Or l'amour habituel quoique nécessaire et natu
rel est bon lorsqu'il a Dieu pour objet, et il est mauvais et déréglé lorsqu'il se rapporte aux objets sensibles. Mais, pour être bon ou mauvais, il n'est pas pour cela digne de punition ou de récompense ; un enfant qui vient au monde avec un amour habituel naturel et nécessaire, qui le dérègle et qui le dispose à préférer à Dieu les objets sensibles, est fils de colère. Dieu le hait, car son cœur est déréglé, et Dieu ne peut aimer que Tordre. Il sera donc damné et privé de Théritage des enfants. Mais il ne sera pas puni de la peine qui est due au mauvais usage de la liberté. De même un enfant qui reçoit par le baptême la charité habituelle, ou un amour dominant de Tordre et de la justice, mais naturel et nécessaire, est certainement chéri de Dieu ; car son cœur est réglé, et Dieu aime Tordre. Il sera donc sauvé, il aura part à Théritage des enfants. Mais ce ne sera que par pure grâce qu'il recevra la récompense qui n'est due qu'au bon usage qu'on fait de sa liberté par le secours de la grâce.
18. Lorsque dans un cœur il y a deux amours habituels de différente espèce, je veux dire l'un naturel et nécessaire, et l'autre raisonnable et méritoire. Dieu a toujours plus d'égard au raisonnable qu'au naturel.. Ainsi, quoique la concupiscence soit plus vive que la charité, et que les justes mêmes aient plus de disposition au mal qu'au bien, néanmoins ils ne laissent pas d'être agréables à Dieu ; supposé que leur concupiscence soit naturelle et nécessaire; car si elle règne en eux par leur faute, ils sont pécheurs devant Dieu. Un homme est donc juste lorsque son amour habituel et libre, est plus fort pour le bien que pour le mal, ei que son cœur est plus disposé par cette espèce d'amour habituel à aimer Dieu que les créatures.
19. Or il faut, mon fils, que tu remarques avec soin que l'homme n'agit pas toujours par la force de son
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amour dominant, et que celui qui est plus' ambitieux qu'avare agit souvent par un mouvement d'avarice. La raison de ceci est que, Tamour habituel n'agissant que lorsqu'il est excité, si l'amour habituel des honneurs dort, pour ainsi dire, lorsque l'amour des richesses est éveillé, celui qui est plus ambitieux qu'avare aimera actuellement les richesses plus que les honneurs, quoique habituellement il soit plus disposé à Tamour des honneurs qu'à celui des richesses. Ainsi celui qui aime habituellement l'ordre et la justice par-dessus toutes choses, peut commettre une injustice; et, au contraire, celui qui a plus de disposition habituelle pour s'enrichir que pour rendre justice, peut, sans changer de disposition dominante, agir par amour pour la justice.
20. Le pécheur dont l'amour habituel des faux biens est plus grand que l'amour habituel de Tordre et de la justice, peut donc, par le secours de la grâce, qui excite l'amour habituel, quoique faible, qu'il a pour l'ordre, préférer actuellement Dieu à toutes choses. Or, comme un acte d'amour de Dieu ne change pas d'ordinaire rétat de l'âme, elle demeure encore habituellement disposée, par une habitude acquise avec liberté, à préférer l'objet de sa passion à tout autre. Le pécheur qui a formé cet acte d'amour ne devient pas pour cela juste devant Dieu, puisqu'il n'a pas encore la charité ; mais si ce pécheur, qui forme ou qui a formé par le secours de ma grâce un acte d'amour de Dieu sur toutes choses, s'approche du sacrement de pénitence avant que de l'avoir rétracté, sache, mon fils, qu'il reçoit, par l'efficace de ce sacrement, la charité dominante ou la grâce justifiante*. Ainsi, la préparation nécessaire au sacrement de pénitence ren-
^ Cmc, Trid.y sess. l/i, cap. û.
ferme quelque amour de Dieu sur toutes choses; et néanmoius ce sacrement n'est pas inutile à la justification : non-seulement paj*ce que tout amour actuel ou virtuel de Dieu sur toutes choses ne justifie pas le pécheur, mais encore parce que ce sacrement augmente la charité dans les justes qui s'en approchent avec les dispositions nécessaires.
21. Il y a, mon fils, cette différence entre un acte de contrition et un acte d'attrition, que le premier renferme un acte d*amour de Dieu assez fort pour changer la disposition habituelle de l'âme, car les actes forment et changent les habitudes; et que le second renferme bien quelque amour de Dieu, mais trop imparfait et trop faible pour vaincre l'habitude qui lui est contraire. Après un acte de contrition, le pécheur devient juste, puisqu'il se trouve habituellement disposé à préférer Dieu à toutes choses. Le sacrement ne le justifie pas, mais il augmente sa charité et le droit qu'il a aux secours nécessaires pour la conserver. Mais, après un acte d'attrition, le pécheur demeure encore pécheur. Quoique actuellement il préfère le Créateur à la créature, il est toujours habituellement disposé à préférer la créature au Créateur. De sorte que s'il meurt sans recevoir la grâce du sacrement, Dieu, qui juge l'âme selon la disposition habituelle et constante qu'il trouve en elle, et non pas selon les dispositions actuelles, qui changent à tous moments, ne peut qu'il ne la condamne comme criminelle et digne des peines de l'enfer.
22. Ainsi, mon fils, comme tu ne peux pas t'assurer si tu as la charité, tu négliges fort ton salut si tu négliges de t'approcher souvent du sacrement de pénitence pour te purifier de tes péchés. Prends garde, néanmoins, à ne pas abuser de ma bonté ; prépare-toi ù une action si sainte par la prière et par un sincère
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repentir ; lave tes péchés de tes larmes avant que de les laver dans mon sang, car ce sang, qui apaise la colère de Dieu, crie vengeance contre ceux qui le répandent et qui le profanent. C'est moi, mon fils, qui baptise, qui confirme, qui absous le pécheur de ses péchés. Ne t'imagine pas que tu te confesses à un homme sujet à Terreur; pense que c'est à moi-même que tu as affaire : ne me déguise donc rien ; humilietoi, repens-toi de l'état misérable où le péché te réduit, et je romprai les liens qui te tiennent captif sous la domination du démon.
mon Jésus! vous me faites peur! je crains de paraître devant vous et de vous découvrir mes ulcères ! Si je touche seulement par derrière la frange de votre robe, je serai guéri. Pourquoi paraître devant votre face? Vous savez mes désordres : pourquoi vous les déclarer? Je crains de profaner votre sang; je crains...
23. Tu crains, mon fils, de me reconnaître pour ton sauveur et de me découvrir tes maux comme à ton médecin ? Est-ce que tu veux m'éprouver pour ton juge? Si je ne te lave point dans mon sang, tu n'auras point de part à mon héritage; et si tu ne me déclares point tes péchés en la personne de mes ministres, je ne t'en donnerai point par eux l'absolution. Mes prêtres me représentent, ils ne doivent pas agir comme des aveugles; ils doivent savoir ce qu'ils font. Ils sont juges, ils sont médecins : peuvent-ils agir sans connaissance? Prends garde, mon fils, que ta paresse et ta négligence ne soit le principe de ta crainte, et que la honte de dire à un homme ce que tu n'as pas honte de faire aux yeux de Dieu, ne t'empêche de découvrir tes désordres. Écoute-moi : voici comment tu dois te préparer à recevoir l'absolution de les péchés dans le sacrement de pénitence.