Tu te plais dans la retraite : le commerce du
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monde le fait horreur. Content de mes réponses et de mes faveurs, tu ne veux maintenant rien davantage. Tu fais bien ; mais tu peux mieux faire ; va, ne crains point d'exposer ton salut, en exposant la vérité. Tu la défendras sans blesser, ou du moins sans rompre la <3harité, pourvu que tu rentres souvent en toi-même, et que tu regardes ceux à qui tu parles comme des personnes que je t'adresse, afin que tu travailles à leur sanctification, et qu'ils travaillent à la tienne. Contribue donc à leur salut, et tu assureras le tien, parce que tu m'obligeras de prendre un soin particulier de tout ce qui te regarde. Assurément, mon fils, assurément, si tu fais mesaffaires, jen'oublierai pas les tiennes. 16. Non, Seigneur, vous n'oublierez pas mes affaires si je fais les vôtres. Car vous ne les avez pas oubliées dans le temps même que je ne faisais ni les miennes ni les vôtres ; dans le temps même que je ruinais mes affaires, et que je retardais les vôtres. Combien de fois ai-je renversé ce que vous aviez édifié I combien de fois aije corrompu ce que vous aviez sanctifié I combien de fois ai-je donné des sujets de scandale à vos chers enfants ! Dieu ! n'ai-je point précipité dans les enfers plusieurs âmes, pour lesquelles vous avez répandu votre sang: et qui, maintenant pleines de rage et de désespoir, vous blasphèment et me maudissent, au lieu que sans moi elles vous béniraient éternellement ?Du moins est-il sûr que j'ai retardé l'accomplissement de votre ouvrage. Or le monde doit subsister jusqu'à ce que votre Église soit achevée ; je suis donc la cause de la damnation éternelle de tous les païens, les mahométans, les hérétiques qui naîtront, et qui périront dans le temps du retardement de votre ouvrage. Ah, Dieu I que j'ai causé de maux, et des maux irréparables I Comment m'avez -vous souffert jusqu'ici, et comment pourriez-vous me souffrir, si je n'étais pas dans le dessein de travailler à votre
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•édifice de toutes les forces que vous rae donnerez ? Oui, mon Sauveur, architecte du temple vivant que Dieu habitera éternellement, et pour lequel il a fait toutes choses, me voici en votre présence, pénétré de douleur des maux que j'ai causés; je suis entre vos mains, <;omme un instrument prêt à suivre tous vos mouve« ments^ faites-moi l'honneur de m'employer aux derniers offices de votre maison. Autrement }e m'enfuirai dans les déserts faire pénitence de mes désordres, et prier le maître de la vigne qu'il envoie des ouvriers plus forts et plus diligents que moi pour y travailler. O Jésus, qui brûlez du désir d'achever et de sanctifier votre Église, comment souffrez-vous ces libertins, qui •ruinent ouvertement ce que vous édifiez, ces voluptueux <jui corrompent la sainteté de votre teiople, ces femmes (immodestes qui, par leurs manières lascives et impudentes, précipitent dans les enfers des âmes que vous avez rachetées au prix de votre sang? Où est ce zèle de la maison de Dieu qui vous animait autrefois contre des gens qui ne portaient point assez d'honneur à un temple matériel qui tenait d'un Hérode sa plus grande magnificence* ? On profane le temple du Saint-Esprit. On le renverse, on le désole, et vous ne paraissez point ; faut-il que le démon fasse aussi son ouvrage, et que maintenant vous souffriez que ses ministres vous ravissent vos matériaux et vos enfants, pour les lui donner ? Ministres de l'enfer, que pensez- vous faire ? Vous outragez un agneau. Mais qu'un jour la colère de cet agneau î$era terrible! Vous direz en ce grand jour : Montagnes , .rochers, tombez sur nous et nous cachez à la colère de Va* gneau 2. Le poids des rochers et des montagnes vous paraîtra plus léger à porter que sa présence. Pensez-y sérieusement et cessez de combattre à vos dépens sous
» Joo/i. 2, 17.
- ipoc.O, 1.3.
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les enseignes de Satan, à la gloire de Lucifer et de ses anges. Jésus, apprenez-moi à réparer les désordres que j'ai causés dans votre ouvrage, afin qu'au jour de votre vengeance je sois à couvert de votre juste colère- Et faites-moi servir à l'édification des fidèles, afin que j'assure mon salut par les grâces particulières que vous donnez à ceux qui travaillent sous vous à l'exécution de vos desseins.
il. On assure, mon fils, son salut par toute sorte de bonnes œuvres *. Celui qui fait l'aumône rachète ses péchés ; et je rangerai à ma droite avec mes bien-aimés celui qui m'aura nourri, habillé, visité, en la personne des pauvres ^. Mais celui qui joint les aumônes spirituelles aux corporelles, celui qui nourrit, console, soutient mes enfants dans le chemin dur et pénible de la vertu, m'applique bien davantage à ses besoins, que celui qui les soulage dans leur misère. La pauvreté de l'esprit est plus grande, du moins est-elle plus dangereuse, que celle du corps. L'indigence est un sujet de mérite et de sacrifice à celui qui la soufire en patience ; mais l'ignorance n'est jamais bonne à rien. Ainsi, mon fils, tâche de connaître les besoins spirituels de mes enfants. Et lorsque tu es en état de joindre l'aumône à l'instruction, fais en sorte par tes libéralités, qu'on reçoive tes instructions, et qu'on en profite. Lorsque tu instruis ton prochain, sans peine de ta part, tu n'ouvres point de sacrifice, car tu retiens ce que tu donnes. Tu fais néanmoins à celui qui t'écoute le plus grand bien que l'homme soit capable de faire. Lorsque tu donnes l'aumône, tu ne fais pas grand bien à celui qui la reçoit ; cet argent que tu donnes le tentera peut-être et ne te tentera plus ; il diminuera le sujet de son mérite, néanmoins il augmentera le tien. Car naturellement tu re-
^ Drm, /i, 24; Luc\ II, 41.
« Mntth, 25, 33 ; Jac. 5, 20.
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gardes ce qui t'appartient comme une partie de ton être propre, ainsi tu fais quelque sacrifice en t'en dépouillant. Mais, si tu soutiens par tes charitables instructions la vertu de ceux dont tu soulages la misère, la charité sera entière et parfaite. Tu auras entre autres mérites celui du sacrifice ; et comme par ton moyen mes membres recevront une solide nourriture, tu m'appliqueras à toi d'une manière particulière.
18. Il y a, mon fils, bien du mérite à acquérir parmi les malades. Ils répandent, ppur ainsi dire, le dégoût et l'horreur; ils communiquent souvent leurs maux; et, lorsqu'on surmonte sa répugnance et son appréhension, afin de les soulager, chagrins du bien qu'on leur fait, ils vous disent des injures. Il n'y a que le devoir et la charité qui puissent porter à leur rendre service. Mais il y a souvent plus de mérite à acquérir et beaucoup plus de profit à faire parmi ceux qui ont le cœur corrompu et qui suivent aveuglément les mouvements de leurs passions. Ces malades font horreur aux esprits bien faits; leur conversation a je ne sais quoi d'étrange et de rebutant, que mes enfants ont peine. à supporter; leurs maladies sont contagieuses; et, lorsqu'on s'expose pour les soulager, bizarres et capricieux, ils vous chassent de leur présence. Cependant, mon fils, ce sont ces malades que je suis venu guérir*; leur salut, c'est mon ouvrage; et j'aurai un soin particulier de ta santé si tu contribues à leur guérison. Voici donc ce que tu dois faire pour y travailler heureusement.
19. Il ne faut pas d'abord attaquer ouvertement leur passion dominaate, quoiqu'elle soit le principe de la corruption de leur cœur. Le malade ne souffre jamais cette opération Vil ne souhaite ardemment sa
* MaWi. 9, 12. '
«i5« MÉDITATIONS CURÉTIENNES.
guérison, et les malades dont je parle se plaisent dans leur maladie; car les maux de Tesprit sont presque guéris lorsqu'ils déplaisent. Le malade regarde sa passion dominante comme sa vie, son bonheur, son être propre. On assassine un homme, on l'anéantit, on le réduit même dans un état pire que le néant, lorsqu'on retranche de lui tout ce qui fait son bonheur. Comment voudrais-tu donc qu'il t'écoutât avec plaisir, qu'il suivit tes conseils, qu'il te laissât faire, ou plutôè qu'il se plongeât le poignard dans le sein pour te contenter? Pense donc, mon fils, que tu as affaire à ud malade qui suit sa propre lumière et ses propres mouvements, et que tu ne peux changer son cœur qu'en changeant la iace que les choses ont prise dans son esprit, dans son imagination, dans ses sens, ce qui est infiniment plus difficile que tu ne penses.
20. Tu ne peux pas, mon fils, lui crever les yeux pour fermer l'entrée au poison qui le tue ; tu ne peux pas, pour guérir les blessures de son imagination, effacer les traces que l'objet de sa passion a gravées dans son cerveau ; tu ne peux enfin aller à son esprit et à son cœur que par des sens toujours fidèles à la passion qui le domine. Il faut donc que tu trompes ses gardes sans qu ils s'en aperçoivent; que par eux tu réveille» les inclinations naturelles dont cette passion abuse ; que tu proposes à ses inclinations des biens solides et durables; et, lorsque ces mêmes inclinations seront accompagnées de passions assez fortes et plus raisonnables, alors il faudra, par le secours de ces passions, attaquer, mais peu à peu, celle qui règne, et représenter sans cesse à l'esprit qu'elle tient en servitude, les maux éternels dans lesquels elle le précipitait et le» biens solides dont elle le privait.
21. Il ne faut jamais reprendre le pécheur dès qull a commis le péché. Il faut auparavant laisser refroidir
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i passion allumée. Les remèdes sont dangereux lorsu'on les donne dans Taccès; ils augmentent presque »DJours l'ardeur de la fièvre. Néanmoins, lorsqu'il y du scandale et qu'on est en droit de reprendre, alors, us pour l'utilité des autres que de celui qui est en ute, on doit le reprendre avec force et quelquefois ec dureté. Mais, après l'avoir repris de la sorte, il ut en particulier adoucir son cœur aigri. Il faut s'huilier jusqu'à lui demander pardon, comme si on avait anqué à la charité qu'on lui doit, et ne pas s'appliler à justifier la* conduite qu'on a tenue. Il vaut ieux qu'il croie qu'on ait manqué de chariié pour un ornent que de s'imaginer qu'on en manque encore. 22. Il y aurait, mon fils, bien des choses à dire sur i sujet selon les diverses circonstances des temps, des îux, des personnes; mais. cela irait trop loin. Tu de- ^s avoir étudié la science de l'homme. De toutes les liences humaines, c'est celle qui a de plus grands »ages, et pour la matière dont je t'instruis, et pour usieurs autres de conséquence. Mais, si tu es humle, patient, persévérant, plein de charité et de comission pour ces misérables malades, tu obtiendras resque toujours leur guérison ; ta charité, ta compason te donnera de l'adresse et de la lumière ; ton huilité et ta patience te donneront entrée partout, et ta 5rsévérance remportera la victoire ; car, lorsque tu irleras à l'oreille, je ne manquerai pas de parler au Bur. Mais souviens-toi toujours que tu traites des aladies contagieuses, et que l'air que tu respires est >rrompu. Ce seul souvenir te servira de préservatif; il donnera de la vigilance ; il te portera à la prière et la retraite; tu demanderas du secours à celui pour li tu travailles ; et, sans ce secours, le commerce 1 monde est infiniment plus dangereux que tu ne mses.