‹ Œuvres de Malebranche: collationnée sur les meilleurs textes et précédé d'une introduction (volume 2)Chapitre 31 sur 43 · DIX-SEPTIEME LEÇON. SI · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIEME LEÇON. SI

celte soif ardente pour la justice, aient soin de se purger de leur péché par le sacrement de pénitence, et de leurs mauvaises inclinations par des exercices de piété. Autrement le fréquent usage de mon sacrement les endurcira et les mettra en danger de mort. Le pain et le vin est souvent une nourriture trop solide pour des malades ; et, s'ils en prennent trop, ils se mettent en danger de perdre la vie. Ceux qui ont des attachements permis sont peut-être eux-mômescriminelsdevantDieu, car personne ne peut savoir jusqu'où va l'amour qu'il a pour l'objet de sa passion. Il est permis d'aimer son père ; mais le fils qui aime son père plus que moi n'est pas en état de me recevoir ^ . De sorte que ceux qui sentent encore en eux- mômes des attachements considérables à la créature, doivent se préparer à la communion avec crainte. Ils doivent travailler à sortir de cet état et ne pas s'approcher souvent et avec assurance des sacrés mystères, qui donnent la mort aux profanes et aux impurs. Mais pour ceux qui ont le cœur corrompu par un attachement criminel,qu'ils n'approchent jamais en cet état de la sainte table. Ma chair est un poison si présent à l'égard de ceux qui sont pleins d'une viande corrompue, qu'elle leur glace le sang et les rend entièrement insensibles. Lorsque ces hypocrites viennent, au jour de mes victoires, s'asseoir à ma table avec mes bien-aimés disciples, ils semblent avoir encore quelque sentiment. L'horreur et le trouble les surprend et les inquiète; mais ils se retirent froids, insensibles^ endurcis, cherchant, comme Judas, à me livrer à leurs passions. Il faut un miracle extraordinaire pour rendre à ces misérables le mouvement et la vie. Ainsi, mon fils, nourris-toi souvent de ma substance; mais examine et purifie ton cœur auparavant ; et afiu

» Matth, 10, 37.

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que je ne te condamne pas, n'oublie pas de te juger et (le te condamner toi-même*.

12. Si tu savais, mon fils, ce que j'opère par refficace de mon sacrement dans les âmes bien préparées, tu croirais ne devoir travailler qu'à me préparer ton «œur. Tu te regarderais comme cruel à toi-même, si tu passais un jour sans me recevoir ; et tu serais sensiblement touché de l'aveuglement de ceux qui négligent de recevoir le bien que je veux leur faire. Pourraije être dans une âme sans y rien opérer, moi qui travaille sans cesse à leur sanctification? dans une âme qui s'abandonne à ma conduite et qui veut entrer dans mes desseins, moi qui, pressé d'amour par les hommes, vas chercher les pécheurs jusque dans le lieu de leurs débauches; qui, plein d'ardeur pour l'accomplissement de mon ouvrage, fais chercher des matériaux par toute la terre? Quel est l'architecte qui néglige les pierres les plus propres à son bâtiment? Quel est le sculpteur qui rejette une matière qui obéit sous le ciseau? Mais quel est l'homme qui refuserait de donner aux membres de son corps toute la perfection dont ils sont capables? Que l'homme, mon fils, oublie son corps, et l'époux son épouse ; mais, pour moi, je suis trop constant, trop sage, trop bienfaisant, pour manquer de faire à une âme qui me reçoit comme elle le doit des libéralités conformes aux qualités que je porte.

13. L'eucharistie considérée comme sacrement opère de grandes grâces dans ceux qui la reçoivent ; mais ne l'imagine pas qu'elle soit sans efficace en ne la regardant que comme sacrifice. Sache au contraire, mon fils, que le sacrifice de l'eucharistie est la source de toutes les grâces, et que l'on communie à ce sacri-

1 I Cor. Il, 31.

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fice en mille manières qui diffèrent toutes de la communion sacramentelle. Tous ceux qui assistent à la messe et qui, s'élevant en esprit dans le ciel, m'invoquent comme un pontife toujours vivant, pour intercéder pour eux, ne manquent point d'avoir part à ce sacrifice. Ils y communient sans doute, s'ils m'offrent à mon Père comme la victime qui efface les péchés du monde. Et comme ce sacrifice représente les diverses manières dont je me suis offert à Dieu sur la terre, comme il représente encore le sacrifice que j'offre comme prêtre selon l'ordre de Melchisédech, et qu'il n'en est pas même différent, quant à la qualité de la victime et à la personne qui sacrifice, il est certain qu'il est la cause de toutes les grâces qui sont données aux hommes. Il est certain que le sacrement même de mon corps et de mon sang n'opère la grâce que parce que c'est la communion à ce sacrifice. Il y aurait, mon fils, bien des choses à te dire pour t'expliquer en détail l'essence et les effets du sacrifice de la messe. Qu'il te suffise de savoir en général que c'est l'abrégé des mystères de la religion et de tout ce que j'ai fait pour le salut des hommes.

i4. mon Sauveur! quand je pense à vos mystères et que je repasse dans mon esprit tout ce que vous avez fait pour mon salut, mon aveuglement, ma stupidité, mon ingratitude me troublent et m'inquiètent ; j'ai horreur de moi-môme; je ne puis me soufïrir. Que je vous dise donc aujourd'hui ce que vous nous êtes, et que je ne l'oublie jamais, et que je vous confesse mes désordres et mon ingratitude, afin que vous n'y pensiez plus.

Vous êtes la raison de l'homme toujours prêt à lui répondre, lorsqu'il vous consulte par son attention. L'homme devient charnel ensuite du péché ; il ne peut plus rentrer en lui-même pour y contempler la vérité

intelligible. Vous Tinstruisez par la loi et les prophètes, et prenez vous-même une chair sensible pour lui parler par ses sens. L'homme naît pécheur. Il a encouru l'indignation de Dieu; il a mérité la mort. Vous payez pour lui ; vous faites sa paix à vos dépens; vous souffrez pour lui le plus cruel et le plus infâme des supplices; et par ce moyen vous le relirez de l'enfer et lui donnez même droit à votre héritage. Vous le purifiez par le baptême ; vous le fortifiez par la confirmation ; vous le relevez par la pénitence ; vous le nourrissez, vous le consacrez par l'eucharistie ; vous l'éclairez de votre lumière ; vous l'animez de votre esprit ; votre grâce conduit tous ses pas et sanctifie toutes ses actions.

Vous êtes donc maintenant, ô mon Jésus, ma sagesse, ma raison, ma lumière, ma rédemption, ma justification, ma sanctification, ma nourriture et ma vie, ma force et ma défense ; mais vous serez encore dans l'autre vie ma perfection, ma félicité, ma récompense. Vous êtes et vous serez éternellement mon chef, mon roi, mon souverain prêtre, et la sainte victime en qui mon être sera sacrifié à Dieu, consommé en Dieu et reçu de Dieu comme une victime de bonne odeur. C'est à cause de vous que Dieu habitera en nous comme dans son temple; qu'il nous fera part de sa gloire comme à ses enfants; que nous serons de tous ses plaisirs comme ses bien-aimés et ses élus. Enfin c'est en vous et par vous que Dieu sera tout à tous; et que nous deviendrons comme des Dieux par la communication la plus parfaite de l'Être divin. Qui peut comprendre la grandeur de ces bienfaits? Qui peut donc comprendre la grandeur de mon ingratitude? Je n'ai pas fait pour vous, objet digne d'un amour infini» d'adorations continuelles, de reconnaissances éterneles; je n'ai pas fait pour vous ce que fait un avare pour

de Tor, un ivrogne pour le vin, un ambitieux pour une sotte et vaine gloire. Ah ! mon Sauveur ! que je ne vous confesse point en détail mes ingratitudes; je ne puis y penser sans horreur. Anathème à celui qui ne vous aime point. Mais, ô Jésus, pardonnez à ceux qui vous aiment présentement, pardonnez à ceux qui désirent sincèrement de connaître vos qualités et de brûler d'amour pour vous. Quelque ingrats, stupides, insensibles, misérables qu'ils aient été jusqu'à présent, Sauveur des pécheurs, oubliez leurs désordres et sauvez-les.

Autres moyens pour obtenir la grâce. Jésus-Christ s'applique particulièrement à ceux qui travaillent à son ouvrage, au salut des âmes^ à l'édification des fidèles.

Souverain prêtre des vrais biens, vous répandez sur les hommes cette pluie céleste qui produit des fruits pour réternité. Mais je me trouve souvent à vos pieds^ sec et aride comme une terre sans eau. Qui pourra, Seigneur, supporter ce froid et ces rigueurs extrêmes que la sainteté de Dieu fait sentir aux âmes? médiateur entre Dieu et les hommes, ô sauveur des pécheurs, ne m'oubliez pas. Faites ma paix avec Dieu, et continuez de m'instruire des moyens par lesquels je pourrai obtenir le secours de votre grâce.

1. Je t'ai déjà dit bien des choses sur cela, mon cher fils; mais tu te lasseras plutôt de m'interroger que moi de le répondre , car certainement j'ai plus d'amour pour toi que tu n'en as pour toi- môme. Ne juge pas de ces sécheresses qui te désolent, que je t'abandonne. C'est dans ces temps difficiles que j'éprouve la vertu des âmes généreuses. C'est alors que je leur fais mériter la couronne qui est due à ceux qui souffrent le martyre ou qui sacrifient leur bonheur à l'amour de l'ordre. Le plaisir quel qu'il soit diminue le mérite;, bien loin d'eu être le principe, il en est la récompense. Tout plaisir actuel rend actuellement heureux; on ne renonce donc pas à soi-même de la manière la plus

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pure et la plus méritoire, si on y renonce avec plaisir. On sent bien qu'alors on trouve la vie, quelque prétention qu'on ait de s'offrir à la mort. Car le plaisir est la vie de Tàme, et la douleur est plus terrible que la mort même.

2. Néanmoins, mon (ils, tu as raison de craindre extrêmement ces états fâcheux où l'âme est comme abandonnée à elle-même, sans force et sans mouvement vers le vrai bien. Car tes sécheresses sont quelquefois l'effet de tes négligences et de ton orgueil. Il vaut mieux pour toi que tu mérites moins, que de courir de grands dangers. Mais cela n'est pas avantageux à la beauté de mon ouvrage. Cette beauté demande que mes enfants se sacrifient de la manière la plus méritoire et la plus pure. Car la gloire et la beauté de l'Église triomphante suppose les travaux et les mérites de l'Église militante. Malheur à ceux qui ne persévèrent pas jusqu'à la fin. Ainsi, mon fils, dans ces états de désolation, aie soin de t'humilier et de m'invoquer; je ne t'abandonnerai point. Souviens-toi de ces paroles que j'ai poussées vers le ciel pour ta consolation : Mon Dieu, mon Dim^ pourquoi m' avez -vous abandonné? Demeure ferme dans ta foi, et tu finiras comme moi ton sacrifice en paix. Tes dernières paroles seront semblables aux miennes. Tu diras plein de joie« et avec une entière confiance : Mon père, je remets mon âme entre vos mains.

Je t'ai déjà expliqué les principaux moyens par lesquels tu peux obtenir les secoursqui te sont nécessaires ; mais puisque tu appréhendes d'en manquer, je vais t'apprendre ce que tu dois faire pour attirer sans cesse sur toi mes regards et mes bienfaits.

3. Le plus ardent de mes désirs est celui de fqrmer mon corps *, de sanctifier mon Église, d'achever le

1 Joan. 4, 34.

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