftlTS Èî DES blPP^AÉNTBS ÉMîTONS
m& awvws! d» vjuml
si--
I . JLé ptfëiftf 6* îfraiitttèfetf que Mds. «tous «tumulte oorrtiètrt hé pOëriés der Gfeaplés ifOriéans , père do Lotii* XÏI , pari** lésrçàèiïé* *<ttét itfteroàAéé* ptaçfotate bàffodes, fottdédita ëi eWtttytditites dont kit «rofeoti ftik hoitima^é, àtttfs (Mtffe, tes pfc^tfotelllpffl&plii* distingués (1).
Ce* instnùéMï eèt d'ûifo béétilë ^enSàrqrrablé. IF f*ovient, ëëloti râBb* Sàllie* (2}, dû «faite «toSèJ^rlày, pétit-fifà dé Cofbèrt, qui Tatôît acqfcft dto rf; BdHtt*deux. « Les monogrammes de Catherine de Médicis, 9 dont la couverture est toute semée , ne permettent
(i) U teftit pôtfsftlé Aeétf <jtië H £ritatt:GhitrM eh% recueilli' cet pièces *b tfataVe**, éVleb ëûf ftft insérer ta» I* recueil 4* fevpoélies pour les conserver»
(a) Aftm. dôfAcad. des Belles lettres , t. i3, p. *$o*
» pas de douter, ajoute M. S al lier, qu'il n'ait appar i tenu: à cette reine , et les armes de-Chartes, due #Qi- » léaùs, qui sont empreintes sut 1 l'a première feuille » avec celles de Valentine dé Milan *a rtrèfe, iiteiëuetf t i assez qu'il est sorti de la bibliothèque d'Henri II. » Notrs avons tfré <fe ce ma n Us C r* \à baltadtf i
Je meurt de soif «après de la fontaine*
Elle porte le titré de Ballade Villon; ce qui , eA style du temps, veut dire ballade faite par Vïfton (i).
II. Dans un manuscrit formant uu recueil de vingt pièces, dont l'avant dernière est l'Hôpital d'amour, et la dernière le Petit Testament de Villon , nous avons pris tes dix hui tains, dont six forment le commencement de ce petit poème et quatre la fin.
Ce manuscrit remonte jusqu'au temps de Villon » et s'il ne renferme pas le reste de ses œuvres c'est probablement parce qu'elles n'éloient pas encore connues. Il est bien écrit et bien conservé. Le texte en est pur et meilleur que celui dès éditions gothiques ; quoiqu'il ne soit cependant pas exempt de fautes (2). '
III. Un manuscrit donàé h la Bibliothèque <fa Roi par M. Langlet, le 25 avril 1744» contient un choix de lettres en prose , épftres en vers, ballades et autres pièces. Les ballades de Villon y sont ainsi annoncées : Ballades extraites du Testament et CadisUU damais-
(i)Voy. Œuvre» diverse*.
(a) Voy. a* part, n« a , et Petit Testament , la dernière Note.
(5a) trt François FUlonli). Suivent toutes les ballades du Grand Testament , celles qui forment les œuvres diverses du poëte, son épitaphe et une ballade contre le9 ennemis de la France (2) , qu'on ne trouve pas ailleurs.
Ce manuscrit, que je crois avoir été fait vers la fin du XV* siècle, est terminé par un rondeau et une ballade de Jehan Marot. Ces deux dernières pièces m'ont paru écrites d'une autre main , quoique ce soit toujours le même genre d'écriture ; d'où je conclus que le reste du manuscrit leur est antérieur*
IV. Un quatrième manuscrit , provenant de la bibliothèque de M. Coislin , renferme : i° L'histoire de Mé- 1 usine, rimée par un sire de Parthenay; a* L'épitaphe de Villon en ballade, le Petit et le Grand Testament.
Dans le Petit Testament nous avons trouvé le huitain où est renfermé le legs de trois gluyons de Feurre, mentionné dans le Grand Testaient, huit. 67.
Dans le Grand Testament, outre deux huitainset un rondeau, nous avons trouvé trois ballades, dont deux paroissent avoir été faites par Villon ; l'une tandis qu'il étoit en prison à Meun , et l'autre durant son exil. La troisième termine le G. T. (3).
(1) Voy. pour ce titre , Mém., a« part., n° 4-
(a) Voy. i w part., n» 19.
(3) Ces deux ballade* commencent , la première par ce Tcra :
Ayez pitié, ayei pilié de moi.
La seconde par celui-ci :
FotIudc fus, par Clercs, jadis nommée.
( V. QEuv. ^4.)
(55) L'écriture de ce manuscrit n'est ni bonne ni correcte. Le Petit Testament en entier et quatre pages du Grand sont de la même main qui a copié le Rommant de Parthenay et de Lusignen.
V. La bibliothèque de l'Arsenal possède un manuscrit signé J. B. C'est le travail d'un littérateur qui se proposoit de donner une nouvelle édition des œuvres de Villon , conforme au manuscrit de la bibliothèque Coislin. Les noies de ce commentateur sont en petit nombre [et assez mal rédigées. La notice sur Villon manque de critique, ainsi que le rerte de son travail*
VI. Je dois dire ici que j'ai pris dans une espèce de poétique» composée du temps de Villon et imprimée sous le titre de Jardin de plaisance , un dixain qui est le troisième de la ballade du débat du corps et du cœur de Pilton, plus une ballade sur les povres housseurs. L'auteur de ce recueil ne cite personne; mais il paroit^avoir pour principe de mettre à la suite les unes des autres toutes les pièces qui appartiennent au même poëte. Or cette ballade , qui d'ailleurs à un air de famille, se trouvant intercalée parmi celles que nous savons être de Villon , j'ai dû la prendre et en enrichir mon édition.
Comme on le voit, aucun .manuscrit ne renferme dans leur entier les œuvres de Villon. J'ajouterai qu'il n'en est aucun qui puisse servir de guide , k cause des fautes évidentes dont ils sont tous plus ou moins chargés : comme on pourra s'en convaincre en consultant nos variantes et en les rapprochant du texte tel que
nous l'avons rétabli, Je passe aux différentes étirions co&nues.
I. La première et la plus ancienne ne porte ni date ni nom d'imprimeur. Je Val trouvée dans un roi urne ayant la forme d'un in-8 9 , avec le recueil deshystoires de* repeues franches, la farce de Pathelin et les poésies d'Alexis de Lyre* Les repeues franches ont été imprimées par Jean ïrepperel , sans date; la farce de Pathelin a été imprimée par la veuve de Jean Treppe* rél(î);eiles poésiesd' Meœisde Lyre, papP.IeCaron. Cette édition de Villon est, sans contredit , la pins belle et la plus correcte des éditions gothiques. Le Grand Testament y est précédé de ce titre: Cy commence leGrant Codicille et Testament maistre François Villon.
IL \a seconde gothique est celle de Ni vers; Paris, $ans date > avec des vignettes grossières » ayant pour tftrfe : L& Grand Testament maistre François Villon y et le Petit , son Cçdicille avec le jargon et ses bçtUades. Le tout'est suivi de h Quenoilte spirituelle , et d'une épîlre du poçte lauréat, Fauste Audrelin de Forly, ii Louis XII, après la défaite des Vénitiens; translatée par Guillaume Grelin (2).
Dans celle édition le style de la ballade Et fussent fy
(t)tfafraote mansacrite donne pour date d'impression, à€asj«îf* la«t «Vannée \i&*
{.a) lljpt parié quelque «ftrt ^'aae édition gothique faite jpar Jean {UveroVJe n/ai pas pu vérifier ai elle éttyt différente de celle dont nous parlons ici, qui est de Guillaume Niverd.
(55 ) 90,1m apo$toU$ a {été moderne : je veux dite qu'on en a fait disparaître tous les mots qui avoient (Jès-lors cessé d'être en usage. A l'exception de quelques vers qui manquent , elfe est fidèle et même cor Recta ; car les (autel qu'on y rencontre doivent être attribuées au HUgivaî* goût de l'éditeur plutôt qu'à la négligence de l'imprimeur.
III, La troisième, que nous n'avons trouvée nulle part, et que nou? citons dans nos Jeçons diverses sur la foi <Je l'édition Coustellier , est celle de Vérard, sans date, gothique.
IV. La quatrième fait suite as* œuvres de Marot,. hnprimées à Paris par Jean Biguon en i53o; vendue en la boutique de Jehan Longis : ce qui me donjie lieu de croire que M. Forme y s'est mépris lorsqu'il a inséré dans son catalogue une édition de J. Longis et une do J. Bignon.
Cette édition eti la première de celles de Marot (î); c'est aussi la moins correcte, ou, pour parler plus exactement , la seule qui soit incorrecte; car les autres ont été faites avec beaucoup de soin. fiHe porte en titre : Les œuvres, de François FÏltôn, de Paris , reveues et remues en leur entier par Clément Marot, varlet-deehambre du roy. Elle ne renferme pas le jargoq.
Les corrections de Marot se réduisent à fort peu de chose. Il a rétabli le texte, qu'une main maladroite avoit altéré en voulant le corriger. Quant aux vers qu'il
(») Du moins , la prauiert de celles q«e nota* connaissons.
dit avoir refaits , on les trouve dans l'édition n* i* et dans les manuscrits.
La cinquième a été faite en 1 53 2 pour Gatiod du Pré, avec ce titre : Les œuvres de maistre François Villon w le monologue du franc archierdeBaignolet, le dialogue des seigneurs de Malle-paye et de Baille-vent. Le texte est horriblement défiguré dans celte édition, qui a été évidemment faite siir celle de Niverd, mais qui vaut beaucoup moins. Les fautes dont elle fourmille , ses vers allongés ou raccourcis, nous donnent une idée des ravages que doit avoir exercés sur la littérature du moyen . âge, la manie de corriger le style des écrivains^ mesure qu'il vieillis soi t. . • -
VI. La sixième est de 4 55s ; Paris, Ànlhoine Bonnemère. Elle ne diffère de la précédente que par quelques fautes d'impression.
VIL La septième, qui. se vendoit chez Gaiiod Dupré
en i533, est la seconde donnée par Marot, et peut-être
la plus belle et la plus correcte. C'est d'après celle-là
* qu'ont été faites les éditions' Goustellier et Formey„
dont nous parlerons bientôt.
VIII. La huitième, sans date, chez les frères Angetîfers, est la troisième de Marot ; ce qu'ignoroit M. leDochat, puisqu'il la met au nombre des vieilles éditions.
IX. La neuvième chez Ambroise Gyrault, Paris, 1 542» est la quatrième de Marot. Je soupçonne que cette édition est la même que celle qu'on dit avoir été faite par Alain Lolrian et qui porte la même date.
X. Noua n'avons pu découvrir l'édition tans date, avec figures et lettres ronde», faite à Paris par ou pour Denys Janot. t
XI. Urbain Goustellier donna à Paris, en 1738, une édition des œuvres de Villon , corrigées par Marot , à laquelle il joignit des leçons diverses très-imparfaites et remplies d'erreurs; plus, quelques notes de M. Laurière, et un Mémoire en forme de lettre» composé par le père du Cerceau. Cette édition , de même que Ta suivante» qui lui est incontestablement préférable sous d'autre^ rapports, est d'une correction qui ne laisse rien à désirer.
XII. En 174a M. Formey fit réimprimer, à La Haye» par Adrien Mœtjens, les œuvres de Villon, conformémentencoreà l'édition deMaroL II joignit auxremarques de Laurière celles de M. leDuchat et les siennes. Outre la dissertation du père du Cerceau, it fit imprimer un Mémoire qui ne diffère en rien de l'article biographique qu'on lit dans le dictionnaire de Prosper Marchand* et une lettre critique fort peu intéressante qu'il auroit pu laisser dans le Mercure de France, où elle dormoit en paix.
Cette édition et la précédente sont suivies : 1* des repeues franches ; **' du franc archior de Baignolel ; 3° du dialogue de MM. de Malle-paye et de Baille-ventf 4° de trois ballades fort jolies que Coustellier dit avoir misas dans son édition pour les conserverai)*
(t) II. Coustellier appréhendoit tellement que ces trou ballades nt> s'égarassent, qu'il les fit mettre à la suite d'uo autre ouvrage du moyea-age, où je me rappelle de les avoir lues.
Elle «6t la seule où l'on trouve le fragment do la liai laie confire les Ta* orniez , que M. Bdhiae dpnna h M. de la Mrmnoye pour être de Villon (i). .