II
158 MÉDITATIONS CURÉTIENNES.
la conduite de Dieu serait une preuve démonstrative qu'il ne veut pas sauver tous les hommesw
25. Ainsi, mon fils, veille sans cesse, de peur que tu ne sois pas en état de recevoir utilement la pluie de là grâce, lorsqu'elle se répandra sur toi. Travaille à défricher les mauvaises herbes que la concupiscence fait croître dans la terre de ton cœur, et n'attends pas que je proportionne mes dons à ta faiblesse et à ta négligence. En un mot, agis comme si ton salut dépendait de tes soins et que ma grâce fût très-rare. Car si tu n'es pas disposé à me recevoir lorsque je viendrai te visiter, j'en trouverai d'autres en état de recevoir TeiTet de ma bonne volonté; et je les ferai entrer dans l'édifice spirituel de l'Église pour jouir éternellement de la gloire que j'ai préparée à ceux qui sont vigilants.
Jésus! Mais c'est vous qui êtes la cause naturelle, occasionnelle ou distributive de la grâce. Que ne la proportionnez- vous à nos besoins? Quoi I ne savez-vous pas toutes nos dispositions et nos faiblesses, et l'usage que nous devons faire des grâces que vous nous donnez, et ne voulez-vous pas sauver tous ceux pour lesquels vous êtes mort ? Pourquoi laissez-vous tant denations marcher dans leurs voies, et d'où vient que vous donnez aux justes mêmes des grâces que vous savez devoir être inutiles à leur salut ?
26. Qui t'a dit ^, mon fils, que moi en tant qu'homme, en qualité de cause occasionnelle de la grâce, je doive savoir actuellement toutes les déterminations futures des volontés, et agir selon cette connaissance? Ce serait agir en Dieu, et non point en honmie; il n'y a que Dieu qui, par sa nature, pénètre les cœurs et sache toujours le futur de quelque espèce qu'il sôii,
1 Voy. le Traité de la Nature et de la Grâce, deuxième discoarB, ait. 17 et ce qui le suit, ou la Réponse aux deuxième et troisième vers, des Réflexions Philosophiques et Théologiques de M, Amauld,
contingent ou nécessaire. Je ne sais, à l'égard de ce qui doit arriver dans le monde, que ce qu'il plaît à mon Père de me révéler. Car quand la capacité de mon âme serait assez étendue pour voir actuellement tout ce que renferme le Verbe auquel elle est unie, j'entends le Verbe précisément comme Verbe, le monde n'étant point une émanation nécessaire de la Divinité, je ne saurais rien de ce qui se passe, si mon Père ne me découvrait ses volontés, dont les effets sont infinis. Mais dois-je toujours demander à mon Père qu'il me découvre, avant le temps, toutes les suites ou les effets de mes désirs ? L'ordre le demande-t-il ? Ne dois-je pas régler la distribution de la grâce sur le besoin des justes ? Qu'est-il nécessaire que je démande toujours â mon Père qu'il me découvre tout le bon ou le mauvais usage que les hommes feront de mes faveurs, avant que je les leur donne ? Faut-il que je me règle sur leur négligence future, et que je m'y règle si indispensablement, que jamais la grâce ne soit utile au salut de ceux qui la reçoivent? Car je veux bien que tu saches que j'ai plus d'égard â la faiblesse des hommes que je ne devrais en rigueur, et que je règle en partie, par la connaissance du futur, la distribution de mes grâces.
27. Si tu prétends que je sais actuellement tous les mouvements libres des volontés, pour conclure de là, que je manque d'amour à l'égard des hommes, puisque ma grâce ne les sanctifie pas tous, sache que tu me fais plus d'injure que si tu bornais indiscrètement mes connaissances ; car il est vrai en un sens qu'elles sont bornées, principalement à l'égard des vérités contingentes : mais ma charité est si grande, qu'elle s'étend à tous les hommes, et que si l'ordre me le permettait, tous seraient sauvés.