II
m MÉDITATIONS CflBETIENNES.
tu n'avais point une idée claire de l'étendue, tu ne pourrais jamais concevoir ce que c'est qu'un cercle, une sphère, un cube, un cylindre ; ainsi on ne pourrait jamais te faire comprendre pourquoi une sphère est plus facile à remuer qu'un cube, pourquoi un cylindre ne peut pas se mouvoir facilement en tous sens, et d'autres choses semblables.
15. Lorsqu'on est agité de quelque amour actuel, soit naturel, soit raisonnable, on ne connaît point clairement ce que c'est que cet amour ; mais on sent bien son action, car on a conscience ou sentiment intérieur de tous ses sentiments et de tous ses mouvements actuels. Mais il n'en est pas de même de l'amour habituel. Toutes les dispositions de Tâme lui sont entièrement inconnues, si ce n'est lorsqu'elles sont excitées. Et alors, quoiqu'elle sente bien qu'elle est disposée à aimer certains objets, elle ne peut juger que fort confusément de la force et de la grandeur de sa disposition actuelle, elle ne peut la comparer avec celle qu'elle n'éprouve point en elle dans ce moment. Et c'est pour cela que l'homme ne peut s'assurer si c'est la charité ou la concupiscence qui règne en lui.
d6. Or, l'amour habituel aussi bien que l'actuel se divise en deux espèces : en amour habituel naturel, et en amour habituel raisonnable; j'oppose ici naturel à raisonnable. Le naturel est produit en l'homme par des sentiments qui préviennent sa raison^ qui remplissent la capacité qu'il a de penser, et qui le portent ainsi d'une manière invincible à aimer l'objet qui les cause ou qui semble les causer. Le raisonnable au contraire est produit en l'homme par des mouvements médiocres, qui naissent de la lumière, ou qui ne sont point invincibles. Car Tamour actuel produit naturellement un amour habituel de même espèce.