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notre être et n'en dépend pas , mais nous de notre propre raison, et que c'est Dieu même qui apprend à chacun de nous ces principes communs et universels , sans lesquels la communication entre les intelligences et même tout exercice de la pensée seraient impossibles. Pour constater véritablement cette prétendue filiation, Malebranche n'aurait pas dû se borner à des passages qui établissent seulement le caractère divin de la raison, ou la théorie platonicienne que l'intelligence en soi contient seule les idées et les archétypes des êtres, et que c'est en elle seule que nous les pouvons contempler; il fallait apporter des passages sur la connaissance des choses sensibles et contingentes , sur l'impossibilité où est le corps d'agir sur l'esprit , et l'esprit de connaître directement le corps. A ce prix seulement il eût désarmé les théologiens. Mais saint Augustin ne parle jamais que des vérités générales, des idées; et pour les vérités particulières ou spéciales, c'est au Verbe de Dieu révélé dans les Evangiles qu'il se réfère, et non pas au Verbe se communiquant intimement à nous en vertu de l'ordre établi depuis la création de l'homme, dans le for intérieur de notre conscience. Malebranche n'est véritablement disciple de saint Augustin que dans ses théories sur la providence générale et sur la grâce.
Bayle, qu'il faut compter au nombre des admirateurs de Malebranche, puisqu'il l'appelle cons-
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tamment « un des plus sublimes esprits de ce siècle, le plus grand métaphysicien de ce siècle, » Bayle a cherché de singuliers rapprochements entre la doctrine du P. Malebranche et celle de quelques penseurs de l'antiquité, auxquels on ne se serait pas avisé de songer, Chrysippe, Démocrite et Porphyre. Il fait honneur à Chrysippe de cette explication du mal, qui consiste à dire que Dieu ne peut vouloir directement et spécialement le mal, mais bien une perfection à laquelle un moindre mal est attaché; que par exemple la faiblesse des os dont est enveloppée notre tête l'expose à de fréquentes blessures, ce que Dieu n'a pas pu vouloir ; mais que ce mal est la condition d'un plus grand bien, puisque cette fragilité de la tête était nécessaire à la perspicacité et à la finesse des organes dont elle est le siège. Bayle cite à l'appui un passage d'Aulu-Gelle, liv. VI, ch. I ; et une telle doctrine fait à coup sûr un grand honneur à Chrysippe. L'habile critique aurait dû se souvenir que le principe dont il s'agit n'est pas ce qu'il y a d'original dans la théorie de Malebranche sur la Providence, mais plutôt ce qui traite des volontés particulières dans l'ordre de la grâce ; car, ce point ôté, toutes les explications de Malebranche pourraient être rapprochées d'un grand nombre de philosophes, avec autant de justesse et d'à-propos que de Chrysippe. Ce que dit Bayle au sujet de Démocrite est encore plus surprenant. Après avoir distingué la théorie des atomes de Démocrite d'avec celle d'Epicure, sur un pas-
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sage de Cicéron qui établit que les atomes de Démocrite ont une nature animale et divine : « Ces images des objets qui se répandent à la ronde, sont, ditil, des émanations de Dieu, et sont elles-mêmes un Dieu. » Et il ajoute : a Je ne sais si personne a pris garde que le sentiment d'un des plus sublimes esprits de ce siècle, » que nous voyons tout en Dieu n'est qu'un développement et une réparation du dogme de Démocrite. » Que cette interprétation, en ce qui touche Démocrite, ait de l'exaictitude, il n'importe pas ici de l'examiner ; mais quel rapport entre la vision en Dieu, la contemplation des intelligibles renfermés dans le Verbe divin, et ces émanations divinisées de la matière? Bayle n'est pas plus heureux lorsque dans son article sur Amélius, après avoir indiqué l'opinion primitive de Porphyre, que Plotin lui fit ensuite changer, sur l'identité de Tintelligence et de l'intelligible, il ajoute : « Voilà ce que le P. Malebranche a renouvelé de nos jours. » Ce que Malebranche a renouvelé, ce n'est pas la doctrine particulière de Porphyre sur ce point-là, c'est l'opinion commune à toute l'école d'Alexandrie, que les modèles intelligibles de toutes choses, c'est-à-dire l'animal en soi, ou les idées, sont identiques avec l'une des trois hypostases de la trinité divine : encore n'est-ce pas à l'école d'Alexandrie, qui a toujours hésité à ce sujet entre la ^conde et la troisième hypostase, entre le Verbe et l'Esprit, que Malebranche a fait cet emprunt ; mais bien à la doctrine chrétienne