QUE YILLON BAILLA A MONSEIGNEUR DE BOURBON
Le mien seigneur, et prince redoublé, Fleuron de lys , royalle geniture , Françoys Villon, que travail a dompté A coups orbes , par force de batture ;
{{$) N'attend* . N'attends pas pour mettre mes avisa profit, jusqu'à ce qu'il t'en soit mésarriré.
'Celle ballade et la suivante ne sont point dans le Jardin de Plaisance, où est celle de son appel» ainsi que celle qui contient ses remercîments à la cour, ce qui «ne donne lieu de penser qu'elles sont postérieures à sa première condamnation , et peut-être à toutes les deux. — Charles I e *, duc de Bourbon, mourut le 4 décembre ii&6. Jean II, qui loi succéda, ne mourut que l'an 1487. — Marot a imité cette ballade dans son Epltre à François I". C'est lui qui a fait le titre. Je voudrais bien savoir quel est le motif qui l'a porté à dire qu'elle avoit été baillée au due de Bourbon, plutôt qu'au duc d'Orléans.
(3) Que travail a dompté. Qui a été corrigé par les .maux qu'il a enduré.
(4) A coups orbes. Se rapporte au verbe dompté. Villon dit que son naturel a été dompté par la souffrance , qui lui a porté de rudes coups, et Ta soumis à force dé le battre.
5 Vous supplie, par ceste humble escripiore»
Que loj laciez quelque gracieux prest.
De s'obliger en toutes cours çst prest ; Si ne doubles que bien ne tous contente, Sans y avoir dommage 9 n'inferest ,
1 o Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
A prince n'a ung denier emprunté , Fors à vous seul, vostre humble créature.
Des six escuz 9 que luy avez preste, Cela pieça il mist eq nourriture.
1 5 Tout se payera ensemhle 9 c'est droicture , Mais ce sera légèrement et prest Car se du gland renconstre en la forest D'entour Patay, et chastaignes ont vente ,
(5) Humble eseripiure. Humble requête.
(7) De f obliger, etc. Il est disposé a vous en passer reconnaissance devant la eonr que vona désignera.
(S) Sine, etc. Ainsi n*ayes aucune crainte sur la disposition où il est de tous rembourser.
(9) Sans y, etc. Sans éprout er avec loi ancane perte sur le capital, et sans qu'il tous en revienne les intérêts.
(îa) Postée humble créature. Dont il est le serviteur et rhamble protégé.
(ifoCetapieca. Gela 8 j a quelque temps.
(t5) Cett droicture. C'est juste.
(16) Légtirement, etc. Sans contrainte et promptement.
(17) Car te t etc. S'il rencontre du gland dans la forêt de Patay. Il n'y avoit point de forêt à Patay ; et Ton n'y cueilloit pas de châtaignes.
( 3*» ) Payé vous Liens, sans delay, n'y arrost :
20 Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
Si je peusse vendre de ma santé
A ung Lombard, usurier par nature,
Faulte d argent m'a si fort enchanté,
Quej'ta'prefljdrabvcecroyjé, Fâidventurc.
s5 Argent! ne pend à gippon, ne ceincture ; Beau sire Dieu*, j« m'esbahy? que c'est ; Car devant rm>y croix ne se compaitoist Sinon de boys, ou pierre, que ne mente; Mais s'une fois la vraye m'apparoist ,
3o Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
ENVOI
Prince du lys, qui a tout bien complaist, Que cuydez vous, comment il me desplaist ,
éAM^AMMMM^^^UMtta^t.
(19} Payé y etc. Alors Tons serez payé sans retard, et il ne sera pas nécessaire qu'un arrêt 111 '/contraigne. . %
(aa) Lombard. (?.♦>. ï; , h. U-)'
(a3) Fautif lie besoin d'argent m'a si-bien persuadé*
(a4) Que fer* , etc. Que j'en tenterais ,. je «rois.
(a 5) Argent. Je n'ai de l'argent ni dans* mon hat>if , ni dans* ma ceintûrbj
(a6) Je m'etbahyz , etc. Je ne le connois plus.
(27) CraijB.Bst ici pour monnoye. Je ne vois aucune'pièce d'argent.
(28) Si non do boit. 11 dit qu'en fait de croix, il ne voit que celles -qui sont dans les carrefours et' sur les chemiiis , qa'it ne voit plus -celles qui sont frappées sur les monnoies.
(29) La vraye. Jeu de mot.
(3i) Quia tout, etc. Qui te plais à faire toute espèce de bien. (5a) Que cuidez, etc. Si vous saviez combien il m r est pénible.
(5«) Quant je ne puis venir à mon entente?
Bien entendez; aydes moy, s'il vous plaist; 55 Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
SUBSGBIFTION DE LADICTE BEQUESTE.
Allez lettres, faictes ung sault T Combien que u'ayez pied ne langue ; Remonstrez, en vostre harengue , «Que faulte d'argent si m'assaulf .
BALLADE
Tant grate chèvre que mal gist ; Tant va le pot à l'eau qu'il brise ; Tant chauffe-on le fer qu'il r ou gist ; Tant le maille-on, qu'il se debrise ; Tant vault l'homme comme on le prise ; Tant s'eslongue-il, qu'il n'en souvient ;
(33) Venir à, etc. Faire ce que je désire.
(34) Bien entendez. Vous me comprenez.
(39) Que faulte. Dites que le besoin d'argent me presse. (1) Mal gist. Se fait mauvaise couche.
(4) Tant. On le bat tant quïl casse.
Tant mauvais est , qu'on le desprise ; Tant crie l'on Noël, qu'il vient
Tant raille -on, que plus on ne rit ; 10 Tant despend-on, qu'on n'a chemise ;
Tant est-on franc , que tout se frij; ;
Tant vault tien , que chose promise ;
Tant ayrac-on Dieu , qu'on suyt l'Eglise;
Tant donne-on, qu'emprunter convient; 1 5 Tant tourne vent, qu'il chet en bise ;
Tant crie Ton Noël, qu'il vient.
Tant ayme-on chien, qu'on le nourrist ; Tant court chanson, qu'elle est apprise ; Tant garde-on fruict, qu'il se pourrist; 20 Tant bat-on place, qu'elle est prise ;
(8) Le peuple orioit Noël à l'arrivée !des princes, à leur naissance, tt dans quelques antres solennités publiques.
Le verbe crier a deux sens ; il signifie crier et appeler. Le proverbe joue sur cette double signification. Le peuple, dans set cris de joie, appelle si souvent Noël qu'à U fin il arrive.
. (9) Tant railU. A force de railler on ennuie.
(10) Despend-on. Dépensc-t-on.
(11) Tant est-on franc. Bon , loyal dans ses procédés. (i3) Tantayme. A force d'aimer Dien , on fréquente, etc
(i5) Tant tourna. A force de varier, le vent se trouve à la bise. (18) Tant court* La ebanson est chantée si souvent , etc.
Tant tarde-on, qu'on faolt à l'emprise ; Tant se haste on, que mal advient; Tant embrasse-on, que chet la prise ; Tant crie Ton Noël, qu'il vient.
; ENVOI
s5 Prince, tant vit fjol qu'U s Vdvi#e> ;, Tant vfrrU, , qu'^pi?ès il wwt ;.
Tant le matte-on , qu'il se révise ; Tant crie Tau Noël, qu!il vient*
AUTRE BALLADE
Je congaois bien mouches çq lafct ; . Je congnois à la robe Vhpnune j Je çonguoisJç, bew> tçmp^ du, laid, ; Je congnois au pommier, la pomme ; 5 Je congnois l'arbre, à veoir la gomme ; Je congrues, quant tout est de mesmesi:
(2») FomU à Vemptbe, <&*'+* perd te montent ftTorablé. (as) Que mal advient. Qb\m* gâte tout. *
(a3) Tant embraie». Oft.vatf Qftfecmertttot deichate»*U»s*§e*br8J, que ce qu'oo tenoit déjà tombe.
(a5) Qu'U s'adtit* Qp'iUevitiiMafce.
(a 6) Tant va-if* 11 fcjtUo* de fêtiez
( 27)" Tant /f , A . foroe dfftftre ptyù>> d^éftte frappé.
(6) Çaawd tmt.ert a^mwne$iJ»œiaj^'ûijàTémtbttort^
( 525 ) Je congnois qui besongne, ou chomftte ; Je congpois iput, fors que moy-mesme.
Je congnois potirpôinct, au collet ; 10 Je congnois le mOyne* à la gonne ;
Je congnois le maistre, au valet ;
Je congnois au voyle, la nonne ;
Je congnois quant pipeur jârgonne ;
Je congnois folz, nourriz decresmes; i5 Je congnois le vin, à la tonne;
Je congnois tout , fors que moy-mesmc.
Je congnois cheval et mullet ; Je congnois leur charge et leur somme ; Je congnois Bietrii et Bette t ; 20 Je congnois gect , qui nombre et fcoralirie;
^*ju»' i i v » i i ■ i
(7) Qui beMmqto % efe. Qtai travaille , ml ne fait rieti.
(8) Fors q ue. Excepté.
(9) P&tfrpofmcf .Vêtement qui coùvroit la partie supérieure du corps de l'homme. Noua en aroos a pea près la tioFtaVa dans fetidea habit de bour.
(10) Gonne. Habit.
(ri) Quant pipeur. Lorsqà'un*oharlalan bavarde.
(i4) Fou. Ceux qu| font k métier de fou auprès dfci grands, et qui sont délicatement nourris.
{iS)Son%niOk La quantité de marchandée qa*ilt périrent porter.
(19) Bktrià ot&êUei. Sana doute, filles poMqdès.
(ao) Quî nombre , etc. Qui compte et augmente les pointa dtt joueur.
Je congnois vision, en somme ; Je congnois la faulte des Boesmes; Je congnois le povoir de Homme ; Je congoois tout , fors que moy-mesme.
envoi. .
a5 Prince, je congnois tout en sommé ; Je congnois coulorez et blesmes ; Je congnois mort qui nous consomme; Je congnois tout, fors que moy-mesme.
ESPITRJE.
Aiez pitié, aiez pitié de moy , À tout le moins, si vous plaist, mes amis.
En fosse giz, bon pas soubz houz ne may , En ceste exil, ou quel je suis transmis.
(ai) VitUm en somme. Bête qui Tient durant le tomme il.
(aa) Boetmes. Je connois le tort dea bohémiens sectateurs de Jean Hus et de Jérôme de Prague.
* Cette ballade est tirée du M$t. C. (V f Mém. , i v « pag., n° i5.) ■ (1) Imitation du t met qoe l'on chanté quelquefois aux messes des morts , ftfiseremini, etc.
(5) En fout. Je suit couché d An s un cachot, ce qui n'est pas aos»i agréable que d'être, avec son amie» couché âoua ira toux ou «ou» un may.
(4) Encôttê. Ceste pour cet. Tran$mii t Condamné.
( 3*7 ) 5 Par fortune, comme Dieu Ta permis.
Filles, amans, jeunes genfc et nouveaulx ;
Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,
Vifs comme dars, aguz comme aguillon;
Gousiers tintans clercs comme gastaveaux
10 Le lesserez là, le povre Willon ?
Chantres, chantans à plaisances, sans loy ; Galans rians, plaisans en faiz et diz :
Coure ux, alans francs de faulx or, d aloy ; , Gens d'csperit, ung petit estourdiz , , 1 5 Trop demourez ; car il meurt entendis.
Faiseurs de laiz, de motes et rondeaux ; Quant mort sera vous lui ferez chandeaux.
(6) Nouveauté. Nouveaux mariéf.
(j) s Faisans, etc. Faisans des salamalecks , des gambades.
(9) Gousiers, tic. Gosiers qui rendez un son rauque ; un son aussi clair qne celai dn grelot.
(11) Chantres, etc. Qui chantez par plaisir, sans obligation.
(la) Galans, etc. Bon vivans , toujours rians , on disant ou faisant quelque chose pour rire.
(i3) Coureuoo. Vagabond , tous qui coures le monde, n'ayant ni or vrai , ni or faux à votre service.
04) Vng petit, etc. Qui êtes un peu , etc.
(i5) 7/ meurt entandiz. II meurt, tandis que tous différez de Tenir le secourir. *
(16) Laiz , etc. Le làis étoit un petit poëme , le motes une pièc e fugitive , comme madrigal , triolet , etc.
(17) Quant mort, etc. Lorsqu'il sera mort, tous ferez des vers à sa louange.
( 5 2 8 ) Il n'entre, oùgist, n'esder, ne tourbillon, De mors cspoix, on luy a fait bandeaux :
20 Le lessercz là le povre Willon ?
Venez le veoir eo ce piteux arroy, Nobles hommes , francs de quars et de dix, Qui ne tenez d'empereur, ne de roy ; Mais seulement, de Dieu de Paradis.
25 Jeûner lui fault dimenche$ et mardiz :
Dont les dens a , plus longues que ratteaux , Après pain sec, non pas après gasteaux.
~ En ses boy aulx, verse eaue à gros boullon. Bas en terre, table n'a, ne tresteaulx.
3o Le lesserea là, le povre Willon ?
(18) I( n'entre* Il est reqfermé dans, ao lieu où ne peut pénétrer oi vent , oi éclair, faute d'ouverture.
(19) De murs, etc. On l'a enfermé sou» des murs épais. (21) PiUuvmrTvy. Triste étal.
(a a) NobUs, etc. Noble», qoi tt'avez 4 payer ni la dîme, ni la lue.
(iS) Qui ne tenez. Qui ne relevez ni 5e roi , ni d'empereur; mais qui possédez vos seigneuries et vos titres par la grâce de Dieu,
(a 5) Jeûner, etc. IL e*t contraint de jeûner tous les jours de la semaine. Le mercredi, le yendrefli. et le samedi étaient «le* jours d'a)>stinenç« , et même de jeûne pour certaines personne» pieuses.
(27) Après, etc. Il meurt de faim faute d'avoir non des gâteaux , mais du pain sec,
(*8) En set , etc. 11 ne boit que e^e l'eau
(ao) Bas n, elc. U o'a ni table pour manger» ni siège pour s'asseoir dans le cacbot souterrain où il est renfermé.
BNVOÎ.
Princes nommez, anciens, jouvenciaulx , Impëtrez moy, grâces et royaulx seaulx ; Et me montez en quelque corbillon, Ainsi le font l'un à l'autre pourceaux ; 35 Car 4wk l'un brait, ilz fuyent à monceaux. Le fesserez là, le povre Willon ?