II
17 MÉDITATIONS CURÉTIENNIîS.
moins elles en sont les causes occasionnelles, et qu'ainsi Tattention de Tespril est une prière naturelle qui obtient immédiatement de Dieu la lumière et Tintelligence des vérités les plus relevées sans qu'il soit nécessaire que je m'en môle en qualité de médiateur, d'auteur de la grâce, de chef de l'Église.
d2. Il est vrai, mon fils, que je ne suis pas toujours cause occasionnelle ou naturelle de la lumière qui éclaire les esprits. Comme sagesse éternelle et raison universelle des intelligences, je suis cause véritable de la lumière. J'en suis aussi, comme homme, cause méritoire ; car ce n'est qu'en moi que subsiste l'ouvrage de Dieu. Mais je n'en suis pas toujours cause occasionnelle. Tu penses à ce que tu veux; tes volontés sont souvent exaucées. Qu'elles le soient môme toujours à l'égard de la présence des idées, j'y consens. En un mot je veux que tes désirs soient les causes occasionnelles ou naturelles de tes connaissances. Mais sache que c'est moi qui forme en toi le désir ardent que tu as de contempler la beauté de l'ordre ; sache que c'est moi qui produis dans ton cœur, par le plaisir que j'y excite, l'amour que tu as pour les vrais biens ; et que personne ne peut môme souhaiter, comme il faut, sa guérison, chercher et invoquer son médecin, si je ne le délivre de l'assoupissement et de l'insensibilité où le péché l'a réduit. La vanité et la curiosité peuvent fournir assez d'attention pour résoudre un problème. On peut aimer par les forces du libre arbitre les vérités spéculatives, et môme les vérités de pratique lorsqu'elles peuvent s'accorder avec ses propres inclinations; car les pécheurs ne haïssent pas l'ordre et la justice en toutes choses. Mais sans mon secours on ne peut penser sérieusement à se convertir. On ne peut pas par ses propres forces se préparer à combattre contre soi-même. On veut invinciblement être heu-
reox; on ne peat donc sans une foi vive et une grande confiance sor les promesses de Dieu, sacrifier le plaisir qoi rend actoellemenl heureux à des biens qu'on ne goûte et même qu'on ne voit point. *
13. Il faut, mon fils, que tu saches que le premier homme, avant sa chute, était animé de la charité ; et que par la force de cette charité, il était le maître de son esprit et de ses pensées. N'ayant point alors de concupiscence, ses sens, son imagination et ses passions demeuraient dans un silence respectueux et ne troublaient jamais ses idées. L'ordre voulait que cela fût ainsi, et le même ordre, quoique immuable en luimême, veut maintenant le contraire; parce qu'alors il était juste que le corps fût soumis à l'esprit, et que maintenant il n'est pas juste que Dieu suspende les lois de la nature en faveur d'un criminel. Adam était donc en tout sens parfaitement libre : il était le maître de son attention; il pouvait contempler la beauté de l'ordre et se nourrir uniquement et paisiblement de ma substance; il n'avait aucun besoin pour m'aimer que je prévinsse sa volonté par quelque plaisir, car il n'avait point de plaisir contraire à combattre, et la douceur de la joie qu'il goûtait, dans l'état heureux où je l'avais mis, devait suffire pour le contenter jusqu'au jour de sa pleine et entière récompense.
14. Mais l'homme n'est plus dans le môme état. Ses désirs, il est vrai, sont encore aujourd'hui causes occasionnelles de ses idées, mais il n'est pas toujours le maître de ses désirs ; sa concupiscence en excite une infinité malgré lui. Les objets de ses désirs indélibérés se présentent à l'âme ; ils la surprennent, ils la caressent, ils la séduisent; elle résiste quelquefois par le travail de l'attention, et elle court après la vérité qui s'échappe ; mais elle se fatigue bientôt, car elle aime trop le repos; elle n'est pas longtemps sans se rendre au plaisir, car
172 MÉDITATIONS CURÉTIENNES.
elle veut invinciblement être heureuse. Ainsi, mon fils, il est nécessaire que la grâce prévienne la volonté et forme en elle de bons désirs par une espèce d'instinct etde sentiment prévenant ; autrement jamais la lumière ne serait ni assez grande ni assez vive pour changer les déterminations déréglées du cœur humain ; et parce que la concupiscence agit sans cesse et produit dans les justes mêmes, par des plaisirs prévenants, mille désirs indélibérés qui aiTaiblissent peu à peu la charité; la grâce actuelle de la délectation est encore nécessaire pour soutenir et pour augmenter la charité habituelle. De sorte que la grâce de sentiment doit être jointe à la lumière pour acquérir et pour conserver jusqu'à la fin Tamour dominant de Tordre et de la justice.
15. Mon disciple bien-aimé a dit par mon esprit que l'onction de la grâce enseigne toute vérité et que ceux qui en sonl oints n'ont besoin de personne pour les instruire *. L'onction produit la lumière ; car lorsqu'on pense avec plaisir à quelque objet, on y pense avec attention. Or l'attention de l'esprit ne manque jamais d'être récompensée de la vue de la vérité, autant qu'elle le peut être, pourvu qu'elle soit constante et sérieuse^; et cette même onction ne manque pas aussi de produire et d^entretenir la charité, parce que Ton ne manque jamais d'aimer un objet lorsqu'iLa tous les caractères du vrai bien, lorsqu'il est beau à voir et agréable au goût, c'est-à-dire lorsque l'esprit reconnaît, par une lumière évidente, que c'est un bien, et qu'il en est convaincu par le sentiment du goût.
i6. Or je suis non-seulement la cause véritable et la cause méritoire de cette onction ou de cette délectation de la grâce, en un mot de toutes les espèces de grâce de sentiment qui sont en grand nombre, j'en suis en-
* 1 Joan, 2, 27.
« Mèd, IIL
core, comme je te l'ai dit, la cause seconde, occasionnelle, physique, naturelle, distributive, car tous ces termes signifient ici une mêmeî chose*; je vais t' expliquer ce que les hommes doivent faire, afin qu'ils me déterminent à les toucher vivement et à répandre cette onction salutaire et efficace qui fait naître et qui entretient la charité dans les cœurs.
17. Je suppose deux choses : la première que les hommes croient en moi, la seconde qu'ils désirent déjà les vrais biens. Il faut qu'ils croient en moi, autrement ils ne peuvent m'invoquer ; il faut qu'ils désirent les vrais biens, autrement ils ne me les demanderont jamais quelque persuadés qu'ils soient que c'est moi qui les distribue. Gela est clair. Ainsi il est certain que je donne aux hommes ces premières grâces sans qu'ils s'en mêlent ou sans qu'ils puissent le mériter en aucune manière. Mais il n'en est pas toujours de même à l'égard de ceux qui ont déjà reçu la foi et le désir de leur conversion. Ils peuvent se préparer à recevoir la grâce et me solliciter, comme en étant la cause naturelle, à agir en eux ; ou, pour parler plus clairement, ils peuvent m'obliger, par l'amour que je porte aux pécheurs, à former quelques désirs par rapport à eux, lesquels désirs ne manquent jamais d'être suivis de la pluie delà grâce. Enfin ceux qui ont la charité justifiante peuvent attirer sur eux la grâce en deux manières plus efficaces. lis le peuvent par la nécessité de l'ordre, qui à l'égard de Dieu est une loi inviolable ; puisqu'ils peuventpar le bon usage des secours qui accompagnent toujours la charité mériter sans cesse de nouvelles grâces : et parce que je ne suis pas seulement l'architecte de rÉglise, mais encore et le chef et l'époux, et que j'aime davantage les vrais fidèles qui ne font avec
1 Méd. X et A7/; Traite de la Nature et de la Grdce, deuxième discours.
174 MEDITATIONS CURÉTIENNËS.
moi qu*un même corps que les inûdèles et les pécheurs qui ne sont point encore unis avec moi par la charité, les justes peuvent plus facilement me déterminer à prier pour leur sanctification que les autres hommes. Les justes peuvent donc en général obtenir la grâce par deux voies fort efficaces : et par le mérite de leurs prières, Tordre et la justice étant la règle inviolable des volontés divines ; et par la faveur particulière qu'ils ont auprès de moi, qui répands la pluie de la grâce selon mes désirs, comme étant établi souverain prêtre des biens futurs par la loi générale de la grâce ^y par laquelle Dieu veut sauver tous les hommes en son Fils^. Supposé donc que du moins les hommes sentent la corruption de leur cœur et la cruelle servitude où le péché lésa réduits, supposé .qu'ils croient que je puis les en délivrer etqu'ils le désirent, voici ce qu'ils doivent et peuvent faire pour obtenir et pour augmenter les secours soit de lumière soit de sentiment dont ils ont besoin. Je commence par les secours de lumière.
18. Comme tout homme a du moins quelque idée de l'ordre, ou de son devoir, quoique souvent il n'y pense pas, il faut qu'il considère avec atleation cette idée. Il faut qu'il me prie par son attention^ qui est la prière naturelle, aussi bien que par l'invocation, qui est la prière de la foi et de la grâce, car la grâce suppose la nature, et la nature doit servir à la grâce. Il faut, dis-je, qu'il me prie, en toutes les manières qui lui sont possibles, que je lui donne une idée claire de l'ordre, afin qu'il reconnaisse à sa lumière ses propres défauts. On ne peut guère contempler la beauté de l'ordre, sans avoir horreur de soi-même, sans se trouver insupportable à soi-même. Mais, lorsqu'on reconnaît bien sa laideur et sa difi'ormité, on ne manque pas d'en
» Heb. 9, 11.
« Joan, 1^, 6.
avoir honte. On aime à se cacher; on se méprise, on s'humilie, on se hait môme en quelque manière ; enfin on veut s'anéantir, en ce sens qu'on voudrait bien, du moins en partie, si cela se pouvait sans peine, cesser d'être ce qu'on est. Mais, parce que Hon ne peut aimer le néant lorsqu'on espère de guérir, celui qui croit que je suis le sauveur des hommes, et que je puis les délivrer de la servitude du péché, se sent pressé, par la force de son amour- propre éclairé, à m'invoquer ; et cela avec d'autant plus de force et de persévérance, qu'il réveille et soutient davantage par la vue de Tordre le désir que je lui inspire de sa guérison. •
J9. Mais, parce que l'idée de l'ordre est abstraite et n'a rien de sensible, elle s'échappe facilement ; il faut de l'attention, et une attention sérieuse et pénible pour l'arrêter fixe devant les yeux de l'esprit. Pour remédier à cela il faut tâcher de se la rendre sensible, en considérant les actions vertueuses et héroïques des gens de bien. La beauté de l'ordre, revêtue, pour ainsi dire, des personnes qu'elle rend tout éclatantes, frappe, par les sens, l'esprit des plus grossiers et des plus stupides, et ne manque presque jamais de se faire aimer, lorsqu'elle brille dans nos amis ou dans nos parents.
20. Ainsi il faut lire souvent les vies des saints Pères ; il faut avoir beaucoup de commerce avec les gens de bien ; et lorsqu'on a un ami ou un parent, que l'on voit animé de l'amour de la justice, il faut en considérer toutes les démarches, afin que sa conduite toute visible nous excite au bien par nos sens. Mais parce que les hommes quelque saints qu'ils soient ont toujours des défauts, tu ne dois pas tant les regarder, comme des modèles sur lesquels on peut se former, que comme des miroirs où l'on peut considérer avec plaisir la beauté de l'ordre, laquelle seule doit être
17t; MÉDITATIONS CHRÉTIENNES.
l'objet de ton amour^ et la règle inviolable de ta conduite.
21. Néanmoins, mon fils, si tu veux un modèle sans défaut, regarde la vie que j*ai menée parmi les hommes. Tu ne peux trop considérer ce modèle. Mais sache qu'afin que tu t'y conformes plus sûrement, tu dois encore consulter l'ordre tel qu'il est en lui-même. Car ce n'est pas m'imiter que de faire ce que j'ai fait. Pour m'imiter il faut faire ce que j*ai fait, mais dans le même esprit et de semblables circonstances, ce qui ne se peut, si l'on ne quitte l'ordre rendu sensible aux hommes par des actions qui frappent leurs sens, et si l'on ne rentre souvent en soi-même pour contempler l'ordre intelligible, la justice, la raison, la loi éternelleet inviolable de toutes les intelligences.
22. Gomme la plupart des hommes ne sont points faits au travail de la méditation, et ne peuvent renlrei^ en eux- mômes pour écouter en silence la voix puremenU intelligible de la raison, ils doivent s'instruire de leursdevoirs, par la lecture des livres saints, et régler leurssentiments par l'autorité infaillible de ma parole. J'aime les hommes, je connais leurs misères, je sais les remèdes dont ils ont besoin ; ils doivent donc suivre mes conseils sans hésiter. Je suis sage, mais je suis bon ; puis-je les tromper? qu'ils lisent donc avec une foi respectueuse les paroles de mon Évangile. Qu'ils observent ce que j'y prescris; et quelque grossiers et stupides qu'ils puissent être, ils apprendront plus de vérités, ou du moins ils ne seront pas si sujets à Terreur, que les libertins et les voluptueux les plus éclairés.
23. Lorsqu'on n'est point en état de travailler, on doit profiter des travaux des autres. Les saints Pères pleins d'amour pour la religion méditaient jour et nuit la loi de Dieu. Il faut que celui qui n'est point en
TREIZIEME MÉDITATION. l"?*?
état de découvrir les vérités sublimes que je leur ai enseignées, profite de leurs travaux. Néanmoins il ne faut pas tellement les croire à leur parole, qu'on ne me consulte souvent, pour voir si je parle à l'esprit, comme ils font aux yeux. Ils ont été hommes et sujets à Terreur. Lorsqu'ils parlent comme témoins de la doctrine de leur siècle, il faut se rendre à leur témoignage, et respecter ma parole dans la tradition de l'Église. Mais lorsqu'ils proposent leurs propres sentiments, tu dois les écouter avec quelque espèce de défiance, et ne te rendre jamais entièrement que je ne l'ordonne.
24. Les conseils et les exemples que je donne dans l'Évangile ne sont aussi utiles qu'à ceux qui le lisent avec foi et avec attention. Sans cela personne n'en peut faire la règle de sa conduite. Pour la lecture des ouvrages de piété, la prédication, la conversation avec des personnes vertueuses, les bons exemples, leur principale utilité c'est qu'ils rendent sensible la beauté intelligible de l'ordre; beauté par elle-même trop pure et trop chaste pour solliciter des cœurs corrompus, forme trop abstraite et trop relevée pour plaire aux hommes et pour les réformer, si je ne la proportionne à leur faiblesse.
25. mon unique maître, je suis convaincu que l'ordre doit être seul la règle de ma conduite, et ma loi inviolable; et je vois bien que tout ce que vous avez fait sur la terre c'a été pour m'en découvrir la beauté et me la rendre aimable sur toutes choses. amour dominant de l'ordre et de la justice ! charité, qui seule peut me donner la vie, et me rendre agréable aux yeux de Dieu, régnez dans mon cœur, détruisez tous ces amours déréglés que de fausses beautés ont fait naître en moi. Sagesse éternelle, vous êtes la lumière et la raison de l'homme, mais après sa chute
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VOUS êtes encore son sauveur : car en cet état il lui faut un sauveur, parce qu'il ne peut plus ni voir fixement la lumière, ni suivre constamment la raison. La vie de Tâme c'est l'amour dominant de Tordre ; mais si l'homme peut voir en partie la beauté de Tordre, il ne peut sans vous la contempler avec plaisir. Il ne peut en être assez touché pour la préférer à toutes choses si vous ne la lui rendez aimable par la douceur de votre grâce. Apprenez- moi donc, mon Sauveur, ce que je dois faire pour obtenir cette délectation intérieure qui doit produire et entretenir la charité dans mon cœur. Je vois bien ce qu'il faut faire pour obtenir les secours de lumière ; mais je ne sais point les moyens d'obtenir les secours de sentiment, qui sont les plus propres et les plus eflicaces, pour me remplir de votre amour.
De la grâce de sentiment, ou de la délectation intérieure. Elle est maintenant nécessaire pour produire et entretenir la charité contre les efforts de la concupiscence. Jésus-Christ, comme homme, est la cause occasionnelle et naturelle de cette espèce de grâce, selon les trois qualités qu'il porte, de médiateur entre Dieu et les hommes, d'architecte du temple éternel, et de chef de l'Église.
Je veux aujourd'hui, mon cher disciple, te déclarer des vérités essentielles à la religion que tu professes; et par là te faire comprendre, autant que tu en es capable, ce que tu désires de savoir. Écoute-moi donc avec tout le respect et toute l'attention que tu dois à ma parole.
i . L'homme n'est pas fait seulement pour connaître la vérité, mais encore pour aimer le bien: il est capable d'amour aussi bien que de raison. Je suis sa raison *, tu le sais ; il n'y a que moi qui Téclaire, et qui le rende raisonnable. Mais qui penses-tu qui l'anime d'amour pour l'ordre ? Sache, mon fils, que c'est le Saint-Esprit. Tout esprit est naturellement raisonnable ; tout esprit a aussi naturellement de l'amour pour l'ordre. Nul esprit ne peut être raisonnable que par la sagesse éternelle ; nul esprit ne peut aussi aimer l'ordre que par l'actionde l'amour substantiel et divin. Tu subsistes, mon fils, par la puissance du Père. Tu con-
i Méd. I et //.
nais la vérité par la lumière du Fils ; tu aimes l'ordre par l'inspiration du Sainl-Esprit. Tu es fait par la Trinité sainte; chaque personne divine t'a imprimé son propre caractère, et tu ne peux être une créature agréable à Dieu, que lu ne sois parfaitement réformé sur ton modèle. Car, depuis le péché, l'homme n'est plus une image vive et expresse de la Trinité sainte les traits que Dieu avait formés ne paraissent presque plus; et cette image est si noble et si parfaite, que nul autre ne la peut réformer, nul autre ne la peut finir, que celui qui, même en la créant, ne l'avait encore qu'ébauchée.
2. L'homme après le péché demeurer encore uni à la raison. Il lui reste aussi quelque mouvement d'amour pour le bien. Car si l'homme était entièrement séparé de la raison, il serait absolument sans intelligence; si le Saint-Esprit n'agissait point en lui, il n'aurait aucun mouvement d'amour pour le bien ; parce que l'homme n'est à lui-môme, ni le principe de son amour, ni celui de ses connaissances. Mais que serait-ce qu'un esprit sans intelligence et sans amour? Un être sage peut-il créer, peut-il conserver une semblable créature ? Le pécheur porte donc encore aujourd'hui des marques de son origine, et le caractère des personnes de la Trinité qui lui donnent l'être. Il est toujours l'image de Dieu ; mais une image dont les traits sont presque tout efl*acés. Image encore un coup qui doit être réparée, qui doit être perfectionnée, et qui ne le peut être, que par la raison universelle des intelligences, et que par l'amour substantiel, principe général de tous les mouvements des esprits. Car, retiens bien, que comme Dieu n'éclaire les créatures que de sa propre lumière, comme il ne peut les rendre raisonnables que par la raison, il ne peut aussi les animer que par l'amour qu'il a pour lui-même: il ne peut les porter que ve]:^ lui; il ne
peut agir que pour lui; il ue peut faire aimer que le biea.
3. Comme la lumière précède Tamour, j'ai dû commencer la réformatioa de l'homme, et lui donner des préceptes et des conseils d'une manière proportionnée à sa faiblesse. J'ai donc pris un corps pour instruire les hommes d'une manière sensible ; et par le sacrifice que j'ai fait à Dieu de ce corps, j'ai mérité d'être assis à Ja droite du Tout-Puissant, et d'envoyer ensuite le Saint-Esprit, pour être dans mon ouvrage, comme dans la Trinité sainte, la perfection et la confirmation de toutes choses. Il est vrai que, par la dignité de ma personne, j'ai toujours eu droit de mission à l'égard du Saint-Esprit, comme mon Père à mon égard, puisqu'il procède de moi, comme je suis engendré de mon Père. Mais, afin que je pusse l'envoyer aux hommes, il fallait qu'ils fussent réconciliés avec Dieu en ma personne. Il fallait aussi qu'ils fussent préparés par les instructions nécessaires; car l'amour des intelligences créées, à l'exemple de l'amour substantiel et divin, ne peut naître avant la lumière : il la suppose, il en procède, il en est produit.
4. De même que l'homme, quoique uni essentiellement à la raison, n'aperçoit point maintenant la vérité, si la vérité ne devient sensible, et ne prend un corps pour le frapper par ses sens ; ainsi, quoiqu'il n'ait point de volonté ou de capacité d'aimer, que par l'impression continuelle de l'amour divin, il ne peut suivre cette impression, si l'onction de l'esprit ne l'attire par quelque douceur prévenante. L'esprit de l'homme, quoique soutenu par la puissance du Père, pénétré de la lumière du Fils, animé du mouvement du Saint-Esprit, est uni à un corps, qui non-seulement le remplit de fausses idées, mais qui excite encore dans son cœur mille mouvements déréglés. Et, comme il veutinvinci-