‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 12 sur 33 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

au moins de la faire naître ? Non, la puissance de l'homme ne va pas même jusque-là : son propre mouvement n'a pas son origine en lui-même, mais en Dieu qui le lui communique par sa grâce ; et si, Tobjet atteint, il nous reste encore de Tactivité, que nous dépensons en pure perte jusqu'à ce qu'elle s'épuise, c'est qu'alors la grâce n'avait pas été justement mesurée à nos besoins, a Si tu peux ne point t'arrêter, c'est que tu as du mouvement pour aller au delà ^ » Au dehors, impuissance absolue d'effectuer ses désirs ; au dedans, impuissance d'aimer aucun bien en particulier, que par l'amour naturel et invincible que Dieu nous donne pour le bien en général ^ ; impuissance de diriger sa pensée vers un bien quelconque, si ce n'est avec le secours de la grâce ; impuissance même de mériter la grâce ^, car la grâce est prévenante, et l'homme, par luimême, ne peut rien mériter de Dieu: voilà les entraves de la liberté. Nous pouvons prendre le mal pour le bien ; c'est là toute notre puissance, et notre prétendue liberté n'est guère que l'incontestable pouvoir qui nous a été donné de nous tromper sur le bien et le mal. Il est vrai que Malebranche, qui nous refuse le pouvoir de former un désir, semble nous accorder celui de l'arrêter ; mais il ne songe pas que ces deux actions ne diffèrent que par leur fin ; que tous les actes volontaires ont la

1 Cinquième Méd., 19.

« Quinzième Méd., 10.

• ' Douzième Méd,, 19.

INTRODUCTION. XTX

même nature, et qu'on ne peut arrêter une action qu'en produisant une action. Il dit à Dieu, dans la cinquième méditation : <c Exaucez ma prière, après que vous l'aurez formée en moi. » Voilà en effet ce qui reste à la volonté de l'homme, entre la grâce de Dieu qui fait naître les désirs, et son efficace qui les accomplit.

Si c'est Dieu qui fait tout par des volontés immuables, comment expliquer le mal, le péché, la création, les grâces particulières, les miracles? Comment mettre d'accord cette volonté immuable du Dieu de la métaphysique avec l'intervention fréquente du Dieu des chrétiens dans le gouvernement du monde? Malebrancher, qui voulait porter partout le flambeau de la philosophie, et ne se bornait point aux principes généraux et aux vérités premières, entreprend de rendre raison deioutesles vérités révélées, sans s'écarter de l'orthodoxie. Après avoir établi, par des considérations très-belles ef très-philosophiques, le grand principe que Dieu fait tout par des volontés immuables et par les moyens les plus simples, au lieu de nier le mal, comme Leibnitz, il le reconnaît expressément; mais il demande, non pas si le monde est le meilleur possible, mais s'il a été fait par les voies les plus simples et les plus générales. Il demande s'il vandraitmieux que quelque mal disparût du monde, à la condition que Dieu eût recours à des moyens plus compliqués, et, par conséquent, moins dignes

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